Il Viaggio a Reims, Châtelet, 16/12/2005
Bon spectacle, à condition de prendre en compte d'entrée que le plateau est constitué de jeunes chanteurs, et que nous le savions dès l'achat de notre billet. Pris individuellement il y aurait beaucoup à redire de chacun de ces jeunes chanteurs, confrontés à une musique virtuose et conçue pour l'exhibition vocale. Aucun n'est indigne non plus, mais tous sont un peu verts, ou bien dans un répertoire qui n'est pas nécessairement celui qui sera le leur à terme.
Du plateau de ce soir, je note le formidable abattage de la Folleville de Larissa Youdina qui ferait une merveilleuse Despina, la caractérisation drôle et vocalement bien assumée de Nicolaï Kemenski dans un Don Profondo aux antipodes de celui de Raimondi mais très crédible, les moyens de la Corinna d'Irma Guilolachvilli qui feront merveille dans d'autres répertoires, la rigueur vocale et la fermeté de la ligne de Vladislav Oupenski, la jolie voix de la Cortese d'Anastasia Belyava etc. Seule prestation irréprochable, celle de Daniil Shtoda, aux aigus percutants, qui assure sans problème le rôle de Libenskof, avec style, musicalité et panache, ce qui n'est tout de même pas un mince exploit.
La mise en scène est imaginative, drôle, sans fausse note, et tous les chanteurs débordent d'énergie scénique et d'un enthousiasme palpable qui font de la partie théâtrale du spectacle une vraie réussite, tous les personnages étant parfaitement caractérisés avec beaucoup de naturel et de spontanéité.
Enfin, le maestro Gergiev dirige son orchestre avec élégance, pour ce que l'on entend, celui-ci se retrouvant malheureusement relégué au fond de la scène pour un rendu sonore très distant, y compris de la corbeille où j'étais placé.
Au final, une soirée plaisante, grâce en soit rendue à la mise en scène, et surtout au plaisir de voir enfin en scène cet opéra, à nul autre pareil de drôlerie et d'énergie revigorante.