Das Paradies und die Peri, Champs-Elysées, 08/12/2007

Publié le par Friedmund


Sally Matthews, la Peri

Mark Padmore, le narrateur

Kate Royal, une jeune fille, solos de soprano

Bernarda Fink, l’ange, solos de mezzo-soprano

Andrew Stapples, un jeune homme, solos de ténor

David Wilson-Johnson, un homme, Gazna, solos de basse

 

Orchestra and Choir of the Age of Enlightenment

Sir Simon Rattle, direction

 

 

Das Paradies und die Peri demeure encore une rareté dans les salles de concert. A tort sans doute, tant la partition de Schumann brille par son inspiration et sa finesse d’écriture. Son succès fut d’ailleurs en son temps immédiat, y compris à l’extérieur des territoires germaniques. La variété des climats est impressionnante, le lyrisme de l’œuvre envoûtant, l’émotion délicate et nuancée. J’imagine difficilement que l’œuvre puisse trouver meilleurs défenseurs que les artistes réunis ce soir. A commencer par les chœurs et l’orchestre de l’Age of Enlightenment. Les violons distillent une finesse aérienne, les violoncelles vibrent avec une chaleur réconfortante, les bois sont onctueux, les cuivres délicats et presque spirituels. Les chœurs sont du même niveau, subtils et finement dosés, clairs et fins.  L’ivresse sonore est constante, la musicalité infaillible et souveraine. Sir Simon Rattle obtient de tous un résultat châtié, d’une rare transparence, et surtout d’une délicatesse infinie. Tout paraît ici mesure, poésie, raffinement extrême, sans pourtant que ne soit sacrifié en rien l’élan chaleureux et romantique  de cette belle partition.

Si le plateau de solistes réuni n’est pas tout à fait au même niveau que l’étonnante prestation orchestrale et chorale de ce concert, il reste éminemment supérieur. Bernarda Fink est pour moi un mystère. Est-ce ce grain de voix si particulier ou bien cette sensibilité si palpable et émouvante ? Cette chanteuse m’apparaît toujours limitée en éclat et en aisance, mais sait me toucher profondément chaque fois que je la croise sur une scène. Ses interventions émouvantes, et d’une rare musicalité ce soir, ne dérogent pas à la règle. La Peri de Sally Matthews, plus charnelle que féerique, me laisse un tantinet plus partagé : l’interprète, dramatiquement fort impliquée, est souvent vibrante, mais son allemand est peu articulé et la voix manque de lumière et de beauté intrinsèques. En comparaison, l’autre soprano, Kate Royal, parait plus belle d’étoffe mais moins affirmée et marquante, un peu verte encore peut-être. Tout comme Bernarda Fink, Mark Padmore fait partie de ces artistes qui m’enchantent à chaque nouvelle rencontre. Son narrateur démontre une fois encore sa classe et sa sensibilité naturelle. S’il m’a semblé parfois ce soir en légère méforme vocale, le chanteur reste somptueux et l’artiste, éloquent et toujours élégant, plus admirable encore. Ce chant et cette voix me sont toujours un vrai bonheur. L’autre ténor, Andrew Stapples, plus charnu mais non sans tendresse, chante également fort bien sa partie.  David Wilson-Johnson, digne et retenu, fait passer quant à lui beaucoup d’émotion à chacune de ses interventions.

Tous contribuent à l’homogénéité d’une soirée enthousiasmante, digne d’être longtemps conservée en mémoire. La première partie s’achève dans un silence d’une longueur impressionnante avant que le public n’ose briser l’envoûtant sortilège. A la fin de l’ouvrage, il ne sait plus retenir son enthousiasme et s’envole avant même la fin des dernières mesures. Une demi-douzaine de rappels chaleureux s’en suit. La Peri n’est pas la seule ce soir à avoir rejoint le paradis.

 

 

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Publié dans Saison 2007-2008

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