Absolute Wilson... à suivre
De Bob Wilson, je connaissais une poignée de choses : un goût prononcé pour le bleu, le noir, le blanc et le vert ; des postures et de gestes robotiques ; des costumes outrageusement géométriques. Je garde en souvenir de très belles images de La femme sans ombre et du Ring. Je me suis aussi doucement moquée parfois : Siegmund et Sieglinde se déclarent fiévreusement leur amour sans jamais croiser leur regard et en restent à distance respectable pour éviter tout embrasement intempestif. Quoi qu'il en soit, ses tableaux avaient émoustillé ma rétine et étaient restés dans ma mémoire.
La sortie du film-documentaire de Katarina Otto-Berstein Absolute Wilson en ce mois de mars, était presque un signe de la providence. J'allais pouvoir en connaître un peu plus sur le personnage. Au pire, si le propos atteignait les trop hautes sphères de la création, je disposais toujours de l'issue de secours de la salle de cinéma comme échappatoire salutaire.
Katarina Otto-Bernstein retrace le parcours de Robert Wilson sous une forme chronologique, ponctuée d'extraits d'interviews et des principales créations de l'artiste texan. Sont ainsi relatés des épisodes de l'enfance et de l'adolescence, qui expliquent sans doute sa construction artistique. Je ne m'aventurerai pas dans cette analyse : K. Otto-Bernstein a consacré plusieurs années à ce documentaire et laisse à montrer ces liens de façon agréable et intéressante.
Ce qui m'a le plus frappé réside dans l'évolution du personnage, sur le devant de la scène. Le premier véritable succès de Wilson, Le regard du sourd, ressemble, a priori, à un entrechoquement onirique où les animaux de la fable de la Fontaine ont rencontré Chagall. Vient ensuite la période love power où Wilson fonda une communauté artistique dont l'un des hauts faits d'armes est une représentation de sept jours, dans les déserts d'un pays du Moyen-Orient.
Wilson a ensuite choisi de dissoudre la troupe et s'est consacré aux scènes de théâtre. Son goût pour les productions mégalos était cependant toujours vivace mais s'est finalement soldé par un échec retentissant : l'entreprise avortée d'une oeuvre à l'échelle mondiale pour l'ouverture des Jeux Olympiques de Los Angeles. Wilson a poursuivi ses créations sur les scènes européennes, épurant son style pour arriver au résultat actuel.
Ce cheminement m'évoque la variété et l'évolution de l'oeuvre d'un tout autre artiste : Vassili Kandinsky.
Kandinsky a toujours été à la recherche du pouvoir d'évocation de la peinture, au delà des sens et de la raison, et a souhaité en cela approcher la puissance de la musique, qu'il enviait particulièrement pour ne pas être enfermée dans des formes représentatives. Kandinsky s'est ainsi détaché petit à petit du figuratif, pour aller vers l'alchimie harmonique entre formes et couleurs.
Il a d'abord peint sa Russie natale, puis des paysages, des jardins, des trains, des animaux et revenait souvent à des figures symboliques telle que le cavalier. Sa peinture a par la suite reflété ses quêtes théoriques et a glissé vers la géométrie et l?exploration des résonances que l'art visuel pouvait procurer. Toutefois, vers la fin de sa vie, Kandinsky intégra de nouvelles formes, moins empreintes de lignes et de points, pour aller vers des tracés plus « organiques ».
Ainsi, si depuis plusieurs années, les créations de Robert Wilson sont devenues presque prévisibles, espérons qu'il poursuive sa recherche, comme ses aînés, et qu'il nous surprenne encore.