Riccardo Muti, Champs-Elysées, 15/04/2007
Mozart - Concerto pour clarinette et orchestre
Berlioz - Messe Solennelle
Genia Kühmeier, soprano
Pavol Breslik, ténor
Ildar Abdrazakov, basse
Patrick Messina, clarinette
Chœur de Radio-France
Orchestre National de France
Riccardo Muti, direction
C’est à un bien beau concert que Riccardo Muti nous a invité cet après-midi, au programme contrasté, mais à un niveau d’interprétation constamment élevé.
En première partie, Riccardo Muti a offert une lecture certes classique du Concerto pour clarinette K622, mais d’une élégance souveraine. Comme toujours chez le chef italien la pulsation est magnifiquement soutenue, les phrasés superbement tendus, sans plus de traces des raideurs et maniérismes du jeune Muti. Le chef commande à l’Orchestre National de France des nuances d’une grande mobilité et d’une netteté sans faille dans les transitions dynamiques ; sa direction, très détaillée mais globalement sobre dans la gestuelle, est d’ailleurs un régal pour l’œil du spectateur. Le dialogue avec le soliste se nourrit de cette richesse de nuances permanente… et quel soliste ! Patrick Messina, première clarinette solo du National, a gratifié le Théâtre des Champs-Elysées d’une performance en tout point étonnante et mémorable. Le son qu’il tire de son instrument est d’une grande pureté, clair et chaleureux. L’interprète est au même niveau, virtuose, imaginatif, spirituel, soutenant l’attention dans une pièce pourtant rebattue et que je croyais guère pouvoir encore me surprendre ! Patrick Messina a déjà travaillé avec les plus grands, que ce soit en fosse pendant six ans au Met ou en tant que chambriste à Prades (entre autres) : son avenir s’annonce radieux et j’ai hâte de recroiser sa route lors des programmations parisiennes à venir.
Changement radical d’atmosphère en seconde partie, avec la Messe solennelle de Berlioz redécouverte il y a une dizaine d’année. Cette pièce de 1825 n’est sans doute pas parmi les pièces les plus inoubliables du compositeur, mais rayonne de jeunesse, de lumière ; de joie sereine en fait. Je pourrais difficilement cacher mon grand plaisir à écouter cette musique vivifiante et caressante.
Riccardo Muti sait à merveille s’adapter aux ruptures de ton de cette belle partition : le Kyrie, serein et lyrique, est joué avec une délicatesse digne de son Mozart en première partie, mais le Crucifixus s’enflamme ardemment, non sans évoquer les transports verdiens les plus intenses et excitants du chef. Quel que soit le morceau, tout est baigné par Muti dans une atmosphère sereine, fine, doucement méditerranéenne en somme. Berlioz, plus encore que Mozart, offre à Riccardo Muti l’occasion d’illustrer son génie de la pulsation et son fabuleux travail sur la dynamique, d’une grande variété. En chef immense qu’il est, jamais Muti ne fait déborder dans la surenchère sonore une partition qui pourrait pourtant s’y prêter aisément : ses fortissimi sont aussi rares que nets et maîtrisés ; remarquables également, les sollicitations des cordes pour les parties chorales, retenues mais au soutien rythmique et expressif sans faille. Parmi les solistes, je retiens avant tout la belle voix et le beau chant de Genia Kühmeier, tendre et recueillie dans le Et incarnatus, avec le regret que Berlioz ait été aussi peu généreux pour la partie de soprano. Pour la partie de basse, la mieux servie par le compositeur, Ildar Abdrazakov ne m’a que moyennement convaincu : la voix manque d’ampleur, de rondeur, de noblesse aussi. Un peu discordant au sein de la sérénité dégagée par l’ensemble, Pavol Breslik m’a semblé pour sa part trop fébrile pour son Agnus Dei, tant bien même le chanteur reste supérieur. Les Chœurs de Radio-France, attentivement dirigés par Muti, se sont révélés irréprochables, disciplinés et solidaires dans la recherche dynamique de tous les instants du chef.
Beau triomphe, bien mérité, pour Riccardo Muti aux saluts finals.