Max Lorenz, portrait
Max Lorenz naît à Düsseldorf en 1901. Etudiant talentueux du Professor Grezenbach, également professeur de Schlussnuss et Melchior, il remporte parmi 2500 candidats un important concours à l'initiative de la Philarmonie de Berlin en 1926. Il est alors immédiatement engagé par Fritz Busch dans la troupe de l'Opera de Dresde, qui lui offre ses débuts en septembre 1927 dans le rôle de Walther von der Vogelweide. Le rôle de Menelas dans Aegptysche Helena lui sert de tremplin: premier premier rôle en juin 1928 à Dresde sous la baguette de Richard Strauss en personne, ce sera également le rôle de ses débuts à Berlin en octobre de la même année, puis à Vienne l'année suivante. Il est invité lors de la saison 1931-32 à se joindre à la troupe du Met, où il débute dans Walther von Stolzing avant d'enchainer par Erik, Herodes, Tannhäuser, Siegmund et Siegfried. Après la guerre, il retournera au Met entre 1947 et 1950. En 1933, il participe pour ses débuts à Bayreuth au légendaire Parsifal de Richard Strauss et chante également Siegfried. Invité tous les ans jusqu'en 1944, il y incarne également Lohengrin, Stolzing, Siegmund et Tristan. Il reviendra à Bayreuth pour Götterdämmerung en 1952, et remplacera à la dernière minute Ramon Vinay en Siegmund pour une ultime et imprévue soirée à Bayreuth en 1954. Il brille également sur la scène de Covent Garden dès 1934 (débuts en Walther sous la direction de Beecham) et y est le Siegfried du all-stars Ring de 1937, autres représentations de légende, sous la baguette de Wilhelm Furtwängler. Il fait ses débuts à la Scala en 1938 en Siegmund et Siegfried sous la baguette de Clemens Krauss, avant de revenir l'année suivante pour un Tristan sous la direction de Victor de Sabata. De retour des Etats-Unis en 1950, il est der alte Siegfried du Ring de Furtwängler à la Scala, et crée en 1953 le rôle de Josef K. pour la première du Prozess de von Einem. Il fait ses adieux à la scène en 1962 dans Herodes à Vienne, puis se consacre à l'enseignement au Mozarteum de Salzbourg jusqu'à sa mort en 1975.
Chanteur intense, au style volontiers déclamatoire mais d'une impressionnante éloquence verbale, ses incarnations distillent une présence et une puissance rares. Là où Melchior était voix d'orgue, les incarnations wagnériennes de Lorenz seront toutes d'un verbe enthousiaste, exalté, intense, sublimé par un art magnifique de la nuance, de la capacité d'imprimer une atmosphère, une émotion différente à chaque nouveau mot. Il faut l'entendre dans son enregistrement de 53, vieilli de timbre mais pas d'aigu, narrer le récit du Graal là où les autres se contentent de le chanter... La jeunesse, le liberté, l'exubérance de son jeune Siegfried ou de son Tannhäuser restent inégalées dans les extraits qu'il en reste, le sort ayant voulu que ce soit justement les opéras majeurs dont ils ne nous restent, hélas, pas d'intégrales.
Si le souvenir de Max Lorenz est à jamais rendu immortel par ses incarnations wagnériennes, il n'en fut pas moins un chanteur eclectique, chantant 48 rôles aussi différents que Manrico, Calaf, Palestrina, Don José, Dimitri, Turridu, Idamante jusques aux plus surprenants pour lui Orphée d'Offenbach et Achille de Gluck!
Discographie sélective
Il faut impérativement l'écouter jeune dans les nombreux enregistrements qu'il a gravé, de Tannhäuser (dont le duo avec Reining!), Siegfried (superbissimes Waldweben de 1936!) et Parsifal (et particulièrement l'enchantement du Vendredi Saint avec Kippnis sous la baguette de Richard Strauss). Il existe de très belles choses d'avant-guerre, dont une scène III de l'acte I du début des années 40 avec Reining, ou encore de très larges extraits live de Covent Garden de Götterdammerung avec Furtwängler, et une intégrale de Tristan sous la direction de Kleiber à Buenos Aires datant de 38.
Après la guerre, le diseur restera incomparable, mais la voix n'aura plus la jeunesse insolente, fraiche et incomparable qui le rendait irrésistible. Son Siegfried de 50 avec Furtwängler est éteint, mais son Siegmund de 54 à Bayreuth est unique de présence, à la limite du Sprechgesang. On appréciera alors la folie de son Herodes de 1951 avec Keilberth et Goltz, ou bien la présence incomparable qu'il apporte à Aegisth avec Mitropoulos à Salzbourg.
Plus que son Stolzing de Bayreuth en 43 avec Furtwängler qui ne le présente pas sous son meilleur jour, une bonne entrée en matière peut être son splendide Bacchus à Salzbourg en 1944, avec Reining et Noni, sous la baguette de Karl Böhm, un temps republié par DG.
Egalement, Myto a consacré un CD essentiellemet composé d'enregistrements tardifs de la fin des années 1940 et du début des années 1950 où on l'entend chanter Radames, Otello, Eleazar ou encore Canio et Alvaro... et s'amuser dans un extrait d'Annie gets your gun en allemand avec Eberhard Wächter. Ce CD a néanmoins le mérite de regrouper trois des merveilles du leg de Max Lorenz: le duo de WalKüre de 41 avec Reining, les Waldweben de 36, et l'enchantement du Vendredi Saint de 33 avec Kipnis et Strauss.
Intégrales disponibles
- Fliegende Holländer avec Reiner (37)
- Tristan und Isolde avec Kleiber (38), Heger (43), Schmidt-Isserstedt (49) et De Sabata (51)
- Meistersinger avec Furtwängler (43)
- Walküre avec Keilberth (54)
- Götterdammerung avec Furtwängler (50) et Keilberth (52)
- Salome avec Keilberth (51)
- Elektra avec Mitropoulos (57)
- Ariadne auf Naxos avec Böhm (44)
- Wozzeck avec Böhm (55)
- Palestrina avec Kempe (55)