Les Troyens, Bastille, 01/11/2006
Mise en scène de Wernicke magnifique, pensée, cohérente, intelligente, forte, une des plus belles vues depuis longtemps à Paris. Orchestre et choeurs fabuleux, direction de Sylvain Cambreling exceptionnelle de beauté de pâte, de dosage des pupitres et d'élégance.
Polaski magnifique de présence dramatique, intense, à la déclamation prenante une fois passées les difficultés du duo avec Chorèbe et un Chers Tyriens bien mauvais. Jon Villars est superbe, affirmé, alternant beau lyrisme et accents héroïques de sa voix claire et facile. Leur duo pianissimo, magnifiquement enivré par un très grand Cambreling restera un moment de magie opératique rare. A l'exception d'un Ferrari bien fruste en Chorèbe et d'une Zaremba trop lourde pour Anna, seconds plans excellents; beau Narbal de Youn.
Pour répondre à le question de la comparaison avec les représentations du Châtelet (1), la balance penche clairement pour moi vers Bastille, malgré les inoubliables prestations d'Antonacci et Tezier.
Qu'on le veuille ou non, une grande mise en scène transforme une soirée d'opéra, et celle de Wernicke est splendide de bout en bout. Si en plus on ajoute un chef d'orchestre touché par la grâce, une grande tragédienne à l'oeuvre, fut-elle vocalement usée, et globalement d'excellents chanteurs, on frise le bonheur absolu.
(1) Pour retrouver une chronique ancienne, mais en anglais, de la production Kokkos-Gardiner, voici ce que j'en écrivais à l'époque:
http://operachroniques.over-blog.com/article-6005254.html