Concert Von Otter - Bamert, Pleyel, 12/01/2007
Roussel : Le Festin de l’Araignée (suite d’orchestre)
Dukas : La Péri (poème dansé)
Entracte
Ravel : Shéhérazade, ouverture de féerie
Ravel : Shéhérazade, mélodies pour mezzo-soprano et orchestre
Orchestre Philharmonique de Radio-France
Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
Matthias Bamert, direction
Programme bien court hier soir à Pleyel, mais plutôt intéressant en soi s’il avait été servi par des interprètes à même d’en flatter les raffinements et les chatoiements. Las, Mathias Bamert, remplaçant le regretté Armin Jordan, n’a pas cette musique dans le sang, et cela s’entend.
Cela commence pourtant bien par le délicieux Festin de l’Araignée, dont Bamert conserve les transparences et la spirituelle légèreté de touche toute roussélienne. L’équilibre conservé aux pupitres permet aux musiciens du Philarmonique de déployer toutes leurs beautés, avec une mention toute particulière à la flûtiste, superbe. La Péri est par contre privée de ses mystères orientaux, assez épaisse de texture et surtout rythmiquement sans les soulèvements fluides et dansés que cette page nécessite. En seconde partie, l’ouverture de Shéhérazade confirme cette impression : magie absente, subtilité ravélienne trahie au profit d’une lourdeur bien plus germanique qu’orientalisante... A dire vrai, il ne reste plus grand-chose de la délicatesse transparente des couleurs et de l’orchestration de Ravel. C’était là un programme taillé sur mesure pour Armin Jordan, magicien des textures et suprême coloriste : un seul être vous manque et tout est dépeuplé...
Après reconfiguration de l’orchestre vers un effectif plus réduit (particulièrement aux cordes), Anne Sofie von Otter, robe rouge d’aspect éponge, fait son entrée pour les trois célèbres mélodies de Shéhérazade.
La première mélodie, Asie, présente une mezzo-soprano décolorée, à la voix sèche, pratiquement incompréhensible et surtout inaudible du premier rang du premier balcon, alors pourtant que Bamert, attentif, tient bien mieux le volume de son orchestre que lors des pièces précédentes. Von Otter fait un sort à chaque mot, réfugiée dans un éventail dynamique entre piano et pianissimo, étouffant toute articulation verbale et masquant bien mal l’absence complète de couleur, de fluidité de la ligne… de voix en fait, cette dernière étant désormais bien rêche, sèche, aride et sans projection. La flûte enchantée sert un peu mieux l’artiste, gagnant peu à peu en chaleur et en liberté, mais pas en sûreté d’un aigu qui lui échappe désormais d’autant plus que la chanteuse s’interdit tout recours à la pleine voix. L’indifférent, enfin, joliment mené, montre une chanteuse à nouveau à peu près digne de sa réputation, subtile, délicate, déliée : il est malheureusement trop tard, et le concert s’achève. Sollicitée par un public qui l’applaudit chaleureusement en comparaison de sa maigre prestation, la mezzo-soprano ne daignera même pas offrir le moindre bis à son public frustré et déçu (commentaires éloquents des spectateurs dans les escaliers de Pleyel ...) de ce piètre quart d’heure assez indigne du talent de la suédoise, qui montrera aux rappels tout autant de chaleur qu’elle en avait offert aux mélodies de Ravel.
Triste bilan et réel sentiment de malaise quant à la considération que Von Otter peut avoir pour un public pourtant acquis.