La Clemenza di Tito, Garnier, 28/09/2006
Nouvelle soirée de très haute volée pour Anna-Caterina Antonacci ce soir, se concluant par un Non piu di fiori ineffable, indescriptible de classe et de beauté de chant. Elina Garanca a beau lui ravir la vedette à l'applaudimètre, le joyau de ce début de saison, c'est cette Vitellia insensée, d'une humanité et d'une sensibilité jamais entendues dans le rôle, pleinement assumée vocalement du la au ré et dans la vocalise, et qui irradie en permanence la beauté, vocale, verbale et scénique... Bref, j'arrête ici, je pourrais en parler des heures! Toujours aussi chaleureuse et accessible, elle nous a offert l'immense plaisir à un ami et à moi-même de nous consacrer un bon quart d'heure à la sortie des artistes pour discuter avec nous de ses souvenirs parisiens, de ses prises de rôle à venir ou de ceux qui lui plairaient à l'avenir. Un rare moment de bonheur venant prolonger ceux offerts sur scène les heures précédentes. Garanca est toujours vocalement aussi glorieuse, c'est fantastique il faut bien le dire, mais aussi toujours un peu réservée et peu expansive émotionnellement: l'émotion ne vient pas nécessairement se conjuguer à ce chant magnifique, sauf peut-être pour un Deh per questo istanto où l'armure se fendait un peu.
Le reste de la soirée m'a semblé un net cran en dessous de la matinée du 17. Hormis Ekaterina Siurina toujours délicieuse en Servilia, le reste du plateau était ce soir à la limite de l'inacceptable. Hannah Esther Minutillio, déjà vocalement peu attractive de timbre et de fluidité mozartienne, a rencontré de vrais problèmes avec la justesse dans ses deux airs. Roland Bracht m'a semblé encore plus intolérable que précédemment, lourdaud et vocalement à bout, pâteux d'émission, sans souffle et d'une laideur de chant et de voix incommensurable: je l'aurais presque maudit de gâcher par ses interventions les pures splendeurs qu'offraient Antonacci et Garanca lors du trio du II. Christoph Prégardien n'en pouvait simplement plus ce soir, en difficulté permanente dans ses trois airs, et même dans certains de ses récitatifs: on sent l'immense artiste qu'il a été, on devine les intentions de musicalité et le souci permanent du style et de l'élégance, le timbre reste somptueux... mais l'instrument ne répond simplement plus. A la baguette, Gustav Kuhn s'est révélé plutôt irrégulier, ici très mou voire décharné, là bien allant et chantant, rappelant un peu les cyclothymies de ses Cosi de l'année dernière; à son actif, une belle pâte orchestrale pourtant.
Bref, une soirée dominée par Garanca, et surtout par une Antonacci encore une fois inoubliable.