Violeta Urmana, Pleyel, 20/05/2008

Publié le par Friedmund

 

 

Richard Wagner : Wesendonck Lieder

 

Sergueï Rachmaninov : Kak mne bol'no (op.21 n°12), Vocalise (op.34 n°14), Dissonans (op.34 n°13), Zdes' khorosho (op.21 n°7), Vesennije vodv (op.14 n°11)

 

Richard Strauss : Frühlingsgedränge (op.26 n°1), Wasserrose (op.22 n°4), Wir beide wollen springen, Befreit  (op.39 n°4), Zueignung (op.10 n°1), Mit deinen blauen Augen (op.56 n°4), Schlechtes Wetter (op.69 n°5)

 

Giacomo Puccini : Vissi d’arte (Tosca)

 

Amilcare Ponchielli : Suicidio (La Gioconda)

 

Giuseppe Verdi : Pace, pace mio Dio (La Forza del Destino)

 

Bis : Francis Poulenc (Violon), Richard Strauss (Cäcilie, op.27  n°2), Fernando Obradors, (Las Coplas de Curro Dulce), chanson populaire lituanienne.

 

 

Violeta Urmana, soprano

Jan Philip Schulze, piano

 

 

Programme dense, riche et varié, ambitieux aussi, que celui auquel s’attaquait Violeta Urmana ce soir. Les Wesendonck commencent plutôt froidement. La voix est somptueuse, mais à la manière d’un marbre immobile, inanimé. Si « Im Treibhaus » montre quelques signes de réchauffement, « Schmerzen » est envoûtant : étoffe luxueuse, soie des phrasés, richesse des nuances, et même une pointe d’émotion en sus. « Traüme » conclut tout aussi magnifiquement un cycle abordé malgré tout dans son ensemble de manière bien massive et uniforme. En somme, bien plus l’interprétation d’une Isolde grand format que celle d’une sensible chanteuse de lieder. Le premier Rachmaninov surprend en comparaison par son élan. Elan qui retombe vite avec l’ennuyeux « Vocalise » qui repose sur ce que justement Urmana n’offre pas : la variété incessante de l’intonation et des émotions exprimées. La véhémence opératique du « Dissonance » à suivre ne convainc pas mieux, quoiqu’on goûte, en gourmand plutôt qu’en gourmet, la démonstration des premiers éclats de cette voix torrentielle. Les deux numéros conclusifs, chants de la nature un rien mélancolique et plus sereins, mettent mieux en valeur une étoffe vocale ici délectable de beauté et des phrasés à la musicalité plus fine et recherchée. 

 

Les lieder de Richard Strauss en seconde partie confirment l’aisance de Violeta Urmana pour les lignes de chant lentes et apaisées déjà notée en première partie. « Wasserrose » est poétique à souhait, « Befreit », où je ne l’attendais vraiment pas, sonne comme en apesanteur, noble et délicat dans le ton, royal dans la ligne. A contrario, « Wir beide wollen springen » accroche la chanteuse là où elle peine le plus : la dynamique des humeurs fébriles ou trop rapidement changeantes. « Zueignung », plutôt bien mené, frustre in fine par un envol conclusif dans l’aigu en force et bien peu musical. De manière plus générale, ces sept lieder de Richard Strauss ne m’ont pas paru un véhicule bien flatteur pour Urmana. Bien sûr la classe de l’interprète est indéniable, l’école la meilleure, mais l’instrument est aussi lourd que somptueux, l’aigu, trop puissant et fixe, plus d’une fois difficile et aigre, le timbre sans lumière, les mots sans saveur. La magie straussienne sollicite une voix souple, flottante, à l’aigu facile, et une palette infinie de coloris que l’on chercherait en vain chez la diva lituanienne. A dire vrai, chantés par Urmana, ces Strauss là fleurent bien trop Bayreuth à mon goût. 

 

Trois airs d’opéra pour conclure le programme initial. « Vissi d’arte » est d’un bloc,  comme une déferlante brutale de son. La puissance de la voix est certes impressionnante, mais l’émotion absente : on ne doute pas une seconde que Dieu l’entende, mais on comprend sa fin de non-recevoir ultérieure. « Suicidio », curieusement plus intériorisé et nerveux, plus nuancé même, séduit d’avantage : le format vocal est le bon, l’investissement supérieur, l’enjeu de la scène mieux saisi. Leonora di Vargas obtient toute la sensibilité précédemment refusée à Floria Tosca. L’alternance permanente des dynamiques piano et forte confère à la scène une dimension aussi spectaculaire qu’émouvante ; la voix regagne également en couleurs, fort belles au demeurant. En bis, un Poulenc un rien trop épais, un tube straussien conforme aux précédents, un Obradors charnu et enthousiaste, et, pour finir, une chanson populaire lituanienne somptueuse de lyrisme et de chaleur. 

 

Un beau récital en somme, alternant moments d’exception et réussites moindres. L’approche analytique de ce compte-rendu tend vraisemblablement à exagérer la part relative des secondes. Il me semble ainsi utile de souligner l’intérêt musical constant suscité ce soir par le chant de Violeta Urmana. En somme, voila une voix somptueuse, éduquée à la meilleure école, qui peut tout ou presque, mais qui ne génère en définitive qu’un impact émotionnel limité sur l’auditeur. Etrange paradoxe d’une bien froide nordique. Son accompagnateur attitré fut l’élève de Fischer-Dieskau. On devine bien alors, muni de cette information, d’où provient ce penchant pour le trait souligné, les pauses interminablement suspendues, les phrasés souvent déstructurés et des maniérismes qui se veulent sans doute raffinés. Autant d’éléments qui s’apparient fort mal à mon sens à l’art très marmoréen, voire un rien monolithique, de la diva.   

 

 

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Publié dans Saison 2007-2008

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