Padmâvatî, Châtelet, 16/03/2008

Publié le par Friedmund


La prééminence de la danse et les parfums d’Orient capiteux de la partition rendaient a priori l’idée de confier Padmâvatî à un cinéaste de Bollywood plutôt excitante. Je me suis donc rendu au Châtelet avec le vif espoir de voir du grand spectacle incluant profusion de fleurs et de danses aussi endiablées que voluptueuses. Las, la mise en scène de Sanjay Leela Bhansali pèche avant tout par une trop grande candeur. Les chorégraphies, véritable colonne vertébrale de l’opéra-ballet d’Albert Roussel, paraissent ainsi bien banales et simplistes, parfois naïves et souvent répétitives, et en fin de compte peu intéressantes. Bien sûr, figurants et danseuses abondent, les costumes sont colorés et folkloriques, et le décor baigne dans les stucs et les ors... Quelques animaux des plus exotiques et impressionnants sont même de passage, tout juste le temps d’être montrés et aussitôt remballés en coulisses. Tous ces éléments ne concourent pourtant guère à une évocation réussie des atmosphères fascinantes de l'ouvrage tant tout semble ici anecdotique, décalé. De cette oeuvre lourde d’une ambiance sombre et suffocante, qui en appelle sans cesse à la puissance destructrice de Shiva, ne restent que des images colorées et bon enfant, sans réelle éloquence malgré leur joliesse recherchée (et parfois même fort réussie). Les chanteurs eux-mêmes sont abandonnés à des postures souvent statiques et sans réel relief. Cette absence de direction d'acteurs finit ainsi d'annihiler tout drame à cette histoire pourtant poignante. Tout cela se regarde, sans joie excessive mais sans déplaisir non plus. Dommage, l’idée initiale était plaisante. Mais le résultat laisse au bout du compte un sentiment visuel d’opérette qui jure bien trop avec cette musique riche et savante et le destin tragique de Padmâvatî pour vraiment convaincre.

La distribution amène à tout autant de réserves. Sylvie Brunet est une vraie déception dans le rôle-titre. Le rôle, trop bas placé pour elle, l’amène à distordre sa voix de manière peu élégante : le grave est au choix asphyxié ou poitriné, les ruptures de registre trop audibles, et l’aigu inutilement claironné. Surtout, ce chant peu distingué manque cruellement de séduction et de classe, et finit par fatiguer par son ton roturier, épais, voire mélodramatique. A dire vrai, on ne comprend guère que cette femme-lotus puisse susciter, interprétée de la sorte, autant de convoitises. La prestation d’Alain Fondary, jadis baryton d’exception, attriste plus encore. Le grave est désormais privé de soutien, l’aigu tremble, et l’étoffe se retrouve réduite à une trame bien peu séduisante ; reste une diction exemplaire mais désormais peu audible. En comparaison de ses deux principaux partenaires, Finnur Bjarnasson apparaît plutôt appréciable : la voix est étroite, la projection réduite, le charisme en veilleuse, mais le rôle ardu de Ratan-Sen est tenu de bout en bout, et la diction satisfaisante ; l’enthousiasme demeure toutefois limité. Yann Beuron, Brahmane stylé, et Laurent Alvaro, noble et tranchant Gora, se révèlent quant à eux impeccables et très agréables à écouter. Le vrai motif de bonheur de ce spectacle est cependant à chercher en priorité dans la fosse. A la tête d’un Orchestre Philarmonique de Radio-France en bonne forme, Lawrence Foster offre une lecture particulièrement équilibrée de cette partition somptueuse. Sous sa direction, cette musique semble à chaque instant couler de source. Sa baguette dynamique flatte tous les chatoiements de l’écriture de Roussel sans jamais se départir de l’élégante sobriété requise par cette pâte orchestrale brillante et charnue. 

Quelles que soient les réserves émises précédemment, cette production a au moins pour mérite de démontrer la viabilité et le potentiel théâtral de cet opéra injustement délaissé depuis trop longtemps. Espérons donc que cette production du Châtelet contribue à aiguiser d’autres appétits : Padmâvatî le mérite amplement.  

 

 

Publicité

Publié dans Saison 2007-2008

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :