Salomé, Bastille, 01/10/2006

Publié le par Friedmund


J'en reviens un peu déçu, principalement à cause du chef.
Je m'explique. Tout commence somptueusement: Hartmut Haenchen commence par déployer un orchestre magique, retenu, frissonnant, d'un grand lyrisme (il suffit de voir les rondeurs qu'ils donnaient à sa gestuelle!), mesuré dans la dynamique... bref féérique et idéal. On se dit alors qu'un grand moment se présente. Arrive la fin du duo, et Haenchen déploie pour la première fois l'ensemble de l'orchestre fortissimo, garantissant un très bel effet... s'il était resté temporaire. Le problème, c'est qu'à partir de ce moment là, on ne sortira plus de ce tapage. L'orchestre n'est plus frémissant et lyrique, mais complètement assourdissant: le septuor des juifs perd toute sa subtile dynamique, les sept voiles, très raides, ne distillent aucun parfum d'Orient, et la magnificience et la subtilité des traits d'orchestre de la scène finale sont complètement noyés dans cette apocalypse de cordes et cuivres. Là où on devrait baigner dans l'érotisme le plus voluptueux, même malsain, on demanderait presque une aspirine pour cause de migraine... On finit dans le boucan, plus frustré encore après avoir goûté une première demi-heure de pure anthologie straussienne.

Catherine Naglestad est la première pénalisée de cet état de fait, le volume de décibels de sa scène finale ne lui laissant aucune opportunité de jouer avec sa voix, et la forçant à puiser dans ses ressources pour quelques phrases clés où elle viole son tempérament lyrique pour se faire entendre. Pour le reste, ses aigus sont peut être moins aigres que ceux de Mattila, mais elle n'en a vocalement ni la lumière, verbalement rien de la subtilité, et si elle fait la totale, elle ne possède pas non plus la sensualité agressive et féline de Mattila en scène. Globalement, cela reste une prise de rôle tout à fait appréciable, même s'il ne faudrait pas qu'elle y laisse sa voix, pas vraiment faite pour ça. Evgeny Nikitin se révèle par contre une franche déception en Jochanaan. Point très positif, sa voix très claire donne une vraie jeunesse à son personnage, mais cela ne saurait compenser des graves inexistants et des aigus qui n'ont pas la solidité requise par l'écriture straussienne; quelques huées aux saluts finals. Chris Merritt en fait des tonnes vocalement et scéniquement, écrasant de son charisme le plateau; pour la voix par contre, on sent l'aigu plus fragile qu'auparavant dès qu'une certaine violence expressive est demandée, et finalement de plus en plus de caractère plutôt que héroïque. Jane Henschel, Herodias, et Tomas Muzek, Narraboth,sont quant à eux parfaits.

Parterre à plus d'un tiers vide avant le mouvement de masse précédant l'arrivée du chef. Dommage, malgré les réserves sur Naglestad et Nikitin, et l'irrégularité de Haenchen, cela reste un beau spectacle, la mise en scène de Dodin étant efficace à défaut d'être géniale.

 

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Publié dans Saison 2006-2007

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