Nina Stemme, Pleyel, 17/02/2009

Publié le par Friedmund

 

 

Edvard Grieg

Våren op.33 n°2, Fra monte Pincio op.39 n°1, En svane op.25 n°2, Hører jeg sangen klinge op.39 n°6, Solveigs vuggesang op.23 n°26, Med en vandilije op.25, n°4

Richard Wagner

Wesendonck Lieder

Jean Sibelius

Cinq mélodies op.37

Sergueï Rachmaninov

Ne poj krasavica op.4 n°4, V molcan’i nochi tajnoj op.4 n°3, Zdes’khorosho op.21 n°7, Aprel’ ! Vesnyi prazdnicnyi den’, Uvjal tsvetok, Vesennije vodv op.14 n°11

Kurt Weill

Je ne t'aime pas, Youkali

Richard Strauss

Zueignung

Edvard Grieg

Jeg elsker dig

 

Nina Stemme, soprano

Bénédicte Haid, piano

 

 

Enfin Nina Stemme à Paris ! On pourrait se demander, à une Salomé annulée près, ce qui a pu retenir cette artiste d’exception si loin de France pendant si longtemps. Les premiers Grieg affichent d’entrée la couleur : une voix à la charpente impressionnante, sombre et corsée, au grave sidérant pour un soprano, immédiatement percutante et enveloppante. On se pince un moment pour être bien sûr de croire à ce que l’on entend. La fascination qu’engendre ce flux sonore se tempère toutefois en ce début de récital par la réserve de l’artiste. Comme si ces mélodies de Grieg la cueillaient à froid où ne l’inspiraient guère. Plus simplement peut-être parce que cette charpente à la solidité à toute épreuve n’est guère taillée dans sa nature pour les fluctuations subtiles d’humeur du compositeur norvégien. Les Wesendonck à suivre confirme ce sentiment de mobilité restreinte par la puissance des moyens. La féminité, l’émotivité à fleur de peau, la sensualité que contiennent ces pages ne transparaissent pas plus ici que dans l’enregistrement de studio gravé par la soprano suédoise. L’écriture wagnérienne flatte par contre tout ce que cette voix possède de richesse sonore, de pleine homogénéité des registres, de facilité et surtout de résonances superbement timbrées. Les ambres cuivrés et les ombres profondes de la voix de Stemme m’ont semblé évoquer de manière irrésistible, dans l’instrument comme l’interprétation, les orgues solennelles de Kirsten Flagstad.

 

Les Sibelius qui ouvrent la seconde partie fendent enfin la cuirasse et confèrent immédiatement un intérêt plus prononcé au concert. Le geste ample et l’expressivité volontiers soulignée du compositeur conviennent sans doute mieux au tempérament de Nina Stemme que les contours plus délicats de l’écriture de Grieg. Ou peut-être est-ce pour la chanteuse le plaisir de s’exprimer enfin dans sa langue maternelle. Peu importe, on suit alors passionné ces mêmes inflexions et nuances d’une permanente mobilité qui m’avaient un rien manqué en première partie. D’autant plus que Nina Stemme se libère et n’hésite plus à accompagner des mouvements de son corps, de sa main, et même de son visage, chaque phrase, chaque mot. Les sept mélodies de Rachmaninov qui concluent le programme, toutes très émouvantse, font étalage de la qualité de chant de l’artiste : beauté des nuances, legato de rêve, colorations subtiles, autant d’éléments qui se conjuguent pour le plus grand des plaisirs à la substance d’un larynx comme on entend une fois tous les quinze ans, et encore. En somme un soprano dramatique, et avec de tels moyens, et qui sait chanter de la plus belle des façons, sans hurlement ou même approximation, et même en soutenant une ligne de chant admirable… et avec quelle classe et quelle intelligence surtout ! Kurt Weill en bis présente une interprète enfin totalement libérée, aux parfums capiteux et à l’indéniable chien, et sa dédicace straussienne rappelle à quel point elle possède comme peu d’autres aujourd’hui tous les raffinements et le style requis pour l’art subtil de ce répertoire. L’ultime bis de Grieg, ému et émouvant, enveloppe de son lyrisme et de sa tendresse la fin d’un récital tout à fait exceptionnel.  

 

La qualité et la diversité du programme, en cinq langues, présenté à Pleyel suffiraient à démontrer, si besoin en était, la marque d’une qualité artistique de tout premier ordre. Le choix de son accompagnatrice, Bénédicte Haid, souvent maniérée et aux traits lourdement appuyés ou désarticulés, reste par contre pour moi un mystère tant les styles et les chemins respectifs des deux interprètes présentent une divergence d’optiques expressives et esthétiques. On attend désormais avec impatience de voir et entendre Nina Stemme à l’Opéra de Paris. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour la blonde et wagnérienne Elisabeth prochainement. En appelant de tous nos voeux de plus substantielles Isolde ou Marschallin, ses deux rôles fétiches.

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Publié dans Saison 2008-2009

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