Tristan und Isolde, Bastille, 12/04/2005

Publié le par Friedmund

Pour ce qui est de Sellars, parler de Wieland Wagner me semble en effet très approprié. L'économie dans le jeu des acteurs n'exclut ni l'éloquence théatrale ni des moments simplement poignants (le début du I, toute la fin du II surtout, le début du III), et là ou Wieland illustrait cette économie par les jeux de lumière, bien sûr Viola le fait grâce à la vidéo, proprement hypnotique et profondément émouvante.

La combinaison de la direction d’acteurs de Sellars et des images de Viola donne naissance à une mise en scène d'une beauté à couper le souffle, aux résonances émotives profondes, sans jamais trahir ni la musique ni le livret, avec quelques idées très fortes et impactantes. Wagner, à la recherche de son oeuvre d'art totale, devait sûrement applaudir de là-haut. La raison des huées bien sonores et présentes au moment des applaudissements restera pour moi un mystère à la vue des conneries applaudies ces dernières années, et surtout parce que je ne vois pas bien ce que l'on pouvait huer, quand onirisme, beauté, originalité et fidélité se conjuguent dans un spectacle unique et profondément étreignant.

Un bonheur ne venant pas seul, Meier et Heppner étaient simplement le plus beau couple imaginable aujourd'hui (on attend Mme Stemme ailleurs que Glynderbourne quand même avant de juger) : elle frémissante, féminine, à la puissance intacte, lui étonnamment solide, certes, mais aussi lyrique et poétique (même si les déchirements lui sont par nature un peu étrangers). Selig était simplement à pleurer de noblesse et d'émotion, et Naef d'une force et d'une éloquence étonnante. Quant à Salonen, sa direction est personnelle, sans effet, pathos ni rubato, sèche aux cordes mais onctueuse aux vents, pour une lecture d'une richesse de sonorités et d'énergie impressionnante.

Je cherche dans ma mémoire les représentations d'opéra qui m'auraient tant transportées de la première à la dernière mesure. Je suis, contrairement à Meier,  aphone d'enthousiasme, et ai hâte d'y retourner le 24.

 

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Publié dans Saison 2004-2005

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