Boris Godounov, Bastille, 11/05/2006
A revoir la mise en scène de Zambello, je l'ai plutôt trouvée efficace et sobre, et pour tout dire assez réussie, grâce en soit rendue principalement au décor. L'acte polonais façon Mortier, plongé dans l'obscurité et le dépouillement m'a semblé tout à fait réussi également.
Au niveau vocal, c'est une honnête routine: je suis surpris de la distribution de Vaneev en Pimène, déjà court dans les graves pour Boris, et qui aurait à mon sens avantageusement remplacé en Rangoni Ognovenko, bien dépassé par ce rôle de baryton insinuant. Ognovenko qui était bien plus à place précédemment en truculent Varlaam. Le récit de Pimène présentait ce soir une curiosité pour discophiles, puisqu'il voyait la confrontation du Boris de Gergiev en Pimène avec le Pimène d'Abbado en Boris.
Marina fonctionnelle et puissante dont le seul vrai défaut est le souvenir inoubliable de Borodina dans ce même rôle il n'y a pas si longtemps, Dimitri court d'aigu mais honorable, Chouiski usé mais convaincant, et un bien bel Innocent. Gaëlle Le Roi était un Fiodor juvénil et plaisant, et il est toujours plaisant de voir une Irina Bogatcheva continuer à arpenter les scènes dans un second rôle.
Reste Ramey. Le temps a passé sur la voix, et le vibrato devient plus présent. C'est néanmoins du bien beau chant, mais le charisme du chanteur dans ce rôle là ne convainc quand même pas tout à fait autant que celui de l'acteur. Question de timbre peut-être, pour un rôle ou Reizen, Christoff ou Ghiaurov nous ont habitué à plus de couleur.
Pour finir, j'ai apprécié la direction d'Alexander Vedernikov, retenue, âpre et analytique, rendant à merveille les couleurs très particulières et sauvages de l'orchestration moussorgskienne. Néanmoins le tout manquait peut-être un peu d'énergie et de flamme, et je ne disconviendrai pas que la Polonaise était bien peu dansante, voire un brin pachydermique. Cela dit, l'équilibre voix - plateau était toujours respecté et l'orchestre était d'une rare finesse.