Villazon & Florez, Champs-Elysées, 08/07/2008
Bellini : I capuleti e i Montecchi, ouverture, duo « Deserto è il luogo »
Gounod : Romeo et Juliette, « L’amour… Ah, lève toi soleil »
Massenet : Le Cid, « Ah tout est bien fini… O souverain »
Rossini : Guillaume Tell, pas de six ; Otello, duo « Ah vieni »
Chansons espagnoles et sud-américaines.
Juan-Diego Florez, ténor
Rolando Villazon, ténor
Prague Philarmonia
Michele Mariotti, direction
Le programme stipulait « airs et duos d’opéra ». Le pluriel est à comprendre ici dans son acception la plus minimaliste : deux duos, et un air d’opéra pour chacun de nos deux ténors ; le reste du programme est, pour rester poli, consacré à un répertoire hispanique plus léger. Chiche programme qui contraste singulièrement avec une affiche a priori luxueuse. La démarche était festive avant d’être artistique, ne nous mentons pas.
La soirée commence par nos deux ténors aux prises avec Bellini : Florez-Romeo face à Villazon-Tebaldo. On salue le courage de Rolando Villazon d’oser la mise en parallèle avec Juan-Diego Florez dans ce répertoire. Le résultat n’en demeure pas moins cruel. Villazon paraît dans ce premier duo empêtré dans l’écriture bellinienne, épais et brouillon, distancié. Si Florez est naturellement plus à l’aise dans ce répertoire, chant franc et facile, son Roméo frêle et chétif ne convainc guère plus. Dès le premier morceau de ce récital, les qualités de l’un soulignent de fait cruellement les défauts de l’autre. Juan-Diego Florez paraît ainsi bien pâle confronté à l’impact, l’énergie et le charisme de Rolando Villazon. A contrario, l’émission malaisée de Villazon souffre de la comparaison avec celle claire et bien posée de Florez. Leurs numéros personnels à suivre confirment cette impression. D’un Roméo à l’autre, Juan-Diego Florez satisfait encore sur les qualités vocales immédiates : clarté, pureté, élégance, aisance. Il déçoit tout autant par l’ennui qui se dégage de ce chant impeccable mais sans âme ni passion. Elégante guimauve, mais guimauve tout de même. Rolando Villazon opte pour un Cid qui lui a toujours réussi dans cette salle. Le numéro correspond à son tempérament, l’impact émotionnel est certain, les notes sont toutes là et coulées dans un phrasé plutôt intéressant et bien nuancé. Pour le reste, l’effort devient de plus en plus palpable et les bras grands écartés transpirent bien plus un certain malaise vocal que la passion. Avec Otello, l’intérêt remonte significativement en clôture de cette maigre première partie. Florez ne fait qu’une bouchée du chant fleuri de Rodrigo et Villazon tire un excellent parti du baryténor d’Otello avec une qualité de vocalisation intacte et même étonnante ; l’excitation de l’écriture vocale rossinienne fait le reste.
La seconde partie est d’un ennui sans fin. Nos deux ténors jouent les latin lovers en vain : l’un trop raide et sans abandon (Florez), l’autre trop démonstratif et appuyé (Villazon), les deux sans la décontraction nonchalante et chaleureuse qui sied au crooner. N’est pas Placido Domingo qui veut. Le Granada de Florez est d’une pâleur timide déconcertante, le Jurame de Villazon caricatural dans son mélo. Après deux chansons chacun en tout et pour tout, dont les deux précitées, vient le temps d’une inénarrable espagnolade orchestrale, vulgaire, tapageuse et effroyablement lourdingue, en tout point conforme à la prestation d’ensemble du Maestro Michele Mariotti et de son Prague Philarmonia (signalons au passage que les deux ténors, déjà peu avantagés par la nature en matière de volume vocal, se seront débattus toute la soirée pour se faire un tant soi peu, mais en vain, entendre). En conclusion, pot-pourri dans la même veine, façon les trois ténors réduits d'une unité. La tentation de la fuite n’a pas manqué de me prendre, mais la perspective de bis alléchants m’a retenu. Mauvais calcul : Florez joue classiquement de son contre-ut et trouve vraisemblablement hautement spirituel de mêler les textes français et italiens de son aria de la Figlia del Regimento, Villazon nous sort une zarzuela vocalement pas trop gênante, et les deux concluent main dans la main et gag contre gag dans un énième duo sucré et ronronnant. Et puis rideau pour cette soirée aussi courte que morne. Vous aviez dit festif ?