L'Orfeo, La Venexiana - Claudio Cavina (Glossa)

Publié le par Friedmund

 

 


Heureuse initiative, et fort opportune, que la publication de ce bel objet tout à la gloire de l’Orfeo de Monteverdi, quatre fois centenaire! Glossa nous propose, en livre-CD et dans une édition soignée, limitée et numérotée, une nouvelle intégrale de cet immortel chef-d’œuvre, ainsi qu’un recueil de textes éclairants quant au contexte artistique des représentations de Mantoue de 1607 ou au mythe d’Orphée et les variations et formes diverses qu’il a pu prendre. Le livret d’Alessandro Striggio, dont il est pertinemment rappelé la primauté sur l’accompagnement de Monteverdi pour les esprits de l’époque, est naturellement également présenté dans son intégralité, et fait également l’objet d’une nouvelle traduction française. La vingtaine de pages que consacre Stefano Aresi à l’explicitation des choix musicologiques retenus pour ce nouvel enregistrement est un vrai bonheur. Le musicologue justifie ainsi tour à tour le choix de l’édition imprimée de 1609 (principalement par manque de matériel critique moderne véritablement satisfaisant), les principes de constitution des effectifs orchestraux (et particulièrement l’absence de percussions, instruments militaires, qui auraient juré avec les conventions stylistiques du Mantoue de 1607), et surtout la savante spatialisation des pupitres vocaux ou instrumentaux retenue.

La disposition sonore de l’enregistrement, basée sur la richesse des indications de Monteverdi et une réflexion approfondie sur les dimensions et possibilités de ce qu’a pu être la salle de la création, est fabuleuse de relief, mais surtout de pertinence : conjuguée à la clarté des choix orchestraux, cette spatialisation contribue à une lisibilité générale de l’exécution musicale sans précédent dans la discographie. A noter également, l’option d’un spectre sonore étroit, réplique du contexte acoustique probable du palais de Mantoue : les cordes enveloppent superbement le chant d’Orfeo, pour un résultat souvent fascinant (notamment lors de l’imploration aux enfers).

Ce cadre sonore pensé renforce la beauté de l’interprétation musicale de la Venexiana et de Claudio Cavina. Les pupitres de la Venexiana sont magnifiques, virtuoses, onctueux et sans raideur, et Claudio Cavina a des inspirations souvent magistrales : la rondeur orchestrale, toute de rubato, qui accompagne la Musica chante somptueusement,  le pastoral Lasciate i monti est délicieux de légèreté et de finesse, la sinfonia introductive du troisième acte impressionne par sa majesté lente, puissamment évocatrice ; bien d’autres moments mériteraient d’être cités encore. L’Orfeo de Mirko Guadagnini est un des plus beaux qu’il m’ait été donné d’entendre. D’une noblesse permanente, triste et viril, il incarne, par un chant intense et solennel dont les nuances varient à chaque syllabe, un poète radicalement différent de celui à la virtuosité enthousiaste de Nigel Rogers, mais peut-être tout aussi convaincant. Parmi les autres rôles, dans l’ensemble excellemment tenus par une équipe idiomatique, on distinguera la Musica de Emmanuella Galli (aussi Euridice), dionysiaque et magnifiquement expressive, ou la Messagiera aux accents terrifiants de Marina de Liso, mais on regrettera le manque de charisme et de profondeur du Caronte de Silvo Vitale.

Cette nouvelle intégrale, écoutée quatre fois successivement en deux jours, ainsi que les textes qui l’accompagnent, auront empli mon week-end de bonheur. Elle me semble bien partie pour incorporer l’effectif réduit de ces rares enregistrements qui m’accompagnent pour longtemps.



 

Publicité

Publié dans Disques et livres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :