Elektra, Bastille, 12/07/2005

Publié le par Friedmund

Dernière Elektra de la production Hartmann-Dohnanyi, et dernière soirée de la saison 2005 à l’Opéra de Paris.


Mes impressions demeurent inchangées sur l'aspect musical. Dohnanyi transcende son orchestre, au lyrisme superbe et à la richesse sonore épatante. Le flot musical est pur et tranchant comme un cristal, la transparence confondante. Deborah Polaski reste toujours vocalement d’un sensationnel charisme, mais les aigus sont plus fréquemment encore hors-contrôle voire faux que le 26/6, au début de la série. Westbroeck, très ovationnée, et Palmer sont conformes à leurs prestations de juin : belle et radieuse de voix pour la première, toujours en déficit de poids dramatique pour la seconde ; elles demeurent toutes deux sensiblement dans l’ombre du numéro extraordinaire de Polaski, pour tout dire. Hadley reste quant à lui sans histoire mais sans saveur. La différence de volume entre le Marcus Brück peu audible de la première représentation à laquelle j’ai assisté et celui entendu ce soir me laisse à penser que la sonorisation à Bastille n'est pas qu'un mythe : ce soir, sa voix fluette faisait jeu égal en volume avec celle de Polaski lors du « Du wirst es tun »; ce surplus de volume ne lui confère pas pour autant plus de poids expressif et cet Orest reste désespérément plat.

En seconde lecture, l’agacement face à la mise en scène de Hartmann demeure aussi inchangé : je ne peux me résoudre à cette Klytemnestra faiblarde et effacée, ni à cet Orest pré-pubère, apeuré et vélléitaire. Le drame tombe à l'eau, et le seul effroi qui surgit lors de la scène de la confrontation réside dans son insipidité.


Le rideau tombé et les saluts passés, Gérard Mortier s’est rendu sur scène pour remettre un bouquet de fleurs à Deborah Polaski. Celle-ci célébrait en effet ce soir sa cent-cinquantième Elektra ! L’exploit est à saluer, surtout lorsqu’on se remémore qu’elle y fut dramatiquement et vocalement parfaite il y a à peine dix ans de cela, et qu’elle demeure une tragédienne et une voix sans rivale aujourd’hui pour tel rôle. La longue ovation supplémentaire ayant accueilli cette sympathique célébration n’est que justice pour cette grande et belle artiste.

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Publié dans Saison 2004-2005

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