Opéra et mise en scène (ASO)

Publié le par Friedmund


Le combat pour la modernisation de la scène opératique est en somme gagné. Il aura fallu beaucoup d’errements, de provocations, des avancées majeures aussi, mais désormais la question de la mise en scène d’opéra est devenue centrale dans le microcosme lyrique. Pour un art qui est avant tout théâtre en musique, il était tout de même temps. Désormais la question ne peut plus être évacuée. Loin de détruire cet art fragile, cette mise en théâtre me semble enfin donner l’occasion à l’opéra de s’affirmer pleinement, dans toute sa richesse et son potentiel artistique. Cette publication, qui mêle judicieusement mise en perspective historique, avis subjectifs, réflexions générales et de fond, études de cas et bien d’autres vues encore, apporte des éléments structurés à un débat qui avance peu faute d’outrances toujours réductrices.

 

Je ne sais plus qui formulait que la valeur artistique se mesurait à l’aune du degré d’inattendu. Drôle de métrique pour un monde de l’opéra qui juge souvent vertus les entraves de la convention et dont la matière première, le répertoire, souffre par son essence même d’un manque de renouvellement mortifère. La transformation naturelle du propos théâtral à travers les époques, déjà justifiée par l’évolution du rapport à l’image et des référentiels culturels, s’impose d’autant plus que le public n’a plus accepté depuis un siècle l’entrée au répertoire des œuvres contemporaines jugées musicalement trop indigestes. Je ne rentrerai pas plus en avant dans le sujet. Cette nouvelle publication de l’Avant-Scène offre suffisamment de matière pour ne pas susciter exégèse trop longue. Tout juste une recommandation chaleureuse à quiconque demeure persuadé que l’opéra vaut mieux qu’un défilé grotesque de gosiers plus ou moins endimanchés, abandonnés au prosaïsme d’une banalité sans cesse reproduite à l’identique ou presque.

 

A la lecture de la perspective historique offerte par Christian Merlin, je ne peux m’empêcher de mesurer toutefois le chemin qui reste à parcourir. Si Paris est sous le mandat de Gérard Mortier un des rares lieux hors d’Allemagne à tenter une ouverture aux différentes tendances contemporaines de la mise en scène, le fossé qui sépare le degré réel actuel d’audace de la Grande Boutique et sa perception par le public reste bien large. Reconnaissons à la direction actuelle de l’Opéra d’avoir su introduire avec bonheur les regards différents d’un Marthaler, d’un Warlikowski, d’un Haneke ou encore bientôt d’un Kusej. Regrettons toutefois l’absence des figures de proues contemporaines les plus audacieuses. Les univers si particuliers d’un Peter Konwitschny ou d’un Calixte Bieito auraient avantageusement remplacé bien des productions inutiles de metteurs en scène plus convenus et fades.  L’amateur d’opéra n’a malheureusement encore que peu souvent l’opportunité de croiser un vrai choc esthétique et théâtral. Une expérience nouvelle, même imparfaite, ne vaut-elle pourtant pas mieux qu’un néant sans faute car sans âme ? 

 

Citations

  

Parmi les nombreuses citations d’artistes disséminées dans les pages de ce numéro, j’ai plus particulièrement relevé les trois ci-après :

 

« Il s’agit d’un malentendu. Quand les gens parlent de fidélité à l’œuvre, ils pensent en fait : fidélité aux habitudes. Ce qu’ils veulent, c’est voir le type de mise en scène auquel ils ont toujours été habitués, et qui a pour eux valeur de vérité, alors que ce n’est plus souvent que le reflet d’une époque donnée. » Christoph Marthaler

 

« Je préfère encore la provocation à la convention, car au moins c’est de l’air frais. Le chef est lié par les contraintes du texte musical, mais le metteur en scène, lui, a les coudées plus franches. Le problème c’est que la plupart des chefs d’orchestre n’ont aucune culture théâtrale. » Pierre Boulez

 

« Les voies de la création artistique sont confuses. A l’image de notre monde. La diversité du champ culturel interdit les jugements péremptoires, exige une attention toute toujours renouvelée, une remise en question des habitudes et des a priori. Les créateurs suivent leur chemin, construisent leur monde, ils ont le droit d’expérimenter et même de se tromper. Le public reste souverain dans son appréciation des œuvres qui lui sont proposées. » Bernard Foccroulle

 

 

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Publié dans Disques et livres

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