Clemenza di Tito, Champs-Elysées, 20/11/2005

Publié le par Friedmund


 

René Jacobs ne dirigeait pas ce soir le Concerto Köln, mais le Freiburger Barockorchester. La différence de sonorité des deux orchestres est notable: les Freiburger déploient une sonorité très sèche, sans la même luxuriance de couleurs des Köln. Le tout est assez raide, manque parfois de chair et de poids, et, si Köln transformait les drama giocoso de Mozart en opéras de Cesti, les Freiburger nous convaincraient presque que la Clemenza di Tito a été écrite par Telemann. Les moments de tension dramatique sont étonnants (superbe agressivité des cordes, merveilleusement suggestives et articulées lors du finale du I), mais les moments plus relaxés semblent décolorés (le premier trio du II, voire l'accompagnement de Non piu di fiori). Par ailleurs, Jacobs ne laisse pas respirer la musique, voire la surcharge, particulièrement dans les récitatifs, mais aussi dans des da capo inutilement sur-ornementés, Mozart incluant déjà lui-même les variations: quel intérêt de rajouter des appogiatures supplémentaires à la section finale de, par exemple, Se all'impero ? Au final, une direction baroque non sans qualité, captivante à certains moments (le finale du I était somptueux et haletant, tenant les spectateurs silencieux pendant plusieurs secondes après la dernière note), mais qui rassemble nombreux des tics des baroqueux de la première heure, alors que René Jacobs a justement été un des premiers à mettre fin à leur sécheresse. Cela reste honorable, mais par rapport aux splendeurs auxquelles Jacobs nous avait habitué avec le Concerto Köln dans cette même salle, cela peut apparaître un rien en retrait.

 

Mark Padmore chante un Tito magnifique d'élégance, suave et châtié, noble mais dépourvu d'autorité: ce Tito est indubitablement clément, mais on doute qu'il puisse être empereur; du bien beau chant quand même. Bernarda Fink captive de bout en bout par la beauté et la rondeur du timbre, la présence dramatique et le dosage très fin des émotions. La voix ne suit pas toujours, et la ligne de chant souffre de vocalises souvent à l'emporte-pièce, passablement savonnées, sans pour autant que cela nuise au magnétisme certain de cette superbe artiste. La Vitellia d'Alexandrina Pendantschka est fort bien assumée, avec peu de graves mais beaucoup de musicalité. La voix n'est pas grande mais belle et bien menée. Cette Vitellia séduit aussi par un équilibre fort bien senti entre l'aspect manipulateur du personnage, et sa sensibilité et sa féminité. Si Sunhae Im est une Servilia quelconque et minaudante, l'Annio de Marie-Claude Chappuis se révèle par contre superbe de couleur, de projection, de classe vocal et de présence, Sergio Foresti, pour sa part, chantant fort bien et d'une voix jeune Publio. Les choeurs du RIAS Kammerchor sont également excellents.


En bref, pas tout à fait l'éblouissement attendu, mais une belle soirée mozartienne, avec de vrais et beaux moments de bonheur musical et vocal.

 

 

Publicité

Publié dans Saison 2005-2006

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :