Cantates italiennes, Gaveau, 20/04/2007

Publié le par Friedmund

 
 

Alessandro Scarlatti :

Questo silenzio ombroso, duetto pour soprano, alto et basse continue

Nicola Porpora :

Tirsi chiamare a nome, cantate pour soprano et basse continue

Giovanni Salvatore :

Allor che Tirsi udia, cantate pour alto et basse continue

Georg Friedrich Haendel :

Lungi da me pensier tiranno, cantate pour alto et basse continue

Antonio Vivaldi :

La farfaletta s’aggira al lume, cantate pour soprano et basse continue

Georg Friedrich Haendel :

Tanti strali al sen mi schocchi, duetto pour soprano, alto et basse continue

  

Georg Friedrich Haendel :

Caro amico amplesso, duo extrait de Poro Re dell’Indie

Tanti strali al sen mi schocchi (section finale)

 

 

Sandrine Piau, soprano

Sara Mingardo, contralto

Luca Peverini, violoncelle

Ugo di Giovanni, théorbe

Rinaldo Alessandrini, clavecin et direction

 

 

La salle Gaveau nous invitait hier au soir à un beau programme, plutôt original, constitué de cantates italiennes profanes sur le thème de la jalousie et du bel infidèle. Les deux cantates de Nicola Porpora et Giovanni Salvatore, bien qu’opposées dans la forme et le mode expressif, se sont révélées des découvertes également captivantes. Celle de Porpora, Tirsi chiamare a nome, est constituée de deux arias, précédées par des récitatifs, fascinantes : les modulations permanentes de la voix et du continuo ensorcèlent et transportent presque dans un état second. La cantate de Giovanni Salvatore, Allor che Tirsi udia, en forme de long monologue, emporte au contraire par sa puissance expressive et sa braise douloureuse et intense. Si le reste du programme présentait les terrains plus connus de Scarlatti, Haendel et Vivaldi, il n’en demeurait pas moins d’une grande beauté et d’un intérêt toujours soutenu.


On ne pouvait rêver meilleurs solistes pour défendre ces cantates italiennes que Sandrine Piau et Sara Mingardo. Idéalement contrastées dans leurs timbres, leurs tempéraments et jusque dans leurs tenues (la seconde ne laissant échapper au noir que sa chevelure rousse et la première toute de blanc vêtue), elles partagent l’une et l’autre la même connaissance et les mêmes affinités baroques. Sandrine Piau a été ce soir simplement époustouflante. Remarquable de mobilité expressive, rayonnante de beau chant et de timbre, la soprano m’a subjugué toute la soirée, aussi bien dans l’extatique et lumineuse cantate de Porpora (d’une beauté à couper le souffle) que dans la fantaisie joyeuse et spirituelle de celle de Vivaldi. Si le chant de Sara Mingardo est superbe, la contralto impose avant tout une présence et un timbre somptueux ; cette voix possède tant de charisme qu’il est impossible de détacher les yeux de cette étonnante artiste. Son interprétation intense et dramatique de la cantate de Giovanni Salvatore était impressionnante, provoquant le rappel de la contralto dans une soirée pourtant débarrassée de tous les salamalecs habituels du genre. Les voix de Piau et Mingardo se sont merveilleusement unies lors de leurs deux duos, tout particulièrement dans le second, superbe, de Haendel, repris partiellement en bis pour conclure la représentation. A noter aussi, le duo extrait du Poro Re dell’Indie, également offert en bis, sensationnel et renversant de beauté. Un seul léger regret, la disparition de Monteverdi initialement annoncé : avec l’accompagnement de l’immense monteverdien qu’est Rinaldo Alessandrini, je suis persuadé que ces deux grandes dames nous auraient offerts des Nerone et Poppea inoubliables.


On sait tout le talent et l’amour de Rinaldo Alessandrini pour ce répertoire. J’avais du renoncer in extremis au concert anniversaire des Elyma et de Gabriel Garrido en ce lieu en novembre, il était hors de question que je rate Alessandrini en sus. Dirigeant du clavecin, il imprime à ses pages autant de vie que de beauté, secondé à merveille par le théorbe raffiné de Ugo di Giovanni et le chant somptueux et lyrique de Luca Peverini, premier violoncelle soliste du Concerto Italiano. La basse continue ainsi formée a servi ces cantates avec raffinement et chaleur, et autant d’élégance que d’expressivité : du très grand art.

 

Tous ont contribué à faire de cette soirée un de ces concerts d’exception où l’on semble rencontrer la Musique en personne. La salle Gaveau, quasi pleine et d’une concentration palpable tout au long du programme, a salué avec chaleur cet enthousiasmant moment, sans aucun doute le plus beau que j’ai passé dans une salle de concert parisienne cette saison.

 

 

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Publié dans Saison 2006-2007

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