La Diva Polnareff

Publié le par Friedstyle alias Photine

  

 

C’est avec beaucoup de plaisir et très intimidée que j’inscris ces quelques lignes sur le site de Friedmund. Sa proposition de m’exprimer sur un univers musical autre que l’opéra me touche beaucoup et me terrifie car je ne vais pas parler de voix, ni de personnalité, ni de mise en scène issus du monde mystérieux et fascinant de l’art lyrique. Je n’ai aucune interview à délivrer ni aucune exclusivité. Je vais vous parler d’une vieille diva tout de même mais d’un tout autre genre. Un personnage qui a pu baigner l’enfance ou l’adolescence de certains. Bref, je suis allée voir « Polna » à Bercy.

Cela faisait près d’un an que j’avais mon billet. Lorsque j’ai vu, dans la rue, au détour d’une affiche, une paire de lunettes blanches sur fond violet, ni une ni deux, je suis allée à la FNAC, m’enquérir d’une des dernières places qui restaient en fosse. Au bout d’un an, la veille du jour J du concert, je me trouvais un peu ridicule. La trentenaire typique de la génération Casimir allait voir une ancienne icône des années 70, remodelée à la sauce californienne, qui joue de mystères et de rumeurs sur ses come-back avortés. Je ne me trouvais pas très glorieuse. Tout cela était finalement très régressif. En plus, le personnage s’était un peu empâté, la voix avait sûrement mué et les aigus que je pouvais imiter quand j’avais quatre ans auraient sans doute disparu avec le temps. Polna avait vieilli, moi aussi, et je ne savais plus si j’avais vraiment envie de m’en rendre compte.

C’est donc dans le coton que je me rends à Bercy, n’attendant rien de spécial.

L’ambiance est gentillette. Beaucoup de quadras, voire de quinquas, quelques trentenaires débarqués de l’île aux enfants et – heureusement pour l’ego – une poignée de moins de vingt ans… aussi là pour accompagner leur mère. Après trois quarts-d’heure de retard, la chevelure blonde apparaît au dessus d’un costume de scène sobre et élégant : pantalon de cuir, chemise blanche et gilet de lumière. Je crains le syndrome du vieux beau. Mais, finalement, de loin, les symboliques lunettes et mèches blondes aidant, c’est la même image. Et surtout, malgré les nouveaux arrangements – guitares et percussions très seventies – je retrouve les mêmes intonations et la même énergie, et la joie l’emporte sur les humeurs grincheuses et les relents de scepticisme. On est tous émus d’entendre la première chanson, rassurés de se rendre compte que les souvenirs ne sont pas morts et que l’on va passer une bonne soirée. Cela commence par je suis un homme cela continue par vouloir faire l’amour avec toi.

Et puis, d’un seul coup, je m’aperçois que j’ai de nouveau huit ans, en sautillant sur place et en me défonçant les poumons sur le Tam Tam Tam de l’homme préhisto. La vieille star procure l’élixir de jouvence. La vieille star, sur son piédestal, joue des lumières et de la scène pour offrir une image intacte. Nous, spectateurs, avons été propulsés plusieurs décennies en arrière. Les espaces temps, ce n’est pas seulement une question théorique pour astrophysicien !

Le passage au piano émeut toute la salle. Bien sûr, la lettre à France, le bal des Laze et les larmes de verre. On enchaîne sur les quelques nouveaux titres, et les fans essaient tant bien que mal de psalmodier les paroles inconnues, pour ne pas perdre ce fil ténu qui nous relie à ce vaudou du temps. On applaudit Polnareff, ses musiciens, notre passé. Bercy n’existe plus. J’ai dans la tête le temps où je regardais le midi chez grand maman les émission de Danièle Gilbert.

U
n peu KO on sent que c’est la fin et on n’a pas envie de tout lâcher comme cela, de quitter l’époque. Les adieux se font dans la promesse de la joie éternelle, en chantant qu’on ira tous au paradis et en recevant des milliers de petits confettis en forme de lunettes à la Polnareff. La diva revient pour un bis plus ou moins arrangé. Les projecteurs s’allument à nouveau et nous agressent avec leur lumière d’hôpital. On se quitte, sans tristesse, mais avec un petit pincement au cœur : ce sera peut être, ou sans doute, la seule et unique fois que je verrai Polnareff sur scène.

 

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Publié dans Humeurs lyriques

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