Panem circensesque

Publié le par Friedmund

 

 

 

 

« La compagnie de la foule nous fait du mal : il y a toujours quelqu’un pour nous rendre un vice attrayant, nous marquer de son empreinte, nous l’instiller à notre insu. En général, plus le monde auquel nous nous mêlons est dense, plus il y a de danger. Mais rien n’est aussi nocif à notre santé morale que d’assister à un spectacle car les vices s’insinuent plus aisément par le biais du plaisir. Ce que je veux dire ? Que j’en reviens plus cupide, plus ambitieux, plus dissolu. Oui. Et ce n’est pas tout : plus cruel, plus inhumain pour être allé parmi les hommes.

 

Je me suis trouvé, par hasard, à l’un de ces spectacles qu’on donne pendant la pause de midi. J’attendais de petits intermèdes comiques, un moment de relâche pour permettre aux yeux de se remettre du sang humain. C’est exactement le contraire qui a eu lieu. En comparaison, les combats précédents, c’était de la charité ! Maintenant finie la rigolade ! Du meurtre pur et simple. Rien pour se protéger. Tout le corps est exposé aux coups. Tous les coups portent.

 

La majorité du public préfère cela aux combats ordinaires et même extraordinaires que l’on donne parfois. Rien d’étonnant : pas de casque, pas de bouclier contre les coups d’épée. Quelque chose pour se protéger ? De l’adresse ? Pour quoi faire ? Tout cela retarde la mort ! Le matin, on jette des hommes aux lions et aux ours. A midi, on les jette à leurs spectateurs. »

 

(Lettres à Lucillius, VII , Sénèque ; trad. A. Golomb, éd. Arléa)

 

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Publié dans Humeurs lyriques

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