Semiramide, Champs-Elysées, 22/04/2006

Publié le par Friedmund



Alexandrina Pendatchanska est vraiment un phénomène vocal: le grave est bien présent, l'aigu puissant, le timbre sombre tout aussi homogène que la voix sur toute la tessiture, la vocalise impeccable et le trille parfait. Comme pour Vitellia, Pendatchanska convainc plus toutefois par sa sensibilité et son lyrisme que par son charisme. Jamais cette Semiramide n'impose vraiment une présence impérieuse, et c'est surtout dans ses émotions maternelles qu'elle sera la plus convaincante; point culminant de la soirée, sa mort sera aussi belle que touchante. Réussir coup sur coup la même saison des Vitellia et Semiramide vocalement irréprochables n'est pas un mince exploit: j'ai hâte de la croiser à nouveau en juin pour Don Giovanni.


S'il est une chose que l'on ne peut reprocher à Barbara di Castri, c'est de manquer de présence vocale et scénique. La voix est juvénile, ardente, puissante, d'une couleur très agréable qui se perd un peu dans l'extrême grave, mais superbement déployée dans des aigus puissants. La vocalise aléatoire, ici décalée et savonnée, là rigoureuse et parfaite me fait plus penser à un grand trac qu'à une insuffisance vocale. J'ai beaucoup aimé cet Arsace, et pour tout dire c'est même la performance vocale qui m'a le plus intéressé ce soir, malgré ses légères imperfections. Une jeune chanteuse à suivre, à qui s'ouvre, tout comme pour Pendatschanska, une grande carrière, j'en suis sûr.

Michele Pertusi reste un des grands rossiniens de notre temps: la voix est encore belle et sonore, et la vocalise encore parfaitement en place, même si la fluidité n'est plus celle d'hier. Chacune des apparitions de ce bel Assur m'a été un régal. Je n'en dirais pas autant de celles de Gregory Kunde, à la voix bien rétrécie dans le timbre et dans l'aigu: il semble désormais trop tard pour lui pour s'aventurer dans de tels rôles, et on comprend aisément qu'il ne se lance plus dans les acrobaties de Ah dov'e il cimento. Oroe correct quoique peu beau et engorgé, mais Azema superbe de jeunesse et de beauté pour les quelques mesures offertes par Rossini.

Evelino Pido a dirigé avec attention, couleur et énergie un Orchestre National de France en bonne forme. J'ai beaucoup apprécié la clarté et les couleurs de l'orchestre, très fluide et musical, mais que j'aurais aimé parfois dirigé avec un brin de nervosité supplémentaire.

La mise en scène de Gilbert Deflo, copieusement huée lors des saluts, pêche par une direction d'acteurs souvent nullissime qui engendre nombreux gestes et postures aussi artificiels que ridicules. Dommage, toutes les dernières scènes au tombeau étaient très réussies, dans une pénombre très évocatrice, tout particulièrement lors du trio final. Mais l'imagination comme le travail semblent avoir bien manqué. Rien de suffisamment grave néanmoins pour ne pas profiter des nombreux bonheurs de la soirée.

 

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Publié dans Saison 2005-2006

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