Ernst Haefliger (1919-2007), in memoriam
Ernst Haefliger naît en Suisse à Davos le 6 juillet 1919. Il étudie au conservatoire de Zurich le chant et le violon, puis se perfectionne à Vienne auprès de Julius Patzak et à Genève auprès de Fernando Capri (également le professeur de Jussi Björling et Suzanne Danco). Il choisit dès le début de sa carrière de se consacrer principalement au lied et à la musique chorale, et fait ses débuts à Genève en 1942 dans la Passion selon Saint-Jean pour le premier de ses nombreux et fameux évangélistes. Il participera également à la création de trois oratorios de Frank Martin : Le vin herbé (Zurich 1942), In terra pax (radio genevoise, 1945) et Golgotha (Genève, 1949).
A la demande de Ferenc Fricsay, Ernst Haefliger fait ses débuts dans le monde de l’opéra et intègre l’Opéra de Zurich dont il sera membre de 1943 à 1952. Le ténor sera par la suite le ténor exclusif du chef hongrois lors de ses enregistrements pour DG, particulièrement pour ses gravures d’opéras de Mozart. Il fait ses débuts au festival de Salzbourg en 1949 dans Die Zauberflöte sous la baguette de Wilhelm Furtwängler dans un rôle secondaire (le premier homme en armes). Quelques jours plus tard, le 9 août, il chante sur cette même scène le rôle de Tiresias lors de la création par la troupe de l’Opéra de Zurich au Manège des Rochers de l’Antigonae de Carl Orff. Ses débuts à Glyndenbourne ont lieu en 1956 en Tamino, rôle avec lequel il fait également ses premiers pas sur la scène de Chicago en 1966. Suite à ses débuts au festival de Vancouver en 1959, Bruno Walter l’invite à graver en studio le Chant de la Terre. A partir de 1952, il rejoint la troupe berlinoise du Deutsche Oper qu’il ne quittera plus jusqu’en 1974, tout en intervenant régulièrement sur de nombreuses scènes européennes ; le disque live conserve, entre autres, son Pelléas de 1954 à la Scala de Milan, aux côtés d’Elisabeth Schwarzkopf, et sous la direction de Herbert von Karajan.
Tout au long de sa carrière Ernst Haefliger se partagera entre musique religieuse et chorale, s’imposant comme l’Evangéliste par excellence des années 60 et 70 sur tous les continents, le monde de l’opéra, et plus particulièrement le répertoire mozartien, ainsi que l’univers du Lied. Artiste élégant et raffiné, au chant et à l’expression d’une grande pureté, il dégageait lumière et spiritualité comme nul autre ténor. Il était assurément un des plus grands artistes lyriques qu’ait connu le vingtième siècle.
Retiré de la scène, il entamera à partir de 1971 une carrière d’enseignant à la Hochschule für Musik de Munich ; il dispensera également des masterclasses à Zurich, au Japon et au Marlboro Festival. En 1983, il écrit également un livre Die Singstimme. Ernst Haefliger était Berliner Kammersänger, membre honoraire de la Hochschule für Musik und Theater de Munich.
Ernst Haefliger est décédé ce samedi 17 mars à Davos. Paix à son âme.
Le ténor suisse nous laisse de très nombreux enregistrements, parmi lesquels on distinguera tout particulièrement ses Belmonte, Tamino et Florestan dans les intégrales de Fricsay (DG), toutes trois de référence, et ses Evangélistes d’anthologie gravés sous la direction de Karl Richter (DG).
Pourtant, s’il est un disque que j’aimerais recommander, c’est son Winterreise de 1984 (Claves), où accompagné par le Hammerflügel de Dähler, Ernst Haefliger touche à des cimes d’expressivité dépouillée bouleversante et d’une musicalité sans équivalent dans la discographie pourtant riche de l’œuvre ; ce disque recevra le prix mondial du disque de Montreux. Mon Voyage d’hiver depuis l’adolescence, et sans doute pour la vie. Ce n'est pas rien.