Die Musik und ich wünschen Ihnen...
Je souhaite à tous mes lecteurs mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année, une joie de vivre tous les instants, et de préférence en musique, naturellement.
Comme je suppose que beaucoup d'entre vous, sont, en ces premiers jours de la nouvelle année, repus jusqu’à l’écoeurement d’indigestes crèmes viennoises ou de frelatées clairettes en tout genre, je souhaite vous inviter à quelques plaisirs discographiques d’actualité un peu moins convenus. Plaisirs coupables, nécessairement, ce sont les meilleurs. Comme il en faut pour tous les goûts, je vous propose un menu jubilatoire alliant à la fois une sucrerie déjà connue tout juste rééditée, ainsi qu’une nouveauté plus acide et canaille ; les deux tout aussi savoureuses dans deux genres très différents.
Commençons par les mets les plus salés, avec l’inénarrable Pincus and the Pig du Shirim Klezmer Orchestra. Derrière ce titre ne se cache rien d’autre que le Pierre et le Loup de Prokofiev revisité à la mode yiddish. Fini le loup, place à l’affreux et puant cochon, pardon un farshtinkener chozzer. L’orchestration de Prokofiev est revisitée pour un ensemble de taille réduite : clarinette ironique et canaille, trombone fatigué et savoureux d’humour, percussions pleines de swing, un piano et même un banjo félin et haut en couleurs pour suivre les pas du chat ! Le résultat, oscillant entre jazz endiablé et folklore juif, est hilarant du début à la fin. Aucun disque ne m’avait mis d’une telle humeur radieuse depuis une éternité. Le texte est récité, en anglais parsemé de yiddish (glossaire fourni dans le livret), avec une gouaille savoureuse. En complément quelques morceaux dans la même veine, dont un Andante de la troisième symphonie de Brahms tel que vous ne l’avez jamais entendu : valsé mélancoliquement par un banjo, un trombone et une clarinette, soutenus par le piano et les percussions dans une ambiance toute jazzy ! Un condensé jubilatoire de bonne humeur publié par Tzadik.
Pour les amateurs de sucré d’antan et de valeurs sûres, je signale également la réédition par Deutsche Grammophon, dans son format original après avoir alimenté de nombreuses compilations du ténor, du best-seller Be my love de Placido Domingo. Tout y passe, de la tranche napolitaine façon Mattinata, à la pâtisserie viennoise de Dein ist mein ganzes Herz, en passant bien sûr par l’inévitable Granada. En prime la reprise de quelques tubes de Mario Lanza, dont celui qui donne son nom à l’album. Les quatorze plages de cet album sont un bonheur constant et forment sans doute le seul album de cross-over qui m’est parfaitement comestible, mieux tout à fait délectable. Il faut dire que Placido est radieux de timbre, chaleureux en diable, infiniment séduisant, irrésistible de charme en fait. Je ne m'en lasse pas.