La Clemenza di Tito, Garnier, 17/09/2006

Publié le par Friedmund

  
Matinée enthousiasmante cet après-midi: Garanca et Antonacci enivrent d'un parfum d'âge d'or!

Elina Garanca est le faste vocal fait mezzo: la voix, étendue et puissante, est de surcroît magnifique de couleur, agile et fière. Rarement ai-je entendu Sesto plus beau et affirmé, souverain de style, et magnifique de voix. Tout juste, émettrai-je le sentiment d'une certaine froideur et réserve un peu pénalisantes dès lors qu'il s'agit d'un personnage aussi juvénil et passionné que Sesto. Mais c'est là broutilles: la voix de Garanca est du plus précieux bronze.

Anna-Caterina Antonacci est tout simplement la plus belle Vitellia qu'il m'ait été donné d'entendre. La beauté de la langue, l'intelligence impressionnante des récitatifs, la musicalité de la ligne, tout est vocalement d'anthologie... et encore je ne parle même pas ici de sa souveraine tenue scénique, de la beauté magnétique qu'elle dégage en scène. Les mots me manquent pour décrire la grandeur de cette Vitellia, sa beauté, sa présence. Après un "Non piu di fiori" admirable, la frustration de ne pouvoir ovationner la chanteuse m'était immense, le chef ayant bien mal opportunément décidé qu'il enchainerait...

A côté de ces deux performances épatantes, le bonheur continuait avec la Servilia délicate et délicieuse de Ekaterina Syurina, justement ovationnée à l'issue de son air, et qui n'est pas sans rappeler les beautés d'une Edith Mathis. On urge Gérard Mortier de la réinviter rapidement dans Mozart. Christoph Pregardien quant à lui semble plus en voix qu'il y a deux saisons: ce Tito en difficulté dans l'aigu reste impérieux de timbre et de ton patricien, tout particulièrement dans des récitatifs souvent superbes.

Hannah Esther Minutillio est par contre un Annio médiocre, de chant, de timbre, de langue, tout comme le Publio de Roland Bracht, usé jusqu'à la corde, et désormais simplement inacceptable de mauvais chant. Ces derniers ne gâchent pourtant rien de cette superbe matinée, bien dirigée par Gustav Kuhn, et où, en seconde vision, mon avis a sensiblement changé sur la mise en scène des Hermann que je trouve finalement plutôt belle et réussie.

On peut bien dire ce que l'on veut, un grand chanteur change une représentation d'opéra: aujourd'hui, nous en avions deux aussi superbes et charismatiques l'une que l'autre.
Chapeau bas, Mesdames Antonacci et Garanca!
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Publié dans Saison 2006-2007

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