Verdi: opéras de jeunesse

Publié le par Friedmund



La reparution en série économique des opéras de jeunesse de Phillips m'offre un bon prétexte à un sujet qui me tient à coeur depuis longtemps. La moitié des opéras de Verdi est aujourd'hui remisée au placard, alors que nombre d'entre eux sont des plus intéressants.
Dans cette première moitié, je laisse volontairement de côté Macbeth (que je tiens pour l'un des trois ou quatre meilleurs Verdi), Nabucco, Ernani, Attila, et Luisa Miller qui n'ont plus besoin d'être défendus, quoique les trois derniers restent rares en scène. 

Un Giorno di Regno, Oberto et Alzira me semblent les plus facilement oubliables des 26 opéras de Verdi, et Aroldo me semble le seul cas dans la production verdienne ou le remaniement est inférieur à l'original.
J'ai beau avoir écouté la Battaglia di Legnano à ne plus en finir, j'en trouve la qualité assez faible que le trio Corelli-Stella-Bastianini sait rendre toutefois très buvable. I Masnadieri et Giovanna d'Arco me semblent présenter les mêmes qualités et défauts: une musique très vocale, des arias et quelques scènes superbes, mais des partitions assez hétérogènes. De quoi passer de très bons moments, d'autant plus si les chanteurs sont bons (et il existe de bonnes versions pour les deux).

J'aime beaucoup Il Corsaro, à même de faire briller un ténor fougueux et deux sopranos aux tempéraments très opposés, dans une partition dynamique et concise.
Moins immédiatement séduisant et enthousiasmant, I due Foscari présente un vrai sujet d'opéra, imparfait mais qui offre à Verdi la composition d'atmosphères extraordinaires, glauques et noires à souhait, dans une même concision que Il Corsaro.

I lombardi alla prima crociata
avaient encore leur heure de gloire dans la première moitié du XXème siècle, et la musique en est assez constamment superbe, même si l'intrigue souffre d'un manque de colonne vertébrale. Sa refonte parisienne en français, Jérusalem lui donne une intrigue moins originale, mais plus resserée et indéniablement plus efficace. Les beautés de la partition d'origine sont toutes conservées, et lui sont adjointes des concessions au Grand Opera des plus réussies. Jérusalem mérite une réhabilitation urgente, car aux mauvaises langues qui disent que Il Trovatore est le meilleur opéra de Donizetti, je n'hésiterai pas à répondre que Jérusalem est peut-être le meilleur opéra de Meyerbeer. 

En cours de réhabilitation, à juste titre, Stiffelio est une merveille à plus d'un titre. Stiffelio contient des scènes absolument extraordinaires d'ambiance, dont, bien sûr, la dernière célèbrissime où, dans la plus grande retenue, le pasteur pardonne lors de l'Office à sa femme adultère dans une ambiance receuillie toute de tension. La partition offre plusieurs merveilles, dont tout le rôle de ténor, premier spinto verdien d'envergure que l'on compare souvent à Otello, mais aussi de magnifiques ensembles, une superbe scène pour Lina et la très originale cabalette de Stankar, faire sur mesure pour un baryton fatigué (piano et retenue, se concluant dans trois dernières mesures tout en éclat). La reonte Aroldo a ses qualités (et un superbe et nouvel air Sotto il sol del Siria ardente) mais perd tout le ressort si original et moderne de ce pasteur trompé. 

Recommandations discographiques


Stiffelio
: Gardelli - Carreras, Sass, Manuguerra (Philips)
Carreras est un Stiffelio magnifique de voix, de chaleur, de justesse et de fougue, Sass est dramatiquement parfaite et Manuguerra superbe, comme toujours.

 

Jérusalem : Luisi - Giordani, Mesheriakova, Scandiuzzi, Rouillon (Philips)
Indispensable, la seule version de Jérusalem absolument complète et en français. Distribution homogène, très bien chantante, superbement dirigée par un Fabio Luisi en passe de devenir le grand chef verdien de demain. Les amateurs de Gencer et Arragal iront voir du côté du célèbre live de Venise... mais c'est en italien.

 
Il Corsaro : Gardelli - Carreras, Caballe, Norman (Philips)
Carreras parfait de jeunesse et d'héroïsme en Corrado, face à deux divas tout aussi superbes, quoique pas nécessairement idéales.

I due Foscari : Gardelli - Carreras, Ricciarelli, Cappuccilli, Ramey (Philips)
Les amateurs de voix iront chercher les live de Gencer, Picchi, Bergonzi ou Guelfi. Pourtant, l'orchestre jouant ici un rôle fondamental, la prise de son de Gardelli me semble meilleure introduction, d'autant plus que le quatuor rassemblé s'il n'exhibe pas les mêmes splendeurs particulières de certains live, est de loin le plus homogène

Giovanna d'Arco : Levine - Caballe, Domingo, Milnes (EMI)
Pour le son, la baguette enflammée de Levine, et une Caballe et un Domingo partageant la même chaleur et le même lyrisme, je préfère cette version à l'ancienne version Cetra Bergonzi-Tebaldi.

I Masniaderi : Gardelli - Caballe, Bergonzi, Cappuccilli, Raimondi (Philips)
Si Manuguerra et Ramey sont préférables chez Decca, le couple Caballe-Bergonzi me semble bien plus en place chez Philips que celui formé par Sutherland-Bonisolli chez Decca. La direction du trop injustement mésestimé est infiniment plus verdienne, colorée et rythmée que celle de Bonynge

Battaglia di Legnano : Gavazzeni - Stella, Corelli, Bastianini (Myto)
L'oeuvre me semble moins intéressante que celles ci-dessus... mais quelle soirée et quel trio!



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Publié dans Oeuvres et artistes

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