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Lundi 15 juin 2009

 

Ulltimes ovations

Les ovations sont pour le Dreigroschenoper donné au Théâtre des Champs-Elysées ce dimanche 15 juin. Un grand concert marqué par des prestations remarquables et la générosité chaleureuse de tous les artistes de talent réunis à l’affiche. Quatre sous peut-être,mais aussi et surtout quatre stars. La première, et sans doute la plus admirable, Dorothea Röschmann, nous a gratifié ce soir d’une somptueuse  Polly. La voix est sublime, l’approche stylistique superlative. Le bonheur est total à chacune de ses interventions. A ses côtés Ian Bostridge et Angelika Kirchschlager font le show avec autant de classe que de beauté dans la voix (et même un zeste de chien bienvenu pour la belle Angelika). Hanna Schwarz impressionne quant à elle toujours autant par la profondeur de sa voix et son incroyable magnétisme. Et  le Brown de Florian Boesch et  la Lucy de Cora Burggraaf font bien mieux que simplement compléter ce royal quatuor. L’inimitable Klangforum Wien, aux beautés décidément irrésistibles, admirablement dirigé par un Heinz-Karl Grüber manifestement enthousiaste, fait tout le reste et mieux encore. Ovations longues et chaleureuses au rideau final, et, en prime, trois duos et le dernier finale en bis. Un grand concert et une grande soirée pour une œuvre dont le génie ne finit pas de me surprendre. Un constat tout simple : je n’avais pas pris tel pied à un concert vocal depuis belle lurette.


Relâche et vacances

Après ces dernières ovations, relâche. Non pas que la saison soit tout à fait finie. Mais il n’aura pas échappé au lecteur régulier que ma plume est devenue moins fréquente ces derniers temps. Le manque de temps n’est jamais que l’autre nom du manque d’intérêt ou de désir. A dire vrai, ma motivation marque le pas pour alimenter ces pages aussi régulièrement que par le passé. Effet de lassitude sans doute, mais aussi relatif manque d’intérêt pour la saison à venir, qui me verra prendre résidence essentiellement salle Pleyel. Le désir et le plaisir se remanifesteront à nouveau peut-être, mais, en attendant, rien dans la saison lyrique à venir n’excite suffisamment mon esprit pour justifier le maintien de cette activité régulière et chronophage. Ce blog épouse une période de la vie musicale parisienne concommitante au mandat de Gérard Mortier à l’Opéra de Paris, aux quelques premiers mois près, mais aussi à la réouverture de Pleyel et à la fin d’un certain Châtelet. Epoque passionnante, riche en événements de tous ordres, propice à tous les débats, exégèses et affirmations artistiques. « No great artist ever sees things as they really are. If he did he would cease to be an artist. » (Oscar Wilde) : on ne saurait mieux dire. Il n'y a pire tombeau pour l'art que le conformisme, voire la juste mesure. Dieu lui-même ne vomit-il pas les tièdes ?


En attendant une reprise, quelques liens

Je laisse donc en l’état, et pour l’instant, 285 chroniques, dont j’ai plaisir à voir que pour certaines elles restent consultées fréquemment bien après leur parution. Sont notamment concernées : la critique du Parsifal de Warlikowski, l’écho de la création londonienne du Doctor Atomic de John Adams, le portrait de Franco Corelli, la présentation de l’Otello de Rossini, ou bien encore la discographie de Die Frau ohne Schatten. J’ai remonté dans la chronologie quelques sujets plus chers à mon cœur relatifs à Elisabeth Grümmer, Jon Vickers ou le Dalibor de Bedrich Smetana. Je n’ai pas trouvé d’artifice simple pour mettre en valeur quelques merveilleux bonheurs musicaux (et personnels) rencontrés dans d’autres théâtres européens. Je profite de ce paragraphe pour évoquer le souvenir d’un beau Cosi Fan Tutte au San Carlo, d’un magique Orlando à Covent Garden ou encore d’une Lady Macbeth de Mzensk à la Scala de haut vol.

    

Par Friedmund - Publié dans : Humeurs lyriques - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 14 juin 2009

 

 

La firme Testament nous restitue à quelques mois d’intervalle deux témoignages mythiques de Covent Garden en 1957 : les Troyens de Rafael Kubelik avec le jeune Vickers, et le Ring de Rudolf Kempe à la tête d’une distribution à la couleur bayreuthienne prononcée. Passage en revue de ces deux témoignages sur le vif nouvellement publiés.

 

In such a night... (The Trojans, Rafael Kubelik)

 

Bien évidemment, il faudra pour écouter ce coffret abandonner le dogme de la langue originale. En notant toutefois que mieux vaut sans doute un anglais précis et bien énoncé comme ici que l’usuel esperanto que subissent bien des enregistrements du répertoire français. Ceci dit, ce coffret sera indispensable à tout amoureux de l’oeuvre ou admirateur de Jon Vickers. Quelle soirée! Là où Colin Davis nous a habitué au travers de ses deux intégrales à un Berlioz solennel et majestueux, Rafael Kubelik précipite la partition avec nervosité, mordant et urgence. Le drame avance implacable, les lignes orchestrales s’éclaircissent, l’atmosphère est électrique. A titre d’exemple, la Chasse Royale (maladroitement reléguée en fin d’acte, version Choudens oblige) prend sous la baguette du chef des allures toscaniniennes. La distribution est glorieuse. Jon Vickers se révèlait lors de ces soirées à l’attention de la planète lyrique. Son Enée est somptueux. La voix encore claire et haut placée, lyrique, plus souple et moins héroïque que ce qu’elle deviendra plus tard, est magnifique. Et l’intelligence du texte et du théâtre est d’ores et déjà sans égale. Athlétique, solaire, héroïque et raffiné, cet Enée n’a aucun rival. Il brille ici en sus de toute la beauté lumineuse de sa prime jeunesse. Cassandre revient à une Amy Shuard mobile, précise, très engagée, juvénile. Manque sans doute un charisme supérieur, mais elle n’a au fond rien à envier à bien des Cassandre de la discographie. Son Chorèbe, Jess Walters, est sans doute le seul point faible d’une distribution brillante. La ligne l’expose, la voix manque de beauté et de jeunesse. Tout le reste est éblouissant, à commencer par les carthaginois. Blanche Thebom offre une Didon monumentale, au geste large et noble. Sa scène finale possède un poids dramatique certain.  Le fantastique Narbal de David Kelly, profond et sonore, et le puissant et beau Iopas de Richard Verreau, tous deux impressionnants et anthologiques, captivent de la première à la dernière note.  L’invitation à Carthage en sus d’une belle et émouvante Anna au timbre superbe, Laura Elms, et d’un Ascagne de luxe, Joan Carlyle, lumineuse et fine, achève de donner à la seconde partie de l’ouvrage un parfum de grandeur et de référence (et au quatrième acte un extraordinaire intérêt).  A signaler encore les présences supérieures de Joseph Rouleau (le fantôme d’Hector), Michael Langdon (Panthée) ou bien encore Dermot Troy (Hylas). Une grande soirée de Covent Garden, d’ores et déjà historique, et plutôt bien captée au regard de la date (20 juin 1957). Mieux qu’une archive documentaire, un jalon de la discographie qu’à titre personnel je m’empresse de référencer aux côtés des deux versions de Colin Davis. En complément, une interview de Jon Vickers qui revient au Barbican sur les circonstances qui l’ont amené à participer à cette production clé pour le développement ultérieur de sa carrière. Au détour d’une phrase, Vickers nous apprend que les rares coupures (les entrées des artisans au III essentiellement) étaient motivées avant tout par l’obligation de terminer avant minuit une soirée déjà commencée à six heures.

                       

Trügt mich ein Nebel ? (Der Ring des Nibelungen, Rudolf Kempe)

        

La pêche est un cran moins heureuse en ce qui concerne le Ring londonien de la même année. L’intérêt majeur du coffret sur le papier réside naturellement dans la direction raffinée et châtiée de Rudolf Kempe. Entendre cette musique par un chef qui la jugeait bruyante et finit par l’abandonner de ce fait attire de suite l’attention.  Kempe tend une masse sonore réduite, aux cuivres bridés, comme tissée en toute clarté de bois. Les cordes assurrent en somme une base sur lequel les détails fleurissent et les angles trop saillant de l’écriture wagnérienne s’éliment. Dans des tempi mesurés, cette conception n’est pas sans rappeler celle de Karajan au studio, les manièrismes en moins. Ecoutée fragments, cette direction séduit ; sur la longueur, le tout peut sonner un rien pâle en comparaison de la frénésie de Keilberth ou de la puissance de Knappertsbuch. La qualité sonore, souvent précaire et surtout très variable, n’aide pas à fixer l’attention : difficile de goûter les subtilités et les raffinements de cet orchestre au travers de la passoire crasseuse de l’enregistrement. L’affiche en grande partie recopiée de celle de Bayreuth n’enthousiasme guère non plus comme si Londres était pour eux une routine alimentaire en marge des grandes soirées contemporaines de la Colline. Hans Hotter sonne ici pâteux et ennuyé, Wolfgang Windgassen déroule sans histoire mais sans folie son Siegfried, Ramon Vinay est exsangue (mais prodigieusement mâle au II de la Walkyrie).  Autres piliers du Neues Bayreuth, Hermann Uhde, Georgine von Milinkovic, Erich Witte et Maria von Ilosvay restent solides mais sans fulgurances notables non plus. Les quelques originalités de la distribution ne passionnent guère plus : le vétéran Frederick Dalberg (Fafner, Hunding) est sinistrement noir mais aussi à bout, la troisième norne de Amy Shuard ou la Woglinde de Joan Sutherland restent avant tout anecdotiques, le Waldvogel de Jeanette Sinclair fait esquisser plus d’un sourire. La Sieglinde de Sylvia Fischer a le mérite de documenter une artiste peu connue : la voix est charnue, l’interprète intéressante, mais on n’en oubliera pas pour autant nos chères Rysanek ou Brouwenstjin.  Plus intéressant le trio de Nibelungen: Peter Klein, Mime classique mais efficace, Otokar Kraus, Alberich plus léger et humain qu’à l’habitude, et Kurt Böhme, terrifiant Hagen. Enfin, Birgit Nilsson en 1957 campe une Brunnhilde encore virginale et féminine, sensible et parfois même timide, sans la frigide cuirasse qu’elle mettra plus tard au studio avec Solti. Au final, un coffret à réserver aux admirateurs du soprano suédois et aux collectionneurs pathologiques de la discographie du Ring.

 

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Disques et livres - Communauté : Musique Classique
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Mardi 9 juin 2009

 

Certains souvenirs semblent à jamais présents. Ma première rencontre sur scène avec Placido Domingo fait partie de ces moments qui jalonnent une vie. Je m’en souviens comme si c’était hier alors que pourtant presque dix ans ont passé depuis. C’était le jour de mon anniversaire, dans le froid glacial d’un début de printemps new-yorkais. Il neigeait d’ailleurs sur South Manhattan la veille. Placido chantait Parsifal, son grand et nouveau cheval de bataille de l’époque. J’avais passé la journée dans un état avancé de grande nervosité, quasi somnambule dans les couloirs du Natural History,  et anxieux de ne rater pour rien au monde ce rendez-vous. Au fur et à mesure que la tension montait, je ne pouvais non plus m’empêcher de penser au syndrome de la Berma. Si sa performance fut superlative et sa présence en scène souvent hypnotique, étrangement, c’est plutôt l’impressionnant Gurnemanz de John Tomlinson et la direction somptueusement fine de James Levine qui me restent aujourd’hui en mémoire - pour ce qui est de la musique tout du moins. Le souvenir de la soirée reste lui indubitablement associé à cette excitation unique d’être, de voir, d’entendre sur le vif le ténor espagnol. Et l’éblouissement d’une présence qui s’impose sans crier gare, sans ostentation, avec un naturel et un art confondant. Une moitié de Berma en somme. Parler d’idole en ce qui le concerne pour moi serait exagéré. Domingo fut plutôt longtemps mon héros, le chanteur clé et incontournable de ma découverte adolescent du monde lyrique. Son intelligence humaine et dramatique unique donne vie à tous ces personnages qui s’installaient progressivement dans mon univers. Au contraire de tant d’autres ténors bien conventionnels, ou simple glottes fussent-elles d’or,  il habite à mes yeux de manière incomparable ses rôles, leur donne une vraie crédibilité. Cette qualité demeure encore aujourd’hui unique. Le relief, la vie que Placido Domingo confère à ses personnages n’a cessé d’être impressionnante au fur et à mesure que sa centaine de rôles s’allongeait, que les répertoires se diversifiaient. Placido Domingo est le premier ténor moderne. Il reste encore aujourd’hui sans doute le seul. Et la superstar absolue de notre époque (à qui en douterait encore, je suggère d’écouter le beau coffret de trois CD consacré par Orfeo à sa carrière viennoise). Il était naturellement hors de question de ne pouvoir lui dire au revoir au Châtelet après nos trois trop brèves rencontres en scène.

