Der Fliegende Holländer - Keilberth (Testament)
Ce coffret Testament offre pour cette soirée déjà bien connue un gain de qualité sonore louable, présentant un son avec les mêmes qualités que le Ring de la même année: beaucoup de finesse, un relief saisissant, et plus de couleurs que les habituels sons des lives de Bayreuth des années 50. Joseph Keilberth est l'excellent Kappelmeister que l'on sait: manque sans doute la puissance de Klemperer, la frénésie de Sawallisch ou bien encore l'énergie de Reiner, mais au final une direction classique et équilibrée qui fait toujours plaisir à entendre. La prise de son stéréo tend à amplifier les défauts et les qualités des chanteurs tels qu'on les connaissait du mono Decca. Ainsi l'usure des moyens de Ludwig Weber est surexposée par la finesse de la prise de son, tout comme les problèmes de justesse et la laideur de l'Erik de Rudolf Lustig. A contrario, le Steuermann de Josef Traxel n'en est que plus délicieusement lyrique et simplement beau de chant comme de voix. Je ne veux pas relancer le débat d'une époque qui minimise à mon sens outrageusement les vertus de Astrid Varnay, mais pour moi il est évident qu'elle n'est en rien Senta: manque la jeunesse, l'exhubérance, la rondeur d'un aigu qui sait se filer ou s'amplifier à volonté; bref ce n'est pas Rysanek, idéale à mes oreilles dans le rôle. Hermann Uhde gagne par contre énormément ici en beauté de timbre: quelle voix! Son Hollandais ne présente ni l'impact inquiétant et fantastique de London, ni l'humanité chaleureuse de Hotter, mais il est en somme un juste milieu en les deux, excellent. En résumé, une réédition de valeur et très appréciable, mais sans doute moins marquante que le Ring des Bibelungen du même été, bien parti pour trôner sur les plus hautes cimes de la discographie.
A mon sens, Sawallisch 59 avec London et Rysanek (Melodram), Reiner 50 avec Hotter et Varnay plus jeune (Naxos) et Klemperer 68 live à la BBC (Living Stage) continuent à dominer la discographie; Fricsay (DG) et Krauss (Archipel) moins parfaits vocalement méritent à être connu pour leurs visions orchestrales (et aussi pour le jeune Hotter de 44 pour Krauss). Il n'en demeure pas moins que malgré tout ses défauts cette soirée bayreuthienne reste à connaitre, ne serait-ce que pour Uhde, Traxel, le chef et la singulière Senta de grand format de Varnay.