Don Quichotte selon Savall, Gaveau, 25/06/2007
Montserrat Figueras, soprano
José Maria Flotats, récitant
Arianna Savall, soprano
Lluis Vilamajo, ténor
Daniele Carnovich, basse
La Cappela Reial de Catalunya
Hesperion XXI
Jordi Savall, viole de gambe et direction
Jordi Savall est au disque un magicien. Malgré une discographie relevée, ses Bach, l’Art de la fugue et l’Offrande musicale en tête, sont au rang de ces disques dont je ne saurais plus me passer. Dès lors que Savall touche aux répertoires baroques du pourtour méditerranéen, d’Espagne jusqu’à l’Orient, ses enregistrements distillent des beautés ineffables, quelques oasis de grâce musicale retrouvée au sein des fureurs et fracas qui forment le quotidien du lyricomane. La parution l’année dernière de son recueil de romances et musiques espagnoles, rassemblées en l’honneur du quatrième centenaire de l’ingénieux hidalgo de la Manche, a été saluée à juste titre par la critique. Jordi Savall y mêle romances de Cervantès lui-même et de ses contemporains, les entrecoupe d’extraits récités de Don Quichotte, et nous convie ainsi à un merveilleux voyage aux côtés du chevalier à la longue figure.
Gaveau nous invitait justement ce soir à entendre Savall et ses acolytes de Hesperion XXI en donner une exécution publique. Pour le public parisien, les textes de Cervantès furent traduits en français, et le recueil ramené de quatorze à huit épisodes seulement. Si le concert fut heureux et appréciable, je ne peux m’empêcher de marquer une certaine déception. La salle Gaveau a beau être une des moins vastes de la capitale, elle semblait encore trop grande à rendre justice à la finesse de ces miniatures musicales. Les sonorités des huit instrumentistes de Hesperion XXI, Jordi Savall les dirigeant à la viole de gambe, m’ont semblé certes fines de textures, mais très décolorées et finalement peu présentes. Les quelques numéros faisant intervenir deux à quatre chanteurs apportaient quelques couleurs et richesses bienvenues, mais même dans ces moments là, les rythmes de l’Espagne ne semblaient guère s’endiabler pour autant. La magie propre aux enregistrements de Savall ne se déployait plus en direct avec la même évidence, quels que furent les mérites des interprètes, et ils sont grands. Montserrat Figueras elle-même avait beau mener le bal, plus diva que jamais, à aucun moment cet appréciable concert ne sembla décoller du simple moment plaisant. Privé de la magie de la langue espagnole, le récitant, José Maria Flotats, ne captivait guère non plus, d’autant plus que la sélection opérée tendait à distendre le parcours narratif de notre héros en chapitres sans réelle unité.
En bis, l’Arrivée au Toboso, ainsi qu’un réjouissant chant « à la manière gasconne ».
Je ne voudrais pas paraître injuste, c’était là ce soir un très beau concert, dont sans doute j’attendais trop. Jordi Savall, Montserrat Figueras et leurs complices de l’Hesperion XXI font partie des musiciens les plus précieux de notre époque, et le répertoire qu’ils défendent le mérite plus sûrement que bien des résurrections baroques plus hasardeuses. Les entendre à Paris reste un événement que je n’aurais pas voulu rater. Si le concert a pu susciter en moi une certaine frustration, c’est avant tout parce que l’album publié chez AliaVox est exceptionnel. Ici tout est beauté, délicatesse et volupté sonore, avec des couleurs enivrantes et un ton très chaleureux. Je ne saurais trop recommander ce beau disque, très bien présenté et illustré au format livre, et de surcroît magnifiquement enregistré.
Par ailleurs, je renvoie à deux précédentes chroniques discographiques offrant pour cadre un même baroque hispanique, quoique sensiblement différent:
Romances séfarades : http://operachroniques.over-blog.com/article-6199743.html
Corpus Christi à Cusco : http://operachroniques.over-blog.com/article-5686180.html