Bilan de la saison 2006-2007

Publié le par Friedmund

 


Tour d’horizon des bonheurs et moments marquants d’une saison riche en surprises, joies, découvertes et bonheurs divers…  

 

Représentations d’opéra

 

Je ne voudrais pas accréditer l’idée que tout soit toujours meilleur ailleurs, plus particulièrement au-delà de nos frontières. La vie musicale à Paris est d’une grande richesse, et les soirs de routine ne manquent pas dans les maisons les plus prestigieuses outre-Rhin ou outre-Atlantique. Pourtant, force est de reconnaître que mes deux excursions hors des frontières françaises auront été cette saison à marquer d’une pierre blanche. La conjonction d’une mise en scène extraordinaire et d’une prestation musicale d’ensemble remarquable aura fait sans aucun doute de la Lady Macbeth de Mzensk à la Scala le sommet de ma saison lyrique. Un cran en dessous peut-être scéniquement, Orlando à Covent Garden aura de son côté gagné haut la main le prix de la plus belle soirée d’opéra en termes strictement vocaux et musicaux : la réunion prestigieuse de Bejun Mehta, Rosemary Joshua, Anna Bonitatibus et Camilla Tilling sur la scène,  et des pupitres de l’Age of Enlightenment sous la baguette de Sir Charles Mackerras dans la fosse a tenu largement ses promesses. Ces deux spectacles figurent sans doute d’ailleurs parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir dans une salle d’opéra. A Paris, l’événement de la saison restera sans doute avant tout la résurrection de la Juive, servie à merveille par la superbe Rachel d’Anna Caterina Antonacci et l’Eudoxie idéale d’Annick Massis, et plus encore peut-être par un Neil Shicoff d’ores et déjà historique en Eléazar. La présence en alternance de Chris Merritt en nette méforme en Eléazar aura soulignée si besoin était la présence fascinante que Shicoff apporte à ce rôle impossible. Au concert, la prometteuse mais finalement décevante Salomé de Pleyel laisse la palme de la meilleure soirée au fabuleux Don Giovanni de René Jacobs dans cette même salle. S’il y aurait beaucoup à redire sur certains éléments de la distribution, voire sur l’interprétation elle-même, la lumière apportée par le chef sur l’œuvre fut sans doute pour moi le moment le plus réjouissant et nourricier, intellectuellement et musicologiquement parlant, de la saison. 
 
 

Directions d’orchestre

 

Kazushi Ono à la tête des forces de la Scala et Sir Charles Mackerras conduisant l’Age of Enlightenment n’auront pas été pour rien dans les succès de la Lady Macbeth et de l’Orlando déjà commentés ci-dessus. La plus belle réussite de la saison me semble pourtant parisienne. Ce qu’a obtenu Bernard Haitink pour Pelléas et Mélisande au TCE était proprement miraculeux : la ductilité et l’intensité de sa baguette ont transcendé progressivement une soirée qui s’annonçait pourtant tiède. Le très beau travail de Sylvain Cambreling à la baguette des Troyens de Bastille me semble également à souligner : une pâte orchestrale admirable de couleur et d’élégance. En dehors du cadre opératique, si la Huitième de Bruckner de Christian Thielemann et des Wiener Philarmoniker au TCE m’aura lourdement assommé, j’ai comme toujours retrouvé avec bonheur l’étincelant Riccardo Muti dirigeant Mozart et Berlioz dans cette même salle.      

 

Mises en scène

 

La mise en scène de Richard Jones pour la Lady Macbeth de Mzensk milanaise, importée de Covent Garden, est sans doute une des choses les plus intelligentes qui m’ait été donnée de voir sur une scène depuis bien longtemps.  Si la mise en scène d’Orlando par Francesco Negrin n’atteint pas tout à fait aux mêmes sommets, sa beauté et sa finesse confirment une qualité scénique londonienne que je ne soupçonnais a priori pas. A Paris, les ombres et lumières suggestives du Château de Barbe-Bleue de la Fura dels Baus formèrent un beau moment de poésie et de fantastique. Pour son imagination et sa technicité, quoique à mon avis à contre-sens, la virtuosité de l’Affaire Makropoulos de Warlikowski est à souligner. J’attends désormais avec impatience de savoir de quoi gratifiera Parsifal le cerveau de cet esprit singulier, contestable, peut-être, mais somme toute fort intéressant. Je n’ai pas souhaité voir pour ma part la relecture donnée par Christoph Marthaler de Traviata qui aura fait coulé beaucoup d'encre: je vous renvoie au commentaire détaillé de Licida sur cette production. A noter également au sein de la saison parisienne deux curiosités, toutes deux au Châtelet, guère des plus heureuses : la suppression de la scène au profit de la vidéo pour la Pietra del Paragone, et le ratage prévisible de la Passion selon Saint Jean mise en scène par Bob Wilson. 

