Le déclin des vieilles gloires

Publié le par Friedmund

Les huées ayant accueillies Ruggero Raimondi à Garnier lors des représentations de Cosi à l’automne 2005 m'ont frappé... Un de mes plus grands plaisirs à l'Opéra a été de pouvoir apercevoir ces gloires qui m'ont fait rêver adolescent, même si elles sont loins de leur sommet.
Parfois, comme Raimondi, elles habitent des rôles encore grands, diminuées, mais avec un charisme certain: je me souviens de Carreras blessé et escamotant tous les aigus de Stiffelio, mais fascinant de projection et de simple présence, un Bruson le même soir tout aussi blessé mais enflammant Vienne dans sa cabalette (bissée), ou d'un Manuguerra septuagénaire exhibant son beau timbre, des Bartolo de Bacquier, d'un Vanzo dans ses dernières années encore styliste comme jamais en Don José même si la voix ne suivait plus...

D'autres fois, même à leur fin, ces gloires transcendent des rôles de façon anthologique: je pense à Gorr en prieure, à Rysanek en Klytemnestra, à Jones en Mutter (Hänsel und Gretel), Silja en Kostelnicka, voire Domingo en Parsifal.  Et puis il y a toutes ces apparitions sympathiques, dans de petits rôles, je pense à la Larina de Dernesch, à l'Akhrosimova d'Obratzova, au Triquet de Sénéchal ou à l'Altoum de Burles vus ces dernières années à Bastille.

Parfois, cela ne passe pas, comme Silja égarée en Marie chez Poulenc ... mais n'aurais-je pas déjà vécu la fascination de cette grande dame en Kostelnicka, j'eusse été heureux de simplement l'apercevoir sur une scène une fois, comme dans un moment d'affection priviliégiés pour une de ces artistes qui m'ont tant fait rêver et ému par leurs disques.

Dans ce monde qui ne vit plus que pour la perfection inaccessible, je veux dire mon affection à tous ces chanteurs qui se présentent encore, modestement, devant un public qui les a tant aimé. Et je trouve qu'on devrait leur être doublement reconnaissant, de leur sommet artistique passé, et de venir encore nous voir amicalement. Mais peut-être suis-je un grand affectif amoureux de ces artistes à qui je dois tant, et qui privilégiera toujours un moment d'émotion à une froide perfection académique?

Monsieur Raimondi, merci ! Voila, cela me travaillait depuis longtemps, c'est dit !

 

 

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Publié dans Humeurs lyriques

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