Récital Thomas Dolié, Hôtel de Soubise, 18/07/2007

Publié le par Friedmund

 



Henri Duparc 

L’invitation au voyage, La vague et la cloche, La vie antérieure

 

Maurice Ravel

Histoires naturelles

 

Franz Schubert

Der Schiffer, Erlkönig, An den Mond, Fischerweise, Der Musensohn

 

Johannes Brahms

Fantaisies op.116 n°4, 6 et 7

 

Robert Schumann

Liederkreis op. 24

 

Bis

Stândchen (Franz Schubert), La légende de la nonne (Georges Brassens)

 

Thomas Dolié, baryton

Henri Bonamy, piano

 

 

La septième édition du festival « Jeunes Talents » nous invitait à entendre ce 18 juillet, dans le cadre prestigieux de l’Hôtel de Soubise, le jeune baryton français montant du moment, Thomas Dolié.  Formé au Conservatoire de Bordeaux il entre ensuite au CNIPAL, où il étudie le chant avec Yvonne Minton et la scène avec Daniel Mesguisch ; il suit également les masterclasses de Nadine Denize. Invité par Marc Minkowski à chanter Papageno à Montpellier, il interprète également ce même rôle par la suite à Marseille, Nancy, Strasbourg et Toulon. Guglielmo et Figaro, abordés respectivement à Bordeaux et Toulon, font également parti de son répertoire. Il travaille aujourd’hui avec les meilleurs baroqueux du moment : Les Boréades avec Marc  Minkowski à Lyon, à Zurich, puis avec Emmanuelle Haïm à Strasbourg, Semele de Marais avec Hervé Niquet à Beaune (Jupiter), Montpellier et au Théâtre des Champs-Elysées, ou encore, récemment, Pyrame et Tisbé de Rebel et Lecoeur avec Daniel Cuiller à Angers.

 

Le programme du récital frappe par son soin, sa difficulté et son exigence pour un artiste de 28 ans ; un tel choix en dit déjà long sur l’artiste. Débuter par L’invitation au voyage de Duparc relève même la difficulté de la tâche. D’emblée pourtant Thomas Dolié y fait entendre une voix charnue et belle, très homogène, et une implication verbale sensible et raffinée. Les deux autres mélodies confirment cette première impression, et soutiennent l’intérêt par l’intensité du propos et la belle aisance des moyens. La sensibilité de l’artiste, sa concentration, la classe de l’interprète, séduisent tout autant que cette voix richement colorée sur toute la tessiture, de la rondeur des graves jusqu’à la vaillance sonore de l’aigu. Les Histoires Naturelles de Ravel sont plus abouties encore, narrées avec un humour fin et spirituel, sans ne jamais rien céder à une musicalité sobre et belle. De manière plus générale, toute cette première partie démontre une maturité artistique étonnante. Plus qu’un jeune talent, Thomas Dolié apparaît déjà assurément dans ce répertoire  comme un artiste confirmé, dans la lignée de la plus belle école française.

L’évidence même de l’interprète chez Duparc et Ravel s’estompe sensiblement dans les cinq lieder de Schubert. Si le chant par lui-même reste sans faute, sur le strict plan vocal le difficile Fischerweise est même superbe, le rendu émotif et expressif semble affecté, sans le sourire derrière la mélancolie nécessaire au compositeur. Ce n’est sans doute pas un hasard si Erlkönig, plus intense, se détache nettement des autres lieder retenus, et captive par la force de l’interprétation. Ständchen, proposé en bis, séduit par la sensibilité générale, mais frustre par une ardeur absente lorsque surgissent les dernières mesures. Par ailleurs le tandem formé avec Henri Bonamy, posé et élégant en première partie, ne fonctionne plus ici : le pianiste privilégie une interprétation exacerbée là où le baryton semble vouloir privilégier la demi-teinte et la sensibilité pudique. Le Liederkreis confirme dans sa variété une plus nette aisance de l’interprète dans l’intensité lyrique que dans un registre plus sentimental. Serait-ce affaire de tempérament ?

 

En bis, outre Stândchen déjà cité, et pour conclure, La Légende de la nonne de Brassens est irrésistible du même humour fin et pince-sans-rire qui faisait merveille en première partie dans les Histoires Naturelles de Ravel.

 

Malgré les quelques réserves émises sur ses Schubert, je salue le talent de l’artiste aux prises avec un programme ambitieux, rendu avec dignité et même grande classe dans sa partie française. J’attends désormais d’entendre Thomas Dolié prochainement à Paris à quelques centaines de mètre à l’ouest ou à l’est de l’Hôtel de Soubise : il en a tout le talent, et le mériterait d'ores et déjà amplement.

 

 

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Publié dans Saison 2006-2007

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