Joseph Calleja, Tenor Arias (Decca)

Publié le par Friedmund

 

 

 

 

 

 


J’hésite encore à aller assister à la première apparition de Joseph Calleja sur la scène parisienne lundi prochain au TCE. Patrizia Ciofi, avec qui Calleja partagera l’affiche, n’est pas une nouveauté à Paris, et  malgré son talent, pas particulièrement une artiste qui me ferait accourir à un récital, plutôt cher de surcroît, et au programme bien banal (Elisir, Macbeth, Lucia, Roméo, Manon). Je laisserai passer le récital Barcellona - Florez pour les mêmes raisons, d’autant plus que le grand Juan Diego reviendra seul sur la scène du TCE la saison prochaine.

 

Pour Calleja, mon choix se fera sans doute au dernier moment selon l’humeur. En attendant, pour me remettre sa voix  dans l’oreille, j’ai réécouté ce soir son premier récital chez Decca, « Tenor Arias » (Traviata, Macbeth, Rigoletto, Elisir, Lucia, Adrianna, Arlesianna, Butterfly), sous l’œil attentif du maestro Chailly, à défaut du second, tout juste paru chez le même éditeur (« The Golden Voice »).

La première chose qui frappe l’oreille lorsque débute le Lunge da lei est incontestablement la hauteur du placement et l’aisance d’un passage superbement projeté. Plus qu’à Tito Schipa auquel on le compare habituellement, la référence immédiate me semble plutôt être Fernando de Lucia, mais avec un timbre qui a quelque chose du jeune Pavarotti (particulièrement perceptible dans une belle Paterna mano au diminuendo final superbe).  La comparaison avec Luciano s’arrêtera là tant le chant est différent dans l’esprit, et surtout tant les recours à l’affadissement et à la décoloration de Calleja sont vraiment fréquents, le privant souvent du bénéfice d’un timbre pourtant surperbe.

Une fois l’effet de surprise passée de cette voix haut perchée et agréable, c’est surtout le sentiment de monotonie qui prédomine, comme si la technique utilisée était tissée de fils trop audibles et répétitifs, qui finissent par conférer à toutes les arias une ligne de chant et une émission sans variété. En fait les personnages n’existent plus, la personnalité vocale de Calleja les écrasant par un chant toujours identique, monocorde.
Le constat est d’autant plus frappant que les trois rôles verdiens ouvrant le disque sont de loin les plus convaincants de l’album, la variété subtile de la ligne vocale verdienne et sa vaillance obligeant notre ténor à sortir d’un chant instinctivement trop précautionneux. Après ces quelques plages fort intéressantes, l’ennui s’installe, définitivement. Les Donizetti ont beau offrir une technique d’école, ce chant qui semble en permanence marcher sur des oeufs finit par devenir extrêmement lassant, à l’instar de son Edgardo vocalement pourtant irréprochable.

 

Plus gênant encore, quand le chant se veut expressif, il transforme l’or du timbre en quelque chose de vaguement mièvre et ridicule (Quanto e bella), laid et grinçant (La dolcissima effigie, effroyable de laideur d’intonation), ou tout simplement stérile et vieillot (le lamento de Frederico). Si le chant est ancien au meilleur sens du terme, le style est daté dans ce que cela a de plus péjoratif : Fernando de Lucia et Tito Schipa n’ont jamais cessé d’être modernes, tout centenaires qu’ils sont désormais,  et leurs enregistrements démontrent une toute autre grâce et une musicalité autrement inspirée et chérissable.

 


Au final, la curiosité me démange d’aller entendre lundi ce que peut donner en scène cette voix que je soupçonne de manquer singulièrement de corps, mais d’être fort bien projetée dans l’aigu (symptomatiquement, la prise de son Decca n’arrive pas à capter clairement tout aigu à partir de l’ut, systématiquement brouillé). Cela dit, je ne suis pas si sûr que l’événement musical soit de taille à me faire bousculer un agenda personnel chargé. Et à qui veut entendre  au disque technique similaire, je ne saurais trop conseiller d’aller plutôt fouiner du côté de quelques vieilles cires de Fernando De Lucia.

 

 


 
Publicité

Publié dans Disques et livres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :