Récital Alagna, Pleyel, 17/09/2006

Publié le par Friedmund

 

Il est très rare que je regrette d'avoir vu un spectacle, tant bien même est-il mauvais. Ce soir je regrette tristement cette soirée un tant soi peu pathétique; dans son sens premier et sans ironie, j'aime trop Alagna et l'ai trop défendu ci et là pour écrire d'une plume sanglante sur cet immense artiste et chanteur. Maintenant il m'est bien nécessaire d'admettre que je retire avant tout de ce concert un immense malaise.

La donne était connue dès le départ: la première partie serait dédiée aux compositions de ses frères. La première parait charmante, à la seconde on se dit que décidément on est loin de Duparc, à la troisième on s'ennuie ferme. Par chance, le programme est court... A la faible substance de cette musique, s'ajoute l'embarras de comprendre pourquoi il est nécessaire de lire les mêmes poèmes avant qu'ils soient chantés. Alagna douterait-il tant lui même que ces mélodies trahissent la poésie de ces textes de Rimbaud, Verlaine ou Hugo? Imagine t-on réciter Heine entre deux lieder de Schumann? Ou bien serait-ce là un moyen de raccourcir un programme pourtant déjà très court?

La seconde partie a le mérite de remettre un peu de dignité artistique ci et là, notamment un beau Stradella, un Scarlatti tout à fait acceptable et un beau Chant du départ de Tosti. Pour le reste, on est principalement à Naples ou assimilé, avec des bonheurs divers. Dicitencello vuie donné en bis est insupportable d'effets exagérés et pleurnicheurs, mais l'aigu final usuel sera bien escamoté pour une fin moins exposante... A contrario, Io te vurria vasa était magnifique, peut-être le meilleur moment de la soirée.

Alors que le programme ne respire déjà pas la qualité artistique, Alagna fait le cabot, avec poses de crooner dos à la salle, bras écartés, allant serrer les mains du public et autres pitreries. Tout ça pour la plus grande joie d'un public dont on sent bien au comportement qu'il n'est pas celui des salles d'opéra, mais celui d'un troisième âge populaire et féminin, venu aux variétés. L'idée du Jacky de Brel m'a accompagné souvent au cours de la soirée, me faisant comprendre in fine mon malaise: ce n'est plus le récital du plus beau ténor lyrique de la scène internationale, mais celui d'un crooner de variété dont on dirait qu'il jette ses derniers feux dans une salle chaleureuse mais même pas délirante... et bien sûr même pas pleine.

Et la voix me direz vous? Difficile d'en juger dans tel répertoire. Le médium reste de toute beauté, les montées prudentes et rares dans un aigu très peu sollicité autrement que dans des pianissimi habiles. Le retrait de la Danza initialement prévue et l'absence d'un seul air d'opéra exigeant de tout le programme n'est pas de nature à empêcher comme un soupçon de détérioration d'une voix que l'on sent perdre sa couleur dès le passage franchi.

Mais ce n'est pas tant une possible crise vocale qui rend cette soirée triste: on sait bien Alagna recouvrer de graves problèmes de santé et que Radames ne doit rien arranger. Le malaise provient de sentir Alagna en complète crise artistique, faisant succèder à l'épisode Mariano un récital d'une telle indigence, et sans projet artistique autre que d'aller se casser la voix en Otello ou en Chénier.

Roberto Alagna est non seulement une voix d'exception, un styliste hors-pair, mais aussi un artiste attachant. Gageons que cela n'est qu'une nécessaire respiration après beaucoup d'années de pression médiatique importante, et que nous retrouverons Alagna à son meilleur très bientôt. 


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Publié dans Saison 2006-2007

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