Mantoue, 24 février 1607

Publié le par Friedmund

 

 

 

L’opera fête aujourd’hui ses quatre cents ans ! C'est dans ce palais de Mantoue, dans une camera lunghe des appartements de la Princesse de Ferrare que nait l'opéra ce 24 février 1607. Le prince héritier Francesco Gonzaga, tout soucieux d'impressionner sa future belle famille de Savoie, réunit ce soir là un cercle d'érudits pour voir et entendre la mise en musique et en représentation par Monteverdi du poème d'Alessandro Striggio, distribué à tous les convives pour qu'ils puissent ne rien perdre du texte.

Les esprits tatillons feront remarquer que les créations des Dafne et Euridice de Jacopo Peri, respectivement en 1598 et 1600  au Palazzo Pitti à Florence étaient antérieures à celle de l’Orfeo. Forse che si, forse che no nous dit le labyrinthe du Palazzo Ducale de Mantoue, là où il y a quatre cents ans, jour pour jour aujourd’hui, était donnée la première de la géniale favola in musica de Monteverdi, avec un parrain qui n’aurait pu être mieux choisi : Orphée. Pourtant, le texte magnifié par le sublime du chant et les émotions du théâtre en musique, bref l’opéra, apparaîssent bien avec cet Orfeo, dont le rôle premier ne souffre aucun doute possible dans mon esprit.

Depuis cet art si cher à ses admirateurs a fait du chemin, nous portant le long d’un voyage merveilleux, qui nous fait aussi fêter en cet an 2007 le tricentenaire du Rodrigo de Haendel, le bicentenaire du Joseph de Méhul ou encore le centenaire de la Kitège de Rimski-Korsakov .Les cinquantes dernières années seules ont vu la création de Moses und Aron (posthume, 1957), des Dialogues des Carmélites (1957), de la seconde version de Guerre et Paix (1959), des Soldaten (1965), de Death in Venice (1973), de Saint François d’Assise (1983) ou encore de Nixon in China (1987) : autant de bulletins favorables quant à la santé d’un art que trop ont vu enterré à la mort de Puccini (ou de Strauss).

L’opéra a su passer les siècles et les frontières et, à partir du cercle d’érudits réunis par Francesco Gonzaga, s’essaimer en temples lyriques, immenses, donnant d’innombrables représentations chaque jour de l’année. On jouera ce 24 février la Juive à Paris, Falstaff à Berlin et Peter Grimes à Dresde, Moses und Aron à Munich et les Contes d’Hoffmann à Tel-Aviv, les Nozze di Figaro à Vienne et Sydney, Tannhäuser à Amsterdam et Cavalliera Rusticana au Liceu, Madama Butterfly à Covent Garden et à la Scala, Eugène Oneguine au Met, et bien d’autres œuvres dans bien d’autres théâtres.

Voici un tableau bien réjouissant… tout juste peut-être terni par la déception qu’aucune grande maison d’opéra n’ait jugé opportun de fêter aujourd’hui Claudio Monteverdi et l’Orfeo. D’autant plus que la fabuleuse favola in musica ne se résume pas à être le premier opéra de l’Histoire, mais reste aussi, pur miracle de poésie et de beauté, un de ses plus beaux joyaux ; et un des plus chers à mon cœur et à mes souvenirs.

Messieurs Francesco et Vincenzo Gonzaga, Alessandro Striggio, et, plus encore, Claudio Monteverdi, je vous remercie du fond du cœur de nous offrir aujourd’hui si bel anniversaire à célébrer. 


 

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Publié dans Oeuvres et artistes

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