 

Le Cyrano de Bergerac d’Alfano pouvait paraître une gageure à ce stade avancé de sa carrière. D’abord du fait d’une langue française dont les spécificités lui furent toujours des arcanes. Mais aussi du fait de la personnification enthousiaste et superbement stylée de Roberto Alagna qui redonna vie à un opéra qui vaut bien plus que le statut de curiosité  - et qui à mon sens vaut bien des pans entiers du répertoire régulier à l’affiche des grands théâtres lyriques. En rien comparable au modèle Alagna, Placido Domingo offre un Cyrano de Bergerac d’égale valeur, vocalement et verbalement moins fluide mais diantrement charismatique. Là où Alagna sonnait poète, Domingo sonne mousquetaire gascon, mûr, trapu, truculent ce qu’il faut sans plus. Un homme, un vrai, qui porte en lui le poids des années et de sa disgrâce, intrépide et flamboyant. L’ombre et la part de tristesse que met notre ténor à son rôle apportent au rôle une dimension supplémentaire qu’il sera difficile d’oublier par la suite (ce qu’a confirmé immédiatement la réécoute dans la foulée de Roberto Alagna, plus solaire et dépourvu de la mélancolie propre à la composition de Domingo). A cette composition poignante, s’ajoute une présence scénique qui reste unique. Le charisme est inné ou n’est pas. Il suffit à Domingo d’être en scène pour capter l’attention par son incomparable. Sans ostentation, par son naturel et son aura, la mesure intelligente de ses gestes et de ses attitudes, l’acteur s’impose et écrase l’entourage. C’est bien là ce qu’on attend d’un Cyrano. Sa mort arrache les larmes, et j’ai pu constater qu’autour de moi, dans mon secteur du Châtelet, les pleurs étaient bien partagés. Les outrages du temps n’ont eu que peu de prises finalement sur la beauté de la voix. Le medium s’est un rien terni, mais l’aigu, héroïque et puissant, irradie encore tous  les ors d’un timbre reconnaissable entre tous. J’ai déjà dit les limitations idiomatiques du ténor dans le répertoire français. Le problème n’est pas tant dans d’intempestifs accents, plutôt bien maîtrisés, que dans la clarté et la fluidité du texte. De tout temps la voix de Domingo n’a guère fait étalage de souplesse, de qualité d’articulation. La transformation progressive de la voix vers celle d’un heldentenor assumé et solide n’a bien sûr rien arrangé. La grande manière du ténor espagnol reste son legato de velours, d’une beauté et d’une consistance encore étonnante et toujours exceptionnelle, qui procure aux effusions de la scène du balcon une classe et une fougue lyrique sensationnelles. Placido Domingo, chanteur somme toute à la technique très particulière et à la voix très construite et peu facile, déploie encore aujourd’hui une musicalité d’une richesse inouïe, sans comparaison aucune avec ses rivaux les mieux dotés et les plus jeunes. Que les Beckmesser de tous poils en prennent de la graine, et La Palice l’écrirait mieux que moi : ce qu’on attend avant tout d’un musicien, c’est de la musicalité. Je pourrais continuer des heures à parler de cet éblouissant Cyrano. Ce 31 mai après-midi l’un des plus grands artistes de l’histoire de l’art lyrique vient sans doute de faire ces adieux définitifs à la France. Huit, neuf, dix rappels peut-être (je n’ai pas compté) ne suffiront pas à témoigner toute la gratitude que, nombreux, nous avons voulu lui témoigner au rideau final pendant plus d’une demi-heure. Salut l’artiste. Et encore merci, merci, merci.

 

Face à telle personnalité, portée de surcroît pas un rôle qui l’impose en scène en presque permanence, le reste du plateau pourrait facilement être réduit à un rôle de faire-valoir. Il faut être gré au théâtre d’avoir su l’entourer de personnalité intéressantes qui tirent leur épingle du jeu aux côtés du ténor espagnol. De Roxane, Nathalie Manfirino a incontestablement la fraîcheur, la jeunesse et l’esprit. La voix est rayonnante, belle, frémissante, tout juste un peu exposée lorsque l’écriture de Franco Alfano se fait plus héroïque ou passionnée. Elle sait imposer aussi son personnage sur scène avec justesse, et son triomphe au rideau final n’est que justice. Le choix de Samir Pirgu en Christian est moins heureux. La voix n’est guère belle, la langue souvent pâteuse et le chant n’impose rien de particulièrement mémorable. Le ténor demeure fonctionnel et ne disparait pas dans l’ombre de Domingo : ce n’est déjà pas si mal. Superbe prestation en revanche de Marc Labronette, De Guiche noble et élégant, bien chantant et très présent. Laurent Alvaro s’impose quant à lui sans problème dans le rôle de Ragueneau, et Doris Lamprecht fait mieux que passer dans le rôle de la duègne. Dans la fosse, Patrick Fournillier trouve le savant équilibre entre les deux polarisations française et italienne de cette partition à cheval sur deux écoles. Tour à tour la partition impose sous sa direction sa clarté, sa vivacité et son esprit, mais chante aussi avec tout le lyrisme requis aux moments les plus tendres. On peut regretter que le chef n’ait eu à sa disposition que les pupitres assez pâles  de l’Orchestre Symphonique de Navarre. Tant pis, l’humeur devant telle fête musicale n’était de toute façon pas en ce qui me concerne à l’étroit pinaillage.

 

Le spectacle de Petrika Ionesco impose un zeffirellisme de bon aloi qui semble de toute façon la meilleure approche pour un tel ouvrage. Le metteur en scène réussit ainsi à donner vie aux scènes de groupe avec talent, que ce soit dans les tourbillons comiques du premier acte où la solennité funèbre du siège d’Arras. Toute la grâce d’une scène du balcon mémorable est toutefois à mettre avant tout au crédit du décor recherché et bien senti présenté à la fin du second acte. L’immense talent de Placido Domingo, Cyrano plus vrai que nature, fait le reste. Et c’est bien de cela dont on se souviendra. Longtemps. 

 

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2008-2009 - Communauté : Musique Classique
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Mercredi 6 mai 2009

 


On peut imaginer qu'un tel disque suscitera de nombreux cris et grand dédain de la part des orfraies du monde lyrique. Entre les pythies pyromanes qui psalmodient urbi et orbi la fin prochaine du ténor, les intégristes du baroque qui crieront à l’imposture, et plus largement tous ceux pour qui la case labellisée doit s’imposer en inexorable tyran pour tous, voila une vaste foule hurlante à qui ce disque ne plaira sans doute pas. Tant pis pour eux, qu’ils passent leur chemin. Pour moi, qui reste subjugué par le Testo monteverdien de Roland Villazon, mais aussi le souvenir de quelques arias mozartiennes saisissantes en concert, il allait de soi que cette proposition haendelienne serait irrésistible. Les cris alarmistes de déclin vocal, relayés jusque dans un grand quotidien français sans doute temporairement en déficit d’article de fond, ne trouvent aucun écho palpable dans cet enregistrement réalisé au printemps dernier. Rolando Villazon me semble même avoir regagné nettement en fraîcheur vocale depuis son dernier récital fourre-tout qui m’avait laissé plutôt indifférent. La voix demeure d’une beauté confondante, le legato fluide ne souffre d’aucune scorie, et jamais la voix ne semble être forcée ou malmenée. La qualité de la vocalise, ferme, rapide et en force, laisse admiratif, et le ténor déploie trilles rapides et lents à satiété. Ci et là, quelques imprécisions ou quelques liens un rien hâtifs peuvent apparaître et laisser deviner que là n’est pas l’exercice le plus usuel du ténor. Pour autant,  le résultat est magistral. Le musicien reste étonnant, capable de varier avec inspiration les dynamiques dans la vocalise pour mieux les porter à incandescence, ou bien de chanter de longues phrases dans une pureté d’émission exceptionnelle. Alors que pleuvent critiques et sombres et sévères prédications à son endroit, le ténor publie ici sans doute son récital musicalement et vocalement le plus probe, le plus immédiatement admirable.

 

L’interprète, intelligent et sensible, reste fidèle à lui-même, c'est-à-dire au sommet. La virulence fière et noble de son Bajazet de chair et de sang saisit dès le Ciel e terra qui ouvre le récital. Son ultime scène, impétueuse envers Tamerlano, toute de tendresse chaleureuse vis-à-vis d’Asteria, puis d’un histrionisme assumé quand vient l’agonie finale, se révèle du plus grand relief et bouscule avec talent les trop bonnes manières d’une certaine interprétation baroque. Les trois airs de Serse illustrent à merveille l’intelligence interprétative de Villazon : Ombra mai fu est tout d’une mâle douceur et d’une absolue sérénité (et pas arie antiche pour deux sous !), Piu che penso évoque irrésistiblement  un paon dans toute sa superbe (et quelle virtuosité !), et Crude furie oublie justement dans sa colère un rien burlesque de trop se prendre au sérieux.  Au rebours de ces deux portraits de grand relief (et que Villazon envisage d’ailleurs d’incarner à la scène prochainement), les deux extraits de la Resurrezione se dessinent épurés, sans faute et d’une parfaite fluidité de voix et d’humeur. Prise comme dans un songe doux et amer à la fois, l’aria de Grimoaldo est idéale de ton et présente d’inimaginables trésors de musicalité ; peut-être le sommet de l’album. A la première écoute, Scherza infida surprend tant l’approche, solaire et virile, se refuse à tout épanchement. La musicalité suprême, l’originalité du ton et de la manière, finissent par séduire sans réserve. Dopo notte, radieux, sensible et virtuose, enthousiasme tout autant, et même plus encore. Et on souhaite à bien des ténors cette agilité, cette splendeur des coloris, cette superbe vocale qui n’oublie jamais l’expressivité et la sensibilité ! A faire écouter d’urgence en somme à tous ceux, vaguement charognards, qui voudraient en vain que cet artiste si précieux ne soit plus qu’un ersatz d’histrion à la glotte dévastée. Les Gabrieli Players et Paul McCreesh, sans doute flattés par la qualité technique superlative de l’enregistrement, accompagnent Rolando Villazon avec beaucoup de chaleur et de beauté, quoique je les aurais parfois aimés plus percutants ou incisifs.

 

Puisse ce disque être un nouveau jalon pour Villazon vers une seconde carrière qui le verrait embrasser en priorité Monteverdi, Haendel, Vivaldi et Mozart. Idomeneo, Bajazet et Serse sont déjà promis à la scène alors que le disque devrait bientôt nous offrir un Ercole vivaldien sous la baguette de Fabio Biondi. On imagine volontiers que les Emmanuelle Haïm, Paul McCreesh et autres Fabio Biondi ne voudront plus désormais se priver pour leur répertoire d’élection d’un artiste doté de tant de sex-appeal vocal et de cette sensibilité hors du commun. Moi non plus.  

