Jennifer Larmore, Champs-Elysées, 24/03/2007

Publié le par Friedmund


Concert Haendel

Watermusic : suite n°1 en fa majeur (ouverture, adagio e staccato, allegro, andante)

Hercules : « Where shall I fly »

Giulio Cesare : « Empio, diro, tu sei »

Watermusic : suite n°1 en fa majeur (presto, air, bourrée, hornpipe, menuet)

Rinaldo : « Cara sposa »

Rinaldo : « Venti, turbini »

 

Giulio Cesare : « Dall’ondoso periglio »

Semele : « Hence, Iris, hence away »

Watermusic : suite n°2 en ré majeur (allegro, alla hornpipe)

Serse : « Ombra mai fu »

Ariodante : « Dopo notte »

  

Orlando Furioso: « Andero, chiamero »

Giulio Cesare : « Empio, diro, tu sei » 
 

Jennifer Larmore, mezzo soprano

Ensemble Matheus, direction Jean-Christophe Spinosi


L’affiche était plus qu’alléchante, prometteuse. D’abord parce que Jennifer Larmore n’est pas si souvent présente sur la scène lyrique parisienne alors qu’elle reste une artiste majeure de notre temps. Ensuite, parce que le programme, en intégralité dédié à Haendel, était plutôt bien conçu, et voyait notre mezzo-soprano s’emparer tour à tour de  Déjanire, Jules César, Rinaldo, Junon et Ariodante.

La grande scène de folie de Déjanire qui ouvre le récital est plutôt décevante. Sans doute prise à froid, Larmore apparaît d’une frigidité expressive surprenante, très peu théâtrale. Force est de reconnaître qu’elle n’est guère aidée par Jean-Christophe Spinosi dont l’orchestre est certes charmant mais à mille lieues d’évoquer les furies ici convoquées. « Empio, diro, tu sei » permet à Jennifer Larmore de revenir sur un terrain sans doute plus favorable, et qui fait briller une vocalise toujours intacte (quoique le grave semble désormais très étouffé), mais à l’impact dramatique bien timide en comparaison de sa gravure avec Jacobs (Harmonia Mundi). Après que Spinosi nous ait distraits de nouveaux extraits de la première suite du Watermusic, les deux numéros de Rinaldo seront plus satisfaisants ; sans doute désinhibée par les quelques pitreries offertes par le chef entre les deux airs, la mezzo-soprano nous gratifie, enfin chauffée et libre de chant, d’un « Venti, turbini » enthousiasmant.

La seconde partie débute au mieux par un « Dall’ondoso periglio » qui rappelle, enfin, que Larmore sait aussi être tragédienne. L’air de Junon qui suit est quant à lui impeccable, quoique privé de l’étincelle qui l’eut rendu brillant. « Ombra mai fu » est par contre à oublier, mièvre et sirupeux, distendu et mal soutenu, dans la voix comme à l’orchestre ; sans pathos ni grandeur, en somme. Pour la dernière pièce de son programme, le redoutable « Dopo notte » d’Ariodante, Jennifer Larmore est enfin à son meilleur niveau : le da capo, endiablé et électrique, explose en milles feux d’artifice vocaux spectaculaires, et frustre de la réserve précédente de la mezzo-soprano. Deux bis : une Alcina vivaldienne brûlante, et une répétition du « Empio, diro, tu sei », théâtralement plus terne encore que précédemment.

La soirée fut plaisante, sans être pourtant de celles qui transportent. Le feu sacré n’était guère présent ce soir chez la chanteuse américaine : elle semble même s’être ménagée, ne donnant sa pleine mesure que lors des « Venti, turbini » et « Dopo notte » conclusifs de chacune des deux parties. A sa décharge, le Haendel de Jean-Christophe Spinosi s’est révélé peu propice à l’inflammation : les couleurs qu’il tire de son Ensemble Matheus sont certes plaisantes, mais cette musique appelle à des arêtes autrement plus saillantes et tranchantes. Le contraste était d’ailleurs étonnant entre les gesticulations jubilatoires du chef et l’asthénie dans laquelle semblait plonger sa formation au moment des saluts finals : comme déjà noté lors de la Pietra del Paragone au Châtelet (1), l’énergie physique de Jean-Christophe Spinosi ne semble malheureusement pas se propager jusqu’à la musique que façonne son orchestre.


(1) La Pietra del Paragone http://operachroniques.over-blog.com/article-5436630.html

Publicité

Publié dans Saison 2006-2007

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :