Götterdämmerung, Châtelet, 15/02/2005

Publié le par Friedmund

 

 

Conclusion triomphale ce soir des quatre premiers Ring du Châtelet, avec une représentation d'une toute autre intensité que celle de dimanche.

Décidément, les représentations avec Christoph Eschenbach se suivent mais ne se ressemblent pas, comme déjà noté pour Walküre et Siegfried: l'orchestre avait retrouvé ce soir de la nervosité si cruellement absente dimanche, et hormis les habituels accidents des cuivres, l'orchestre une toute autre rondeur. Les deux interludes symphoniques déployaient ce soir également la concentration absente dimanche, tout particulièrement la Trauermusik, superbe. Tout juste me plaindrai-je de la conclusion toujours inutilement tonitruante du II, et d'un accompagnement du monologue final qui dessert par son volume une Watson particulièrement admirable ce soir. Mais je ne ferai pas la fine bouche, la prestation orchestrale de ce soir étant des plus convaincantes.

Le resserrement dramatique orchestral d'Eschenbach semble avoir eu un effet des plus communicatifs sur le plateau, Hagen et Brunnhilde en tête. Kurt Rydl, bien guéri de son indisposition de dimanche, nous a livré ce soir un Hagen d'une puissance et d'une noirceur admirables. L'acteur est également impressionnant, d'une concentration intense dans son hiératisme. Indubitablement une des grandes satisfactions de ce Ring. Je l'ai déjà dit, mais Linda Watson ce soir était admirable. La voix avait retrouvé stabilité et rondeur, sans pour autant perdre son lyrisme et ses belles nuances, et l'interprétation dramatique une intensité toute autre, particulièrement face à Waltraute et, lors du II, dans un Helle Wehr électrique! Le dialogue de Rydl et de Watson, bien soutenus par Eschenbach, dans un crépuscule violet inquiétant tout wilsonien, restera un de mes grands moments d'émotion de ces Ring; Dietrich Henschel, se débridant peu à peu, les a rejoint pour un trio et une fin d'acte mémorable. Christine Goerke, sans doute prise par la tension de la soirée, a fini par s'enflammer dans sa scène du III, verbe haut et émission fière. Nikolai Schukoff reste Schukoff et Sergeï Leiferkus demeure pâle, quoique fort acceptable dans cette journée. Mihoko Fujimura ne me convainc toujours pas en Waltraute: sa voix ronde, belle et jeune n'est d'aucune utilité ici, et les mots manquent singulièrement du poids et de l'expressivité requis pour le rôle.

En conclusion, une bien belle soirée, d'une intensité peu rencontrée lors des sept précédentes représentations auxquelles j'ai assisté. J'ai cru à la fin du II à une réédition du fol enthousiasme de la fin du I de Walküre le 30 octobre, lorsque le public était resté à applaudir 10 minutes toutes lumières éclairées: ce fut plus raisonnable, mais au rideau final, minuit ou pas, l'accueil du public fut d'une toute autre chaleur que dimanche, les spectateurs semblant volontiers partant pour plusieurs rappels... refusés par le Châtelet, comme à l'accoutumée. Après le beau Siegfried de mercredi dernier, la meilleure soirée de ces Ring à laquelle j'ai assisté.

 

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Publié dans Le Ring de B. Wilson

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