James King en direct de la Bayrerische Rundfunk (Orfeo)

Publié le par Friedmund


A écouter de nombreuses heures le double album consacré par Orfeo à Leonie Rysanek la semaine dernière, l’envie de commenter celui de James King publié l’année dernière est vite apparue. Les deux artistes sont très liés dans ma mémoire, ne serait ce que par les couples qu’ils ont formés sous la baguette de Karl Böhm dans Walküre et Frau ohne Schatten m’ont très tôt et longuement accompagné. La vidéo de la soirée d’hommage à George London montre combien des années après leur complicité était intacte et combien aussi le public viennois les adorait l’un et l’autre, se précipitant au devant de la scène du Konzertverin sitôt leur duo du premier acte de Walküre terminé.

 

Mais cette association miraculeuse ne doit en rien faire oublier que James King par lui-même a été sans doute le plus beau Heldentenor de sa génération, et avant tout un artiste exceptionnel. Dans le monde fruste des ténors, James King a toujours brillé par la dignité absolue de ses interprétations, de son ton, de ses émotions. La noblesse des incarnations est saisissante, et cette voix immense et solide comme un roc ne cède jamais au cri, à l’excès, au pleurs : tout est concentration, intensité, pudeur. Florestan et Lohengrin qui ouvrent l’album en sortent naturellement encore grandis, bouleversants et sans maniérisme, et ce n’est pas un hasard si James King en fut l’interprète le plus salué à Vienne et Munich pendant longtemps. Il manquait sans doute à James King la part d’innocence juvénile qui sied à Parsifal, une émission un peu plus allégée aussi. La conduite et la beauté de la voix, l’allemand cristallin, l’intensité de son « Amfortas die Wunde » restent pourtant inapprochables après guerre, ne serait l’ombre dans ce rôle de Jon Vickers, naturellement. Si le Stolzing de King a été récemment rendu dans son intégralité par Gala, il n’en demeure pas moins plus rare. Son chant de concours respire l’élégance et la classe, quoique la voix soit là aussi un peu dure peut-être. La scène du second acte du Kaiser est quant à elle parfaite et toujours aussi bouleversante. Nul autre que King a su si bien épouser les contours de ce caractère noble, héroïque, amoureux et blessé.

L’intérêt majeur de ce regroupement de prises d’excellente qualité sonore issue de la Bayerischer Rundfunk (1968 à 1979)  réside bien sûr dans les larges extraits d’Otello ici présentés. Si la scène finale du second acte avec Peter Glossop provient d’un récital munichois déjà publié au préalable, le duo d’amour avec Hildegard Behrens, le monologue du III et la mort me semblent inédites avant cette parution. On découvre dans ces plages un Otello majeur, vocalement irrésistible de force et de puissance, toujours très à l’aise, jamais gênée ni par l’orchestre ni par l’aigu. La violence de la fin du monologue laisse pantois devant tant de moyens. Surtout, les meilleures qualités interprétatives de James King citées précédemment confèrent au rôle une aura introuvable chez ces rivaux. Bien sûr l’italien n’est pas toujours parfait et certaines exclamations pourront paraître peu idiomatiques. Mais la noblesse marmoréenne du personnage surprend et en impose : enfin, voila le Lion de Venise, fort et charismatique, intelligent et mûr, et suffisamment fier et noble pour pénétrer le Palais des Doges sans être arrêté par quelques hallebardiers se demandant bien ce que fait tel sauvage hystérique dans ces murs…Il n’est plus qu’à espérer que l’on nous rende une intégrale.

 

La notice de l’album indique que James King a chanté sept rôles verdiens, aucun n’est publié à ce jour. S’il est sûr que James King a chanté Macduff, Manrico, Riccardo, Don Carlos, Radames et Otello, je n’ai pas réussi à identifier le septième ; je parierais volontiers sur Alvaro : le récital avec Glossop dont est issu le duo du II d’Otello contenait également le « Solenne in quest’ora ». Parmi ses rôles italiens, seuls subsistent son Pinkerton de studio et quelques extraits ci et là de son Cavaradossi ; rien de son fréquent Calaf à ma connaissance. Ses Strauss et Wagner sont globalement tous documentés aujourd’hui. Après avoir renoncé à chanter Tristan à Bayreuth dans les années 70, James King aurait accepté l’invitation de le chanter en concert avec Bernstein ; l’annulation de Jessye Norman aurait malheureusement fait capoter l’entreprise toute entière : regrets éternels. La notice nous apprend que King avait renoncé à chanter les deux Siegfried à Salzbourg, ne se sentant apte qu’au second qu’il ne chantera d’ailleurs jamais. Cette même notice nous apprend par contre également l’existence d’une vidéo d’un concert viennois de 1985 où notre ténor  chanterait le troisième acte de Siegfried toujours à l’invitation et sous la baguette de Leonard Bernstein. On en salive déjà.

Deux mots avant de conclure. Tout d’abord j’ai eu dans les mains deux fois, à Londres puis à Milan, un double CD Melodram consacré à Leonie Rysanek et James King. Le programme ne présentait que peu d’intérêt pour Rysanek, mais deux raretés de James King en Canio et Cavaradossi. J’ai trouvé le disque cher pour ces deux seules plages. Si un de mes lecteurs venait à connaître ces enregistrements, leurs commentaires sont les bienvenus.

 

Par ailleurs, j’avais rédigé une courte notice biographique suite à la disparition de James King fin 2005. Je vous y renvoie pour plus d’informations sur notre ténor:


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Publié dans Disques et livres

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