Opéra: une histoire en photos 1900-2000, Matthew Boyden (Ed. Hors Collection)
Sympathique trouvaille faite dans une librairie musicale ces derniers jours, pour une poignée d’euros : 84 portraits de chanteurs du vingtième siècle sont rassemblés dans cet ouvrage distrayant. Bien sûr, on ne trouvera ici ni la plume inspirée, ni les photos, sublimes, rassemblées par André Tubeuf pour son Diva déjà chroniqué dans ces pages.
Le principe du livre consiste à offrir une double page à chaque artiste, avec une photo format A4+ sur la page de gauche et une notice biographique page droite. La plume de Matthew Boyden s’attache essentiellement à faire ressortir les points saillants du caractère artistique et humain de chacun des chanteurs, non sans subjectivité parfois (avouée dès la préface) : de manière générale, je note que les ténors attisent plus volontiers le sarcasme que certaines sopranos qui les valaient bien dans les travers humains. Le monde de l’opéra est fait de stéréotypes, et celui du ténor inconséquent en fait partie : considérer Giacomo Lauri-Volpi comme la vulgarité faite ténor, ou ramener Jussi Björling essentiellement à ses problèmes psychologiques me semble pourtant relever d’un jugement superficiel et peu équilibré…
Quelques coquilles et inexactitudes ci et là (non, Fischer-Dieskau ne chantait pas Marke !), et surtout quelques absences préjudiciables, dont quasiment toutes mes sopranos préférées. Varnay, Mödl, Grümmer, Rysanek, Vischneskaïa ou Scotto, absentes, auraient à mon sens remplacé fort avantageusement les Bartoli, Fleming, Hendricks ou Te Kanawa qui, quels que soient leurs grands talents, jurent un peu au milieu des Marian Anderson, Maria Jeritza ou Geraldine Farrar. La mise en lumière des plus rares Inge Borkh ou Suzanne Danco est par contre bienvenue. On peut aussi regretter l’absence dans ces portraits de figures telles Pertile, Bastianini, Siepi, Simoniato, Ghiaurov, Raimondi, ainsi que celle de Lemeshev ou de tout autre représentant de l’école russe (l’incontournable figure de Chaliapine exceptée). C’est néanmoins le parti pris de l’auteur de représenter toutes les époques et ses stars du moment, et j’entends qu’un choix soit toujours nécessairement frustrant.
Trouvée en soldes, la proposition reste néanmoins irrésistible pour qui, comme moi, apprécie les photos et histoires des grands artistes lyriques du passé.