  

Interprètes féminines

 

La saison aura été riche en belles prestations vocales de bien belles divas. Les trios Antonacci-Garanca-Siurina dans la Clemenza di Tito à Garnier et Joshua-Bonitatibus-Tilling dans Orlando à Covent Garden étaient tout simplement exemplaires. Le duo Antonacci-Massis dans la Juive était également des plus excitants. Si la Mélisande de Magdalena Kozena  et l’Emilia Marty d’Angela Denoke sont apparues légèrement en retrait de mes attentes initiales, elles n’en demeurent pas moins  deux artistes de grande classe, peut-être pas tout à fait distribuées dans leurs meilleurs rôles. De même, si l’Ortrud de Waltraud Meier n’atteint plus tout à fait à sa splendeur passée, elle reste grande encore, même sensiblement blessée. Superbe et émouvant Idamante à Garnier, Joyce DiDonato confirme par contre son irrésistible ascension. Au final, plus que le grand numéro de charme de Renée Fleming en Thaïs, c’est sans doute la Katerina Ismaïlova de la belle Evelyn Herlitzius qui m’aura le plus marqué cette saison : la chanteuse est somptueuse, la tragédienne plus grande encore. Il n’aura pas échappé à mes lecteurs que l’on voue sur ce blog un culte particulier à la sublime Anna Caterina Antonacci, vue six fois cette saison. Pourtant la déception procurée par son spectacle Era la notte, confirmée lors d’une seconde représentation, m’empêche d’en faire l’artiste de la saison que ses superbes Vitellia (et bis repetita) ou Rachel (et bis repetita encore) auraient pu justifier. A contrario, Camilla Tilling aura sans doute représenté la plus belle découverte de la saison, que ce soit en fragile Ilia à Garnier, en mutine Dorinda à Covent Garden, ou bien encore en rafraîchissant Oscar à Bastille.

 

 

Interprètes masculins

 

Paris offrait cette saison un festival de ténors qui n’a toutefois pas tenu toutes ses promesses. Ainsi le Lohengrin de Ben Heppner a beau déployer une voix belle et facile et un style châtié, sa placidité dramatique et son manque d’imagination finit par ennuyer. Le Riccardo de Marcelo Alavarez affiche une beauté vocale superlative qui ne fait pas pour autant oublier une carrure insuffisante et quelques effets bien malheureux. Inutile de préciser que ses deux grandes vedettes ne brillent pas non plus par une présence scénique souvent des plus gauches. L’Idomeneo de Ramon Vargas à Garnier fut virtuose, stylé et splendide de timbre, mais sans toutefois le charisme et l’autorité nécessaires au rôle. Si Chris Merritt fut indéfendable en Eléazar, il fut par contre un brillant Herodes à Bastille en début de saison, et plus encore à Pleyel au mois de juin. Moins célèbre peut-être, Christopher Ventris en Sergueï à la Scala m’a semblé largement dominer cette brochette de stars : son numéro de play-boy nonchalant était criant de vérité et d’une très grande classe musicale. Parmi les non ténors, le bouleversant Golaud d’un Laurent Naouri renouvelant le rôle au TCE était à marquer d’une pierre blanche. La rencontre avec l’Orlando de Bejun Mehta à Londres était également un grand moment : voix sonore et élégiaque, tour à tour tendre et héroïque, capable de simuler la folie comme la colère avec éloquence, toute la vérité musicale et dramatique du rôle était là, et avec brio.  Toutefois, et malgré ses limitations vocales et stylistiques, c’est l’Eléazar de Neil Shicoff que je souhaite distinguer tout particulièrement en cette fin de saison : on ne croise pas si souvent sur scène telle identification d’un chanteur à un rôle.

 

Concerts lyriques et récitals

 

L’ultime récital parisien de Grace Bumbry restera pour moi comme un rare moment d’émotion, mieux une éblouissante leçon. Dans l’intimité discrète de Gaveau, et pour un gala de bienfaisance, Inva Mula a offert également un bien beau moment de musique, malheureusement resté confidentiel. Je n’en dirais pas autant de la prestation très tiède de Jennifer Larmore au TCE ou encore de la sèche et morne Shéhérazade de Anne Sophie von Otter à Pleyel. Le premier récital de Roberto Alagna à Pleyel fut une déception. Le second au TCE, malgré d’interminables et indigestes chansons siciliennes après l'entracte, a permis de retrouver ce ténor d’exception dans un beau programme d’airs français en première partie. Sa compagne lui a volé pourtant la vedette : le récital donné par Angela Gheorghiu à Pleyel en novembre était un moment d'anthologie, au charme et au magnétisme indicibles. C’est néanmoins salle Gaveau que j’aurais rencontré le plus grand bonheur musical de cette saison parisienne : Sandrine Piau, Sara Mingardo et Rinaldo Alessandrini y ont offert un concert de musique baroque italienne d’une rare finesse, enchanteur de musicalité et de délicatesse. Un très grand moment de joie, de communion même, avec un public ravi. Quelques semaines plus tard dans cette même salle, le Don Quijote de Jordi Savall ne m'aura pas tout à fait autant ébloui que son enregistrement studio chez AltaVox.

Conclusion

 

La saison fut belle et riche. La saison et morte. Vive la nouvelle saison qui commence bientôt. Et sur les chapeaux de roue de surcroît, avec pour commencement la venue de James Levine et Boston pour la Damnation de Faust à Pleyel.

 

 

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Publié dans Saison 2006-2007

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