La Rondine, Châtelet, 10/07/2005
Avant de commencer, la suite de l'affaire Gheorghiu. Van Kooten était annoncée sur le site Internet du Châtelet ce matin, en toute logique c'est donc Inva Mula qui a assuré la dernière. Le Châtelet aura réussi un sans faute, ayant annoncé pour toutes les représentations une autre chanteuse que celle qui aura finalement chanté le jour dit. Brossmann a tenu à prendre la parole avant le début de la représentation pour saluer Inva Mula qui chantait Antonia à Orange hier soir encore, et, je cite, "son vrai professionalisme qui contraste avec l'amateurisme de certaines Diva". Tonnerre d'applaudissements du public…
J'ai trouvé la production très agréable. Les décors d'Ezio Frigerio débordent de classe et de la petite pointe de raffinement décadent qui sied si bien au propos de la Rondine et à la musique du Maestro de Torre del Lago. Nicolas Joël offre beaucoup de choses à voir, beaucoup de vie et de mouvement, pour une mise en scène agréable et rafraîchissante. La direction musicale de Marco Armiliato est elle aussi bouillonnante et bien en place, et l'orchestre du Capitole, félicité par Brossmann au début pour la difficile alternance Cherubini-Puccini, à son niveau (habituel) de (grande) qualité.
Inva Mula a été accueillie par de multiples ovations, qui ont commencé dès le "Sogno di Doretta"... et ce n'était sûrement pas qu'en contre-réaction à la défection de Gheorghiu. La voix est superbe, conduite avec des phrasés d'une délicatesse rare, et les pianissimi ou sons filés pleuvent tout le long de la partition; si la voix est d'une taille relativement mesurée pour le rôle, elle franchit sans encombre la barrière de l'orchestre quand nécessaire. L'actrice est belle en scène, et, surtout, la chanteuse est très emouvante. Mula était très émue par ailleurs elle-même de son triomphe au rideau final.
Autre bonne surprise, le Ruggero de Giuseppe Filianoti dont je ne comprends pas qu'il ne fasse pas plus fantasmer... Parce qu'enfin voila un ténor italien haut d'une émission claire et sans scorie, sonore, avec un aigu étincelant et un vrai grave, élégant de surcroît et dans son chant et sur scène! Le duo du III avec Mula était tout simplement électrique! Une vedette en puissance, ce Filianoti, dont je vais désormais guetter les apparitions, parce que ténor pareil on n'en entend pas tous les jours. Annamaria dell'Oste est délicieuse en Lisette, et bien plus à sa place qu'en Glauce, Marius Brenciu est une autre belle surprise en Prunier, clair et élégant lui aussi, très vivant et sympathique de surcroît en scène, et Alberto Rinaldi assure son Rambaldo.
Une matinée épatante, et une des représentations les plus homogènes de la saison parisienne.
Encore un mot sur la Rondine que je n'avais pas vue depuis 15 ans, et pas entendue au disque depuis au moins 5 ans... et bien je vais ressortir mes CD! J'ai trouvé l'oeuvre étincelante, vivante, émouvante et en rien mineure. Sans parler du soulagement après ces dernières semaines partagées entre le goulag, les règlements de comptes chez les Atrides, les asiles psychiatriques ou les tréfonds de la passion de Tristan, de retrouver une comédie, certes amère, mais une comédie quand même, vivante et enjouée... et bien sûr la pâte orchestrale chaleureuse et caressante du grand Giacomo.