Missa Solemnis, Pleyel, 19/10/2007
The Gabrieli Consort and Players
Paul McCreesh, direction
Anna Korondi, soprano
Christianne Stotijn, mezzo-soprano
Werner Güra, ténor
Neal Davies, basse
J’ai toujours trouvé que la Missa Solemnis déploie une telle grandeur qu’elle en devient encombrante. La densité de l’orchestration et les effets de masse du monument beethovenien me sont toujours un peu resté sur l’estomac, à dire vrai. La venue de Paul McCreesh et de ses Gabrieli Consort and Players était prometteuse et pouvait permettre d’envisager une nouvelle perspective sonore sur l’œuvre, plus vivante et allégée.
Pour ce qui est du produit allégé, une chose est sûre cette interprétation n’aura fait grossir personne, à commencer par la qualité des textures sonores. Les quarante choristes auront eu raison tout le long du concert des cinquante et quelques instrumentistes. A raison de deux choristes par pupitre de violons rachitiques, le calcul sonore est vite fait : l’orchestre est tout simplement quasiment inaudible dès que les chœurs dépassent les tonitruantes bornes d’un mezzo forte un peu soutenu. Je peux témoigner de mes yeux de la présence sur scène de trois contrebasses et cinq violoncelles ; mes oreilles ne peuvent quant à elles rien garantir, puisqu’ils restent tous inaudibles d’un premier rang de premier balcon. Le solo grinçant du premier violon dans le Benedictus laisse à dire vrai peu de regrets. Les cuivres sont quant à eux bien audibles, et bien malheureusement, puisqu’il faut sans cesse faire face à des problèmes d’intonation répétés des trompettes, adjoints de décalages en fanfare ci et là des cors. Dans ce salmigondis sonore, notons la grande beauté des pupitres des bois, qui ont ici fort à faire, et qui s’en sortent plus d’une fois à merveille.
Le chant est plus satisfaisant, les chœurs féminins surtout, chaleureux, ronds, toujours très agréables à entendre. On s’en réjouit, puisque comme déjà souligné, on n'entend pratiquement qu’eux tout du long de cette exécution sans sommation. Les solistes appellent à peu d’enthousiasme, Werner Güra excepté, beau et franc d’émission. Remplaçant Miah Persson initialement prévue, Anna Korondi vinaigre allègrement sa partie et ses aigus, alors que Christiane Stotijn semble souvent incertaine. Neal Davies est plus satisfaisant, digne et contenu.
Après ces quelques constats amers, il convient de poser la question qui fâche : les Gabrieli étaient-ils seulement dirigés ? Paul McCreesh, a beau mouliner amplement des bras tout du long avec rondeur, le manque d’articulation et de tension des pupitres est effarant pour un ensemble baroque de cette réputation. Il faut dire que si la Missa Solemnis devient sous sa baguette dangereusement anorexique, elle n’en est pas pour autant athlétique et les tempi se traînent dangereusement. Le Sanctus et l’Agnus Dei sont interminables, léthargiques, à en hurler son impatience du coup de timbales suivant. Adopter le timing de Klemperer avec un effectif baroque est nécessairement suicidaire : il en résulte un étiolement permanent des sonorités et une arche sonore mollassonne et dénervée, effondrée. Cette absence de tenue, un comble pour une messe, fait fleurir les décalages comme autant de rosaces brisées. A trop vouloir alléger et réformer les fondations de la cathédrale, celle-ci s'est écroulée sur elle-même.
Les fidèles auront vite quitté dès sa conclusion cette messe britannique lénifiante, et on témoigne même, du premier balcon, avoir vu quelques mauvais chrétiens, au parterre, s’enfuir au beau milieu de l’office.