Era la notte, Champs-Elysées, 02/05/2007

Publié le par Friedmund



Biglio Marini : Passacalio
Pietro Antonio Giramo : Lamento della pazza, «Chi non mi conosce»
Biglio Marini: Sinfonia sesto tuono
Claudio Monteverdi: Lamento d’Arianna, « Lasciatemi morire »
Biagio Marini: Sinfonia primo tuono
Barbara Strozzi: Lamento, «Lagrime mie, a chi vi trattenete »
Biagio Marini: Sinfonia terzo tuono; Baletto secondo
Claudio Monteverdi: Il combattimento di Tancredi e Clorinda
 
Anna Caterina Antonacci, soprano
 
Les solistes du Cercle de l’Harmonie
Julien Chauvin, direction
 
 

Est-ce que l’attente était trop forte ? Les dimensions de la salle disproportionnées pour créer le sentiment d’intimité vocale et théâtrale recherché ? En tout cas, et sans tourner autour du pot, cette soirée m’est apparue très décevante à bien des égards.
 
Le concept était séduisant : quand on sait l’admirable diseuse et actrice qu’est Anna Caterina Antonacci, la retrouver dans ces pièces fortes du seicento, dont elle est une admirable interprète, était sur le papier plein de promesses. Le disque m’avait partiellement déçu, primo du fait d’un accompagnement guère au niveau des meilleurs interprètes du moment pour ce répertoire, et secondo par le résultat finalement contreproductif d'un Combattimento dévoyé et ramassé en une partie vocale unique, féminine de surcroît; même la divine Antonacci ne pouvait rendre cette transposition pour soprano solo pleinement satisfaisante. J’espérais que dans un cadre théâtral plus favorable à une artiste qui brûle les planches comme nulle autre, le concept pourrait donner toute sa mesure, rehaussé de surcroît par une imagerie a priori séduisante et le renfort des costumes de Christian Lacroix. Las, la promesse n’est guère tenue.

En quittant le Théâtre des Champs-Elysées ce soir, ma première pensée fut de considérer que dans une simple version de concert, la soirée eut été sans doute infiniment plus satisfaisante. La nudité relative du décor, réduit à un mur de bougies est trompeuse. Tout dans la mise en scène de Juliette Deschamps appelle à la surcharge : accessoires aussi nombreux qu’inutiles, postures trop travaillées pour être crédibles, et, surtout, outrance gestuelle fatale à toute émotion. Une impression effrayante de toc domine, à l'image du luxe décalé des vêtements de Lacroix; pour peu, on se serait cru au Châtelet... Bien sûr, j’ai admiré l’art d’Antonacci, capable de varier ses effets théâtraux à l’infini et d’incarner la folle de Giramo avec un sens du détail prodigieux. Pourtant, à tout contrôler, à tout travailler par le détail, toute spontanéité s’enfuit, et si le numéro tant scénique que vocal de la soprano est en somme fantastique, voire méritoire, il n’en demeure pas moins qu’aucune émotion ne transparaît. La ficelle est trop grosse.
 
Lors de la découverte du disque (1), le Combattimento di Tancredi et Clorinda m’avait semblé relever de la même problématique : du grand art, un sens de la nuance dramatique et musicale époustouflant, mais finalement en vain. La scène et la multiplication envahissante des attitudes soulignent tout le décalage entre les intentions de variété et l’uniformité déprimante qui en ressort. Malheureusement, la scène semble contaminer la soprano. Pourtant, la cantate dramatique de Monteverdi est suffisamment géniale en soi pour exister par elle-même sans surcharge excessive : le stile concitato du compositeur offre déjà toute la richesse expressive nécessaire, et il convient de le suivre et non de vouloir le mener; surtout à sa perte. La tâche musicale était quoi qu’il en soit ardue : quels que soient les artifices que déploient Antonacci, jamais une voix de soprano ne pourra offrir la déclamation percutante de la voix de ténor requise par le Testo; aucune modulation de ton ou de couleur ne saura compenser non plus les oppositions de teintes des trois voix prévues par Claudio Monteverdi. Seules les ultimes phrases de Clorinda, rendues par Antonacci avec une pureté de timbre et d’expression céleste, auront finalement retenues mon attention. Les solistes du Cercle de l’Harmonie menés par Julien Chauvin, accompagnateurs au son raffiné et chaud, n’ont par ailleurs pas montré dans cette pièce le soutien expressif et éloquent attendu. 
 
Ce sont finalement les deux lamenti de Strozzi et Monteverdi qui m’ont offert les meilleurs moments de ce spectacle plus démonstratif que sensible. Enfin patricienne de geste et de chant, Anna Caterina Antonacci interpréte ces deux pièces avec l’art confondant qui est le sien : colorations merveilleuses, pureté de la ligne, noblesse de l’expression et sobriété des affects ont laissé apercevoir tout ce que cette artiste possède de précieux et d’unique. 


 
(1) Discographie du Combattimento : http://operachroniques.over-blog.com/article-5809855.html
 
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Publié dans Saison 2006-2007

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