Fiordiligi et Ferrando s'en sont allés
Ils s’en sont allés tous deux la semaine dernière, à quelques heures d’intervalle...
Elle reste la Fiordiligi la plus magique de la discographie, idéale de candeur et de lumière, submergée de toutes les émotions adolescentes du rôle. Son « Per pieta », chancelant et à fleur de peau, lui conférerait seul l'immortalité. Sa Comtesse est tout autant inégalable, la douceur et la nostalgie même, spirituelle, et dont le « Dove sono » aux accents pudiques et quasi enfantins me bouleversent depuis vingt ans sans que jamais le charme ne se lasse d’opérer. Elle est pour moi ces deux héroïnes, à tout jamais sans doute. Aix-en-Provence au milieu des années 50 a su saisir ces deux témoignages live et nous les conserve pour l’éternité. Les deux fois pour des intégrales majeures de la discographie, supérieures sans doute au pourtant célèbre Don Giovanni gravé en studio après d’autres représentations aixoises sous la baguette du même Hans Rosbaud. L’amateur d’opéra n’oubliera pas qu’elle est aussi la Sophie du Rosenkavalier de Karajan et la Nanetta du Falstaff d’Arturo Toscanini, tous deux références éternelles. Elle fut tant d’autres choses encore, que ce soit à Aix dont elle fut un pilier dans les années 50, ou au concert en général et dans Bach en particulier. Vienne la fit la première soprano américaine honorée du titre de Kammersängerin. C’est là que Teresa Stich-Randall est décédée le 17 juillet.
Lui était le Ferrando le plus souriant et enthousiaste de la discographie là où tant d’autres, à contre-emploi, pleurnichent (Mackerras, Telarc 1994). Sans doute l’artiste ne tutoyait pas tout à fait les étoiles au firmament de l’art lyrique. L’artiste était pourtant intègre et curieux, et il créa de nombreux ouvrages contemporains ; sa création du rôle-titre dans The Great Gatsby de John Harbinson en 1999 restera sans doute comme son plus haut fait de gloire. La discographie abondante de Jerry Hadley laisse toujours apparaître un ténor éminemment et immédiatement sympathique. La bonne humeur qui se dégage de ses incarnations semblait se propager à la ville si on entend les témoignages récurrents de ceux qui l’ont côtoyé. Je me souviens encore de cet homme souriant coiffé d’un chapeau texan à la sortie des artistes à l’issue d’une matinée à Bastille où il avait été Aegisth, aux côtés de l’Elektra de Deborah Polaski (1). Difficile alors d’imaginer que cet homme là si chaleureux, disponible et enjoué disparaîtrait de sa propre volonté deux ans plus tard à peine. Nous ne voyons jamais que l’envers des destinées.
(1) J. Hadley en Aegisth : http://operachroniques.over-blog.com/article-6359225.html