Etoile maltaise par temps couvert

Publié le par Friedmund

 

J’étais venu gourmand en ce 18 janvier, en espérant la gâterie de chansons américaines et italiennes telle qu’annoncée dans le programme de début de saison. Changement radical de programme, puisque Joseph Calleja a souhaité transformer son récital en quelques arias échappant très largement à son répertoire. Disons le d’emblée, le résultat est clairement décevant tant tout autant la voix, certes sonore mais tout de même d’un ténor lyrique, que le mode expressif, précautionneux et plutôt uniforme, dénient de fait toute crédibilité à son Calaf, son Turridu ou son Cid. Son Mario est générique, son Werther sans névrose, sa chanson du Duc de Mantoue sans autre intérêt que d’être bien menée.  Avec un peu de mauvais esprit on dirait que notre ténor rétablit d’une certaine façon son idée originelle en chantant chacune de ces arias comme une gentille chanson italienne ou française – les meilleurs résultats étant pour un très beau Cielo e mar et une Fleur que tu m’avais jetée bien dessinée. Dans cette perspective on peut évidemment goûter une projection sonore et claironnante, une technique parmi  les plus sûres du marché, une certaine frigidité polie et bien propre. Avec les mêmes défauts que son homologue germanique Klaus-Florian Vogt, dont Calleja semble le latin alter ego : les raffinements ci et là, techniquement superlatifs (notamment pianissimi et diminuendi), et pire encore les fausses poses angéliques ou contrites, tombent souvent totalement à l’eau et finissent par ruiner les phrasés et devenir contraire à la musicalité. Et pour ce qui est de la poésie, de la tension dramatique, de l’émotion, du cœur et des tripes en somme (pour ne pas descendre plus bas), prière de ne pas être exigeant, ce n’est pas là la préoccupation de la maison toute à sa technique dont elle est si fière, fut-elle bien stérile. Sans doute Calleja nous aurait mieux transporté avec Alfredo, Edgardo ou Nadir, plutôt qu’avec ces quelques rôles, hors de portée pour lui, et dont, prudentissime, il se borne à émettre les notes sans l’âme et l’élan du spinto. Les deux mélodies en bis ne donnent guère de regret : A Vucchela se noie dans ses poses maniérées et faussement affectées, alors que Be my love, plus naturel, se déroule sans séduction ni contre-ut dans la voix. Bref un rien de déception pour ce premier récital parisien en solo du ténor. Une fois n’est pas coutume pour un récital lyrique, beaucoup de bien à dire de l’orchestre et surtout du chef – d’autant plus que le ténor ayant somme toute peu chanté, on les a beaucoup entendu. L’Orchestre de Navarre est ce qu’il est, et il serait injuste de faire peser sur lui la comparaison avec la Radio Bavaroise et les Wiener entendus dans la même salle les jours précédents. Quelques approximations, quelques couacs, un certain manque de couleur, mais aussi de la cohérence d’ensemble, de la consistance et de l’enthousiasme. Et surtout un grand coup de chapeau à Frédéric Chaslin, toujours intéressant, qui les dirige avec précision, fougue et toujours beaucoup de justesse : superbes ouverture du Roi d’Ys (chantante et variée) et des Vêpres Siciliennes (nerveuse comme un fouet, électrique), mais aussi magnifique intermezzo puccinien des Villi (baigné d’effusions et de couleurs, d’une grande clarté).

 

Publié dans Saison 2012-2013

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