Régine Crespin, album du 80ème anniversaire (EMI)

Publié le par Friedmund

 


Pour les quatre-vingts ans de Régine Crespin, EMI nous offre un généreux coffret de quatre CD au prix d’un seul. Ce coffret regroupe des enregistrements célèbres, mais parfois devenus rares.

Le premier CD rassemble la partie la plus connue et facilement disponible jusque là. Que dire encore des extraits des Troyens gravés, si ce n’est peut-être que jamais Cassandre et Didon ont présenté telle majesté, telle clarté, telle grandeur en somme ? Pour le reste les extraits  de des la sélection de Hérodiade (Prêtre) et des intégrales des Dialogues des carmélites (Dervaux) et de la Vie parisienne  (Plasson) apparaissent plus convenus ; pour tout dire, ces pages françaises ne sont pas les plus favorables à l’expression de l’art passionné de Crespin.

La rencontre avec Verdi dans le second CD est par contre fulgurante. La première plage, « Timor di me », restituée avec une intensité dramatique inédite dans cette page, donne d’entrée le ton de ces extrais verdiens enflammés : jamais aucune Leonora n’aura déployé tel ton tragique, fascinant. Amelia (Ballo in maschera), Elisabetta et Aïda présentent les mêmes caractéristiques de modernité et de force de l’expression dramatique. Le « somnambulisme » de Lady Macbeth, noble et habité, d’une plénitude vocale étonnante, frappe par sa grandeur, à l’instar de l’aria d’Eboli, toute de dignité princière et de féminité embrasée confondues : anthologiques !  Un « Sombre forêt »  aérien, superbement phrasé et nuancé conclut ce beau second CD, auquel je ne manquerai pas de revenir fréquemment à l’avenir.

Les extraits de Tannhäuser, Lohengrin, Walküre, Parsifal, ainsi que les Wesendonck-Lieder qui constituent la majeure partie du troisième CD sont déjà bien connus de la plupart des wagnériens : ils sont tous merveilleux ! Il faut entendre pour le croire la lumière et la douceur que met Crespin à sa Kundry, féminine, maternelle et sensuelle, ensorcelante et caressante, ou bien les magnificences vocales d’un rêve d’Elsa qui ne fut jamais aussi bien chanté, je crois, de toute l’histoire du chant wagnérien. Le récit de Sieglinde, majestueux, débordant de jeunesse et d’émotivité, constitue un autre miracle de cette incomparable diseuse qu’était Régine Crespin ; l’éloquence, la mobilité, la fluidité y sont autrement étonnantes que dans la classique version Solti. La lumière, la féminité, l’expressivité que met Crespin à ses Wesendonck-Lieder les placent tout en haut de la discographie, tant bien même l’accompagnement de Prêtre apparaîtrait discutable : « Träume », onirique et souverain, suffirait à lui seul à justifier le prix de l’album.

Enfin (et même surtout), le Liederkreis de Schumann, proposé dans le quatrième CD, est un émerveillement permanent, de l’inouïe délicatesse du « In der Fremde » initial, jusqu’au gourmand et exalté « Fruhlingsnacht » conclusif.

Sont également inclus dans ces quatre CD quelques extraits de la Tosca abrégée, en français, sous la direction de Prêtre, comme pour rappeler que la féminité et la classe de Crespin en firent une des titulaires les plus évidentes du vingtième siècle. De nombreuses mélodies de Duparc, Fauré, Canteloube, Roussel et Sauguet, sur lesquelles je ne me prononce pas, par manque notable d’affinités avec ces exercices que je trouve souvent précieusement stériles, complètent ce beau coffret : gageons que ceux qui y ont goût ne seront guère déçus par Crespin.

Pour les deux CD consacrés respectivement à Verdi et à Wagner, ainsi que pour un bien beau Liederkreis, je recommande vivement cette acquisition peu onéreuse à quiconque n’en posséderait pas déjà la majeure partie. 

 

Bref rappel (intégrales) de la discographie de Régine Crespin :

 

  

-          Berlioz : La Damnation de Faust, avec Turp et Roux, dir. Monteux (BBC, live Londres) 

-          Bizet : Carmen, avec Py et Van Dam, dir. Lombard (Erato)

-          Fauré : Pénélope, avec Jobin, dir. Inghelbrecht (Rodolphe, live Paris)

-          Gluck : Iphigénie en Tauride, avec Massard, dir. Sebastian (Gala, live Buenos Aires)

-          Massenet : Don Quichotte, avec Ghiaurov et Bacquier, dir. Kord (Decca)

-          Massenet : Werther, avec Kraus et Battle, dir. Bonynge (Gala, live Met)

-          Offenbach : La Périchole, avec Vanzo, dir. Lombard (Erato)

-          Offenbach : La Vie parisienne, avec Sénéchal et Mesplé, dir. Plasson (EMI)

-          Offenbach : La Grande-Duchesse de Gerolstein, avec Vanzo, dir. Plasson (CBS)

-          Poulenc : Les Dialogues des carmélites, avec Duval et Gorr, dir. Dervaux (EMI)

-          Puccini : Tosca, avec G. Raimondi et Bacquier, dir. Mehta (Rodolphe, live New-York)

-          Strauss : Der Rosenkavalier, avec Minton et Donath, dir. Solti (Decca)

-          Verdi : Othello (en français), avec Luccioni, dir. Sebastian (Malibran, live Garnier)

-          Wagner : Lohengrin, avec Konya, dir. Rosenstock) (Gala, live New-York)

-          Wagner : Die Walküre (Sieglinde), avec King, Nilsson, et Hotter dir. Solti (Decca)

-          Wagner : Die Walküre (Sieglinde), avec Vickers, Nilsson et Adam dir. Karajan (Hunt, live Met)

-          Wagner : Die Walküre (Brunnhilde), avec Vickers, Janowitz, et Stewart dir. Karajan (DG)

-          Wagner : Die Walküre (Brunnhilde), avec les mêmes, dir. Karajan (Hunt, live Salzbourg)

-          Wagner : Parsifal, avec Beirer, dir. Knappertsbusch (Melodram, live Bayreuth 58)

-          Wagner : Parsifal, avec Beirer, dir. Knappertsbusch (Melodram, live Bayreuth 60) 

 

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Publié dans Disques et livres

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