Medea, Châtelet, 03/07/2005
Mise en scène simple de Yannis Kokkos, dans des décors et costumes élégants, très esthétiques, et bel écrin pour laisser le drame éclater et les chanteurs briller. Un décor et une mise en scène cohérents avec le drame, élégants de surcroît, c'est devenu une rareté : l'imagination en est quand même cruellement absente…
Evelino Pido m'a un peu fait peur lors de l'ouverture, manquant vraiment de majesté et de rigueur rythmique, mais il s'est bien rattrapé par la suite, offrant un orchestre luxuriant de couleurs, beaucoup de vie, et un début de troisième acte beethovenien, les musiciens du Capitole confirmant par ailleurs leur réputation qui n'est plus à faire.
Malgré les désistements le plateau vocal reste très honorable. Anna Maria dell'Oste me fait nécessairement regretter Ciofi: ce timbre de soubrette se prête peu à une princesse royale, néo-classique de surcroît, mais la chanteuse est, au delà de ce timbre ingrat, intègre et musicienne. Le Giasone de Giuseppe Gipali est fort séduisant: la voix manque cruellement de volume, surtout face à Medea, mais le chanteur est élégant, solide, et la voix est belle. Je n'en dirai pas autant de Giuseppe Giuseppini, engorgé et en manque permanent de la moitié de la noblesse exigée par le rôle, et qui fait regretter mille fois d'Arcangelo pourtant annoncé. Sara Mingardo en Neris, c'est la merveille d'un timbre sublime et d'une vivaldienne d'exception, qui fait de son solo un pianto un moment de magie pure, à pleurer, d'autant plus que Pido alanguit l'orchestre pour en faire un quasi-lamento à couper le souffle.
Et puis Anna-Caterina Antonacci... eterni dei, qu'elle est belle! Dès qu'elle rentre en scène elle fait oublier tous les autres par son charisme scénique, la beauté de la voix, la profondeur des accents. Vocalement, le premier acte la prend un peu à froid, et après un De tuoi figli la madre relativement retenu, le redoutable Nemici senza cor final la verra parfois en légère difficulté sur les aigus en force, mais pourtant déjà impressionnante et simplement irrésistible. Son second acte est magistral, détaché du modèle callassien, mais bouleversant. La déclamation classique, l'émotion de la coloration des piani et de ce legato fier et pur, ces déclamations théâtrales en diable, la beauté d'un chant sans fard mais non sans coloration, et cette voix large et sans ombre... La pureté de l'émission et de l'expression l'amène à mon sens, pour cet acte, au niveau de Callas par un chemin différent mais non moins efficace. Le troisième acte la verra encore imposer ce personnage définitivement classique et somptueusement musical sans que le théatre ne cède en rien. Mais quelle artiste, cette Antonacci, quelle artiste... vraiment, on ne voit et on n'entend pas cela tous les jours sur une scène d’opéra!