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Disques et livres - Communauté : Musique Classique
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Mardi 5 mai 2009

 


Eléments biographiques
 
Jon Vickers est né au Canada à Prince Albert en 1926. Initialement destiné au commerce, il cultive sa voix et finit par intégrer la troupe de Toronto dans laquelle il fait ses débuts en Duc de Mantoue en 54. Pendant trois ans, il chantera notamment des rôles plutôt légers assez surprenants pour qui le connaît bien: Alfred (Fledermaus), Alfredo (Traviata), Rinuccio (Gianni Schichi), Lenski (Eugene Oneguine)... et même Ferrando dans Cosi fan tutte et Don Basilio dans les Nozze di Figaro! Détecté par Covent Garden, sa carrière s'envole trois ans plus tard au printemps 1957 lorsqu'il en rejoint la troupe. Après un premier Riccardo à Cardiff en mars qui marque ses premiers pas en Europe, il débute à Covent Garden le mois suivant en Don José. Il devient une star internationale du jour au lendemain lors de sa prise de rôle en Enée deux mois plus tard dans la nouvelle production des Troyens dirigée par Rafael Kubelik. 1958 est une année exceptionnelle dans la carrière du jeune Vickers qui en quelque mois débute en Don Carlos dans la légendaire production de Luchino Visconti et Carlo Maria Giulini (mai), fait ses débuts à Bayreuth en Siegmund sous la baguette de Hans Knappertsbusch (juillet), avant d'affronter pour la première fois en Giasone la Medea de Callas à Dallas (novembre): trois prises de rôles sensationnelles, heureusement toutes trois captées par le disque, et où la voix ténorisante et claire du jeune Jon Vickers est conservée à jamais dans sa prime splendeur à côté des Gré Brouwenstjin, Boris Christoff, Tito Gobbi, Leonie Rysanek, Astrid Varnay, Hans Hotter ou Maria Callas! Cette même année 1958, décidément faste, Jon Vickers chante également pour la première fois le rôle du Samson de Haendel à Leeds qu'il reprendra par la suite à de nombreuses reprises, même si on l'associe usuellement plus immédiatement à celui de Saint-Saëns. 


Sa carrière est alors fulgurante, avec des débuts à Vienne (Siegmund) et San Francisco (Radames) dès 1959, et en 1960 au Met (Canio) et à la Scala (Florestan). En 1963 il chante au Teatro Colon de Buenos Aires son premier Otello en scène, rôle qu'il marque d’une empreinte indélébile. Devenu le ténor préféré de Karajan à la fin des années 60, il incarne le Siegmund de son Ring salzbourgeois, mais aussi ses Don José, Tristan et Florestan. Dans les années 70, il diversifie ses rôles, notamment en endossant les habits aussi divers d'Alvaro dans la Forza del Destino, d'Hermann dans la Dame de Pique (dans lequel on l'imagine sublime), de Laca dans Jenufa, de Sergeï dans la Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch ou encore le rôle comique de Vasek dans la Fiancée Vendue. Artiste éclectique et surprenant, il fait trois prises de rôles qu'il ne chantera en tout et pour tout qu'un et un seul soir: Herodes dans Salome et Pollione dans Norma, à sept jours d'intervalle l’été 1974 au Chorégies d’Orange, mais aussi Benvenuto Cellini à Boston en 1975. Il sera aussi le Nerone de la légendaire production de Liebermann de L'Incoronazione di Poppea en 1978 à Garnier. La seconde moitié de sa carrière demeure avant tout marquée par son Peter Grimes (prise de rôle au Met en 1973), désavoué par Benjamin Britten pour sa crudité réaliste et brutale, mais d'un désespoir, d'une violence et d'une poésie poignantes. Malgré la sollicitation appuyée de Karajan, Jon Vickers n'osera pas aborder Wozzeck sous sa direction. Il chante son dernier opéra sur scène à Denver en 1987 (Samson et Dalila), et fait ses adieux à la scène en 1998 (le narrateur dans Enoch Arden de Richard Strauss) à Montréal. 

L’art du ténor

Au total, Jon Vickers aura chanté 42 rôles, et en aura marqué quelques uns d'une empreinte indélébile: Peter Grimes, Florestan et Samson en tête, mais aussi ses inoubliables Siegmund, Tristan et Parsifal, et bien sûr son désormais légendaire Otello. Sa voix au timbre étrange, sans être particulièrement belle, est immédiatement fascinante. Au fil des années l'émission très ténorisante, et superbissime, du début de carrière est devenue plus sombre, plus nasale et rauque, mais l'intelligence dramatique de cet acteur impressionnant et le raffinement poétique de l'immense artiste se seront approfondis encore. Difficile d'oublier la poésie fière et noble de son Tristan, la classe et le style de son Florestan, sa caractérisation théâtrale impressionnante de justesse psychologique en Otello ou encore le charisme biblique de son Samson. Parmi ses rôles non cités jusqu'ici dans cette brève biographie, on notera des prises de rôles aussi diverses que l'Aenas de Purcell (Dallas 1972), Sellem dans The Rake's progress (Toronto 1954), Andréa Chénier (Vienne 1961), Ratan-Sen dans Padmâvati (Buenos Aires 1964), ou son quatrième ténor wagnérien, Erik (New-York 1965). Il caressa longtemps le désir d’effectuer une prise de rôle en Lohengrin qui ne fut jamais permise par une multitude d’aléas chaque fois que l’occasion se présenta, et devint impossible vocalement pour lui au moment où elle se représenta dans les années 70. Tannhäuser fut aussi longtemps envisagé, et officiellement écarté pour des raisons d’ordre spirituelle ; sa biographie Jeannie Williams évoque plutôt la prise de conscience de l’artiste de son incapacité à soutenir la tessiture très aiguë du rôle au milieu des années 70 lorsque Vickers se posa la question sérieusement d’endosser ce cinquième rôle wagnérien. Enfin, parmi les projets inaboutis du ténor, signalons son projet, finalement abandonné à mon plus grand regret, d’incarner le Kaiser de la Frau ohne Schatten de Richard Strauss. 

