Cenerentola, Pleyel, 24/03/2008
La saison Malibran se poursuit pour Cecilia Bartoli. Après son récital au TCE en décembre, principalement axé sur son dernier album en l’honneur de l’illustre diva, la Bartoli offrait un vrai marathon lyrique salle Pleyel en cette date du bicentenaire de la naissance de Maria Malibran. Casée entre deux récitals, cette Cenerentola de concert m’avait semblé l’élément le plus attirant de la manifestation, d’autant plus que la présence de Bartoli dans un opéra intégral, fut-il en version de concert, est devenu chose rarissime avec le temps. Quelles que soient les festivités un rien tapageuses de la journée, c’est donc avant tout à une matinée rossinienne que je me rendais ce jour. Commentons la donc comme telle, ni plus ni moins.
Directement importée de Zurich, le spectacle semble bien rôdé. Tout est bien en place, y compris une mise en espace sans doute inspirée d’éléments de la production zurichoise. Si le procédé a pour mérite de rendre la version de concert moins aride, notons toutefois que l’esprit général qui prévaut est celui du gag sans grande finesse. L’incomparable et poétique mélange de cruauté et de tendresse qu’est Cenerentola m’a toujours semblé mériter mieux que le triste bouffe univoque qu’on lui plaque inlassablement. Passons, cette mise en espace de circonstance, aussi réduite que sommaire, n’était de toute façon pas l’objet essentiel de cette matinée. Ce fruste théâtre permet tout du moins à une Bartoli déchaînée de mettre en évidence toute sa vis comica. Elle maîtrise son Angelina à la perfection et en offre un portrait d’une vraie drôlerie, fine et juste, avec toute la souriante douceur et le charme humble qui seyent au personnage. Inutile de préciser que sa prestation vocale est évidemment supérieure, quoique moins aisée peut-être que par le passé. La vocalise se fait plus laborieuse dans le registre grave, voire plus mécanique en général. Peu importe, si l’impression de facilité innée semble s’être atténuée avec le temps, l’abattage demeure certain. Pour autant, j’avoue que l’artiste, fut-elle charmante, enjouée, voire gracieusement pyrotechnique, ne me fascine décidément guère sur le vif. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire, et cette Angelina savamment millimétrée transpire tout de même une luxueuse routine. A ses côtés, Carlos Chausson crève aussi l’écran en Don Magnifico bien caractérisé, vocalement et scéniquement très présent. Bruno Pratico, aux nasalités peu séduisantes, essoufflé et au chant fort imprécis, est en revanche un bien pâle Dandini, ennuyé et ennuyeux, en rien spirituel. Troisième clé de fa de la distribution, Laszlo Polgar ne se tire plutôt pas trop mal de la difficile partie d’Alidoro, avec une touche d’élégance mais sans toute l’aisance vocale requise. Le Don Ramiro d’Antonino Siragusa est un vrai bonheur : voila un ténor rossinien franc, clair et percutant, vaillant mais sensible, toujours d’une exquise musicalité. Impeccables Clorinda et Tisbe de Sen Guo et Liliana Nikiteanu, pestes à souhait. A la tête du chœur et du très bel orchestre de l’Opéra de Zürich, Adam Fischer dirige très sagement la partition de Rossini. Il manque tout de même à cette direction fine et élégante un soupçon de tension et de verve pour se révéler tout à fait satisfaisante. Une bonne représentation en somme, avant tout marquée par le grand talent d’Antonino Siragusa, le charisme certain de Carlos Chausson, et bien sûr la personnalité hors norme de Cecilia Bartoli, quelles que puissent être les réserves précédemment émises.