Das Rheingold - Keilberth (Testament)
Joseph Keilberth reste un grand wagnérien, mais son Rheingold ne trouve pas en 1955 la fabuleuse beauté formelle de sa Walküre ni la vigueur si naturelle de son extraordinaire Siegfried. C'est une belle direction, très équilibrée... mais cela manque de souffle pour le prologue qui plus encore que les journées suivantes aspire à un climat légendaire.
Légère déception également au niveau du cast. Ludwig Weber est vraiment à bout en Fasolt, Herta Wilfert reste seulement Herta Wilfert en Freia (Brouwenstjin et Grümmer suivront...), et Toni Blankenheim reste le Donner solide mais prosaïque déjà bien connu des autres années. Surtout, Gustav Neidlinger est pris ici dans un très mauvais soir. Le grave s'échappe, et la voix n'a pas l'ampleur habituelle: le baryton tente de compenser en surjouant vainement son texte, mais les métamporphoses seront sans mystère et la malédicition de l'anneau sans charisme. Les Rheinmädchen sont plutôt grincantes et sans charme ni beautés: on comprend qu'Alberich cède plus facilement à l'Or. La bonne surprise vient du Loge de Rudolf Lustig, beaucoup plus buvable que son Erik de la même année: voix mâle, caractérisation malsaine et charnue, pas toujours bien chantante: inutile bien sûr d'en attendre la musicalité, le lyrisme et la verbalisation haute en couleur d'un Windgassen. Tout le reste, du Mime de Paul Kuen, à la Fricka de Milinkovic, en passant par le superbe Froh de Josef Traxel ou bien encore le Fafner de Josef Greindl demeure du plus beau niveau du Neues Bayreuth, et, Hans Hotter, magnifié par la prise de son, est superlatif de beauté de voix, de présence.
La prise de son est variable, quelques passages marquant pendant une grosse dizaine de secondes des pertes sensibles de dynamique, et toute la scène du Nibelheim est prise d'un souffle, très Nacht und Nebel, envahissant des plus pénibles (sans doute les perturbations de l'appareillage électronique simulant les enclumes). Pour le reste, elle reste globalement d'un niveau inégalé pour le Neues Bayreuth, voire pour un live de cette période là: stéréo chaleureuse et fine, profonde et incroyable de relief pour les voix et l'étagement des plans sonores, et flattant des cordes simplement magnifiques. Pas nécessairement un Rheingold inoubliable, mais un Rheingold indispensable car pièce d'un Ring des Nibelungen qui s'affirme dans sa globalité comme le classique par excellence du Neues Bayreuth, par son cast, son équilibre général, et une prise de son qui lui confère une vie, une présence unique parmi les témoignages des années voisines.
Vivement Götterdammerung, Testament nous fait de toute façon là un cadeau superbe... et continue à nous le faire payer chèrement, soit dit en passant (39€ en prix vert les deux CD à la FNAC).