Jon Vickers reste encore aujourd’hui, à jamais sans doute, un ténor unique et irremplaçable. Il allie une charge émotionnelle à un raffinement du style rares, surtout eu égard à la lourdeur des rôles abordés. Vickers était un poète né dans un larynx de titan. Son expressivité, ses phrasés aussi savants et nuancés servent toujours un dessein dramatique suprême. Par contre lla voix s’est détérioré nettement au début des années 1970. L’aigu est devenu fragile rapidement. En véritable artiste et tragédien, quoiqu'il fut aussi, dit-on, un inénarrable et drôle Vasek, il ne s'est jamais arrêté à ces considérations, envisageant au milieu des années 70 un Benvenuto Celllini ou un Alvaro, dont les témoignages disent qu'il craquait à peu près tous les aigus: peu importe, jamais la douleur du maudit Alvaro n’a du sonner aussi sincère et bouleversante. Je n’imagine toujours pas qui serait à même de concurrencer son Samson, son légendaire Otello, ou bien encore cet Enée qui illustre à merveille ce mélange de virilité et de poésie tant affirmées. Mieux encore, je reste marqué par son Parsifal : l'intensité et la vérité dramatique qu'il met au rôle est unique, et impose un personnage crédible là où tant d'autres sont bien falots. Et son Winterreise, très personnel, demeure inoubliable, brûlant comme la neige et pleins de tous les raffinements d'un authentique poète germanique et romantique. Son second Otello de studio chez EMI fait entendre une voix devenue difficile, mais encore tonnante et écrasante de charisme ; le génie de la composition dramatique de son second Maure est indescriptible, supérieur encore, malgré les aléas de la voix, à son premier enregistrement quatorze ans plus tôt dans les studios de RCA. Il faut toutefois aussi entendre Jon Vickers jeune dans le rayonnement de son timbre juvénile, alors ténorisant et radieux: c'est une merveille, tout particulièrement les témoignages de 1958 (Siegmund, Don Carlo et Giasone). La reparution récente d’archives de Covent Garden, par la Royal Opera House elle-même, me laisse espérer la possible apparition de son glorieux Enée de 1957, qui en fit une vedette du monde lyrique international du jour au lendemain (NDLA 5/2009: c'est chose faite!).  


Discographie

La discographie de Jon Vickers s’articule avant tout autour de six  studios essentiels: Otello avec Leonie Rysanek et Tito Gobbi sous la baguette de Tullio Serafin (RCA), Samson et Dalila avec Rita Gorr et Ernest Blanc sous la baguette de Georges Prêtre (EMI), Peter Grimes avec Heater Harper dirigé par Colin Davis (Philips), Fidelio avec Christa Ludwig et Gottlob Frick dirigé par Otto Klemperer (EMI), Aida avec Leontyne Price et Rita Gorr dirigé par Georg Solti (Decca) et enfin les Troyens avec Berit Lindholm et Josephine Vaesey dirigé par Colin Davis encore (Philips). Ces six enregistrements de studio sont des musts de leurs discographies respectives, et présentent incontestablement des rôles majeurs de Jon Vickers. Comme indiqué précédemment, on peut aussi préférer le second Otello de studio de Vickers, blessé vocalement mais plus grand tragédien encore; c'est mon cas. Pour Florestan, je souhaite signaler également la publication par Testament d’un live de Covent Garden avec Sena Jurinac, également sous la direction d’Otto Klemperer qui remet nettement en cause la prééminence de l’enregistrement studio. Embrasé par un chef bien plus dynamique et mobile à la scène qu’au studio, Jon Vickers s’y révèle plus émouvant et bien chantant que dans l’enregistrement EMI ; bénéfice secondaire, la Leonore de Sena Jurinac trouve des palpitations bien plus émouvantes et brûlantes que celle de Christa Ludwig, un brin marmoréenne au studio. 

Pour être parmi ses disques les plus célèbres, ses seconds Florestan et Otello avec Herbert von Karajan (EMI) sont beaucoup moins satisfaisants vocalement que ses legs de jeunesse avec respectivement Otto Klemperer et Tullio Serafin. Pourtant, son second Otello demeure peut-être le témoignage le plus saisissant de son génie dramatique, quelles que soient les difficultés vocales ; cela en fait pour les nombreux admirateurs de Jon Vickers, ou tout amateur à la recherche d’une démonstration éblouissante de vérité théâtrale en musique, un témoignage sans doute majeur et indispensable de l’histoire de l’art lyrique. Pour conclure sur les enregistrements studio de Jon Vickers, son Don José reste sans doute le plus humain et bouleversant de tous, et peut être écouté en studio chez EMI sous la baguette de Frühbeck de Burgos en compagnie de la Carmen de Grace Bumbry et de la Micaëla. Ces trois chanteurs sont également réunis sous la baguette de Herbert von Karajan, live à Salzbourg en 1967 (Arkadia).

Dans le répertoire wagnérien, difficile de résister à chacun de ses Siegmund précieusement préservés, que ce soit en studio avec Karajan (DG), le plus immense et poétique, ou avec Erich Leinsdorf, le plus puissant et viril (Decca), ou bien en live en 1958 à Bayreuth avec Hans Knappertsbusch (Melodram), ou, sous la baguette complice de Karajan à Salzbourg (Hunt) et au Met (Hunt également). Son Tristan est au studio avec Karajan (EMI)  poète et tragédien comme nul autre, bouleversant de musicalité et d’intensité dramatique. Moins bridé et dans un registre théâtral plus affirmé, ses enregistrements live à Buenos Aires avec Horst Stein (VAI) ou à Orange avec Karl Böhm (Rodolphe), les deux fois avec Birgit Nilsson, sont saisissants d’intensité ; les planches brûlent. Enfin, et surtout, son Parsifal en 1964 pour les derniers offices de Knappertsbusch est à nul autre pareil, juvénil et sage, héroïque et illuminé, rayonnant et intérieur à la fois. Entendre Vickers en Parsifal, c’est un peu se condamner à trouver tous les autres sommaires dans ce même rôle. Jusqu’ici disponible sous étiquette Melodram, Orfeo annonce prochainement la publication d’une de ces soirées dans un son radiophonique que l’on espère superlatif.
 
