Das Rheingold, Châtelet, 25/10/2005
Deuxième itération de Rheingold pour moi ce soir.
De la mise en scène, je remarque surtout en seconde vision la beauté brumeuse et dorée de la première scène, et la platitude absolue de la dernière: l'arc-en-ciel et le Burg manquent vraiment, tout comme cet orage bien plat. A force de vouloir être dans sa symbolique et ses images, Robert Wilson dépouille le Ring des siennes, et c'est fort dommageable.
De l'orchestre, j'ai trouvé que c'était un peu mieux qu'à la première, même si les cuivres s'enlisent encore régulièrement dans des problèmes d'intonation fréquents. De la direction, j'ai goûté ce soir certains moments (dont le prélude, très beau), mais la structure de tempi de Christoph Eschenbach me semble complètement erratique, toujours hésitante entre une lenteur extrême que la qualité de son orchestre ne permet pas, et des accélérations subites complètement détonnantes dans le discours musical wagnérien. Idem pour la dynamique, partagée entre des moments trop précautionneux et d'autres complètement brutaux. Où est la logique... et surtout la musicalité?
Du plateau, j'ai vraiment apprécié le Mime de Volker Vogel, voix claire, bien projetée et jouée; je l'attends désormais avec impatience dans Siegfried. Mokiro Fujimura et Endrik Wottrich me séduisent toujours autant en Fricka et Froh: deux vraies voix wagnériennes, parfaites dans leur emploi. L'Alberich de Sergei Leiferkus est finalement très satisfaisant: la voix est prenante bien que peu légendaire, et le diseur est très convaincant; même sentiment par contre que lors de la première: sa première scène est complètement plate, le Nibelheim et la malédiction le révélant enfin. Qiu LinZhang est toujours aussi brouillonne dans son élocution, mais la voix reste superbe; je suis moins impressionné en seconde audition pourtant. Laurent Alvaro déploie une jolie voix ample, mais le timbre et l'émission manquent d'une certaine intensité qui lui permettrait de briller vraiment. David Kuebler a beau avoir un brin d'éloquence jamais il ne fascine, ne surprend ni n'enthousiasme dans ce rôle qui le nécessite plus que tout autre, et ce n'est ni la puissance, ni la beauté de la voix qui vient le compenser: c'est très correct néanmoins, mais sans la folie histrionique ou la présence nécessaire au rôle. Le reste, sans être horrible et vraiment très moyen. Les deux géants, Franz-Josef Selig inclus, sont vraiment ternes, tout comme la Freia de Camilla Nylund et les Rheinmädchen. Enfin, Jukka Rasilainen m'a paru en meilleure forme que lors de la première, mais le chanteur n'est vraiment guère attachant et le diseur malencontreusement fruste.
Triomphes pour Fujimura, Leiferkus, Zhang... et incompréhensiblement Eschenbach (quelques huées très isolées pourtant)! Applaudissements chaleureux pour les autres, mais pas de second rappel pour cause d’éclairage de la salle : je pense que le public aurait été largement partant ce soir).
Bref, une bonne soirée quand même, je mentirais si je prétendais bouder mon plaisir: vivement Walküre dimanche!