Du côté du live, on trouve aussi son Herodes et son Pollione d'Orange (Opera d'Oro), son Canio de Buenos Aires (VAI), et, surtout, ses célébrissimes Don Carlo de Covent Garden (Myto) et Giasone avec Callas, ou bien à la Scala (Hunt) ou à Dallas (Opera d'Oro). Son Nerone parisien, publié en disques noirs il y a fort longtemps, ne me semble pas avoir été à ce jour reproduit en CD. Dans l’album célébrant sa cinquantième édition, Ponto présente un duo live du second acte d’Andrea Chénier, permettant d’envisager une intégrale prochaine ; l’extrait en question présente un Chénier rêveur et extatique qui pourrait bien se révéler irrésistible. Un Riccardo de Covent Garden, confronté à Shuard et Bastianini, vient d'être judicieusement exhumé par l'éditeur maison. de notre ténor. Egalement, VAI vient de restituer son Benvenuto Cellini de 1975 à Boston (version très coupée et en anglais, réservée donc aux seuls admirateurs du ténor).  Aucune nouvelle malheureusement de son Hermann, de son Laca ou de son Alvaro. Il est permis d’attendre, il est doux d’espérer…   
  
En ce qui concerne les récitals, le disque d'airs d'opéra italien (Verdi, Puccini, Cilea, Giordano, Flotow) dirigé par Tullio Serafin en studio en 1960 est un must (RCA). Malgré un accent et un timbre peu italiens, Jon Vickers en remontre en classe, en musicalité et plus encore en intelligence, à tous ses rivaux contemporains les plus illustres. Quel plaisir d’entendre cette voix chanter Manrico, Lionel, Enzo, Cavaradossi, Frederico ou encore Andrea Chénier ! On peut aussi entendre Vickers chanter quelques extraits de Zauberflöte (scène des épreuves) et des Meistersinger (quintette) aux côtés de Joan Sutherland lors d'un concert londonien. Du côté des lieder, un Winterreise de 1984 étrange mais profondément superbe et étreignant avec Parsons en studio (EMI), ou avec Schaaf live en 1992 (VAI), mais aussi de magnifiques lieder de Dvorak et un superbe An die Ferne Geliebte beethovénien  entourés d'extraits du Samson de Haendel et d'airs de Scarlatti, parus récemment (CBC records). Parmi les autres oeuvres enregistrements de Jon Vickers, signalons le Messie sous la baguette de Thomas Beecham (RCA), le Chant de la Terre avec Jessye Norman et Colin Davis (Philips), le Requiem de Verdi avec Montserrat Caballé, Fiorenza Cossoto et Ruggero Raimondi dirigés par Barbirolli (EMI), ou bien encore deux neuvième de Beethoven dirigées respectivement par Lorin Maazel (CBS) et Zubin Mehta (RCA). 


Vidéographie

Le Tristan und Isolde et la Norma d'Orange, avec respectivement Birgit Nilsson et Montserrat Caballé, ont été filmés et son disponible chez VAI; le Fidelio de 1981 avec Gundula Janowitz a été filmé par l'INA mais ne semble pas encore avoir été restitué commercialement. Le Canio de Buenos Aires avec Joan Carlyle a également été filmé et est disponible chez VAI. Un Samson et Dalila avec Shirley Verret à Covent Garden a été disponible un temps en VHS. Par ailleurs, Karajan a filmé en studio avec Vickers Otello et Carmen, à fuir dans les deux cas, à moins d'avoir un goût prononcé pour le kitsch. Plus que le Tristan und Isolde, très statique, la Norma d'Orange, facilement disponible, est sans doute le témoignage vidéo le plus intéressant de Vickers; la présence d'une Caballé à son sommet ce soir là en Norma est un atout supplémentaire à cette légendaire soirée des Chorégies.
 
VAI a ressuscité des prises vidéo des débuts canadiens de Vickers, désormais disponibles en DVD. On peut y croiser Jon Vickers sous les habits du Des Grieux puccinien, de Mario Cavaradossi, de Manrico ou encore Canio. Ce ne sont pas des lives toutefois, mais des vidéos de studio sans doute initialement à destination de la télévision canadienne. Toujours chez VAI, un DVD de Jon Vickers le présente plus tardivement (1984) à travers quatre personnages selon le procédé précédemment décrit : Samson, Florestan, Peter Grimes et Otello.


Bibliographie

Jon Vickers a fait l'objet d'une belle biographie en anglais "A hero's life", complète et sans concession, écrite par Jeannie Williams et préfacée par Birgit Nilsson, disponible en anglais aux Northeastern University Press. 


Repères chronologiques

29/10/1926: naissance à Prince Albert
25/02/1954: Le Duc de Mantoue dans Rigoletto à Toronto (débuts sur scène)
04/03/1957: débuts à Cardiff dans Riccardo (prise de rôle)
24/04/1957: débuts à Covent Garden dans Don José
06/06/1957: Enée (prise de rôle) à Covent Garden
26/11/1957: Radamès (prise de rôle) à Covent Gaden
09/05/1958: Don Carlos (prise de rôle) à Covent Garden (Visconti-Giulini) avec Gobbi
28/07/1958: débuts à Bayreuth en Siegmund (prise de rôle) aux côtés de Rysanek
14/10/1958: débuts à Leeds en Samson de Haendel (prise de rôle)
06/11/1958: Giasone (prise de rôle) et première rencontre avec Callas à Dallas
08/01/1959: débuts à Vienne en Siegmund
11/09/1959: débuts à San Francisco en Radamès
17/01/1960: débuts au Metropolitan Opera  en Canio
17/12/1960: débuts à la Scala en Florestan (prise de rôle)
13/01/1961: Andréa Chénier (prise de rôle) à Vienne
17/05/1963: débuts au Teatro Colon de Buenos Aires en Otello (prise de rôle)
26/01/1964: débuts à Genève en Samson (prise de rôle)
21/07/1964: Parsifal (prise de rôle) à Bayreuth (ultimes représentations de Knappertsbusch)
23/10/1964: Sergei de Lady Macbeth (prise de rôle) à San Francisco
28/09/1965: Hermann (prise de rôle) au Met
29/07/1967: débuts à Salzbourg en Don José
25/09/1971: Tristan (prise de rôle) à Buenos Aires
26/02/1973: Peter Grimes (prise de rôle) au Met
13/07/1974: Unique Herodes à Orange
20/07/1974: Unique Pollione à Orange
15/11/1974: Laca (prise de rôle) au Met
17/01/1975: Alvaro (prise de rôle) au Met
03/05/1975: Unique Benvenuto Cellini à Boston
17/03/1978: Nerone (prise de rôle) à Garnier
25/10/1978: Vasek de la Fiancée Vendue (dernière prise de rôle) au Met
09/05/1979: premier Winterreise au festival de Guelph
17/05/1987: dernière représentation d'opéra, Samson et Dalila à Denver
02/06/1998: dernière apparition à Montréal dans le narrateur de Enoch Arden de R. Strauss 


Références discographiques et vidéographiques
 
A notre époque où les lives fleurissent dans les maisons d’édition pour notre plus grand bonheur, je ne garantis pas l’exhaustivité de la liste ci-dessous. A l’exception du film du Fidelio d’Orange, de la bande son de celui de San Francisco, du premier Messie studio de RCA en 1957,  et de la bande son du Cournonnement de Poppée de Liebermann, tous les témoignages ci-dessous ont fait l’objet d’une publication CD, VHS ou DVD.  
 
Beethoven : Fidelio – avec Jurinac, dir. Klemperer; live Londres (Testament)
Beethoven : Fidelio – avec Ludwig, dir. Klemperer; studio (EMI)
Beethoven : Fidelio- avec Ludwig, dir. Karajan; live Vienne (DG)
Beethoven : Fidelio – avec Rysanek, dir. Böhm; live San Francisco (LP Melodram)
Beethoven : Fidelio – avec Janowitz, dir. Mehta, vidéo Orange (INA)
Beethoven : An die ferne Geliebte – live Toronto (CBC Records)
Beethoven : Neuvième symphonie, dir. Maazel; studio (CBS)
Beethoven : Neuvième symphonie, dir. Mehta; studio (RCA)
Bellini : Norma – avec Caballé, dir. Patané ; live Orange (CD Opera d’Oro, DVD VAI)
Bizet : Carmen – avec Bumbry, dir. Frübeck de Burgos ; studio (EMI)
Bizet : Carmen – avec Bumbry, dir. Karajan ; live Salzbourg (Arkadia)
Bizet : Carmen – avec Bumbry, dir. Karajan ; film d’opéra (Unitel)
Berlioz : Benvenuto Cellini - avec Wells, dir. Caldwell ; live Boston, en anglais (VAI)
Berlioz : Les Troyens – avec Thebom, dir. Kubelik ; live Londres, en anglais (Testament)
Berlioz : Les Troyens – avec Vaesey, dir. Davis ; studio (Philips)
Britten : Peter Grimes – avec Harper, dir. Davis ; studio (Philips)
Cherubini : Medea – avec Callas, dir. Rescigno; live Dallas (Melodram)
Cherunini : Medea – avec Callas, dir. Rescigno; live Londres (Melodram)
Cherubini : Medea – avec Callas, dir. Schippers; live Milan (Hunt)
Dvorak : Lieder – live Toronto (CBC Records)
Haendel : Messiah – dir. McMillan; studio RCA (LP uniquement)
Haendel : Messiah – dir. Beecham ; studio (RCA)
Haendel : Samson (extraits) – live Toronto (CBC Records)
Leoncavallo : I Pagliacci – avec Calyle, dir. Bartoletti ; live Buenos Aires (CD et DVD VAI)
Mahler : Das Lied von der Erde – avec Norman, dir. Davis; studio (Philips)
Monteverdi : Incoronazione di Poppea – avec Jones, dir. Rudel; live Paris (LP LR)
Saint-Saëns : Samson et Dalila – avec Gorr, dir. Prêtre ; studio (EMI)
Saint-Saëns : Samson et Dalila – avec Domingue, dir. Fournet ; live Amsterdam (Gala)
Saint-Saëns : Samson et Dalila – avec Verrett, dir. Davis ; vidéo Londres (VHS Warner)
Schubert : Winterreise – Parsons, piano ; studio (EMI)
Schubert : Winterreise – Schaff, piano; live Paris (VAI)
Strauss : Salome – avec Rysanek, dir. Kempe ; live Orange (Melodram)
Strauss : Enoch Arden – Hemelin, piano ; live Montréal (VAI)
Verdi : Un Ballo in maschera - avec Shuard, dir. Downes ; live Londres (ROH)
Verdi : Don Carlo – avec Brouwenstjin, dir. Giulini ; live Londres (Myto)
Verdi : Aïda – avec Price, dir. Solti ; studio (RCA)
Verdi : Aïda – avec Jones, dir. Downes ; live Londres (Myto)
Verdi : Otello – avec Rysanek, dir. Serafin; studio (RCA)
Verdi : Otello – avec Freni, dir. Karajan; live Salzbourg (Opera d’Oro)
Verdi : Otello – avec Freni, dir. Karajan ; studio (EMI)
Verdi : Otello – avec Freni, dir. Karajan ; film d’opera (Unitel)
Verdi : Requiem – avec Caballé, dir. Barbirolli; studio (EMI)
Wagner : Tristan und Isolde – avec Dernesch, dir. Karajan; studio (EMI)
Wagner : Tristan und Isolde – avec Nilsson, dir. Stein; live Buenos Aires (VAI)
Wagner : Tristan und Isolde – avec Nilsson, dir. Stein ; live Vienne (Myto)
Wagner : Tirstan und Isolde – avec Nilsson, dir. Böhm; live Orange (DVD VAI)
Wagner : Die Walküre – avec Rysanek, dir. Knappersbusch; live Bayreuth (Arkadia)
Wagner : Die Walküre – avec Brouwenstjin, dir. Leinsdorf; studio (RCA)
Wagner : Die Walküre – avec Janowitz, dir. Karajan; studio (DG)
Wagner : Die Walkûre – avec Janowitz, dir. Karajan; live Salzbourg (Hunt)
Wagner : Die Walküre – avec Crespin, dir. Karajan; live New-York (Hunt)
Wagner : Parsifal - avec Shuard, dir. Goodall; live Londres (ROH)
Wagner : Parsifal – avec Hotter, dir. Knappertsbusch ; live Bayreuth (Melodram)
 
 

Par Friedmund - Publié dans : Oeuvres et artistes - Communauté : Musique